BTC fantômes. Il était une fois, un employé, sans doute un peu court en caféine, qui créditât 2 000 wons (environ 1,35 $) sur les comptes de quelques traders chanceux. Chanceux, car au lieu de recevoir l’équivalent de 1,35 dollars, les traders purent profiter de l’erreur de notre employé distrait.
En effet, ce dernier s’était trompé d’unité et avait sélectionné « BTC ». En un clic, des centaines d’utilisateurs se retrouvèrent à la tête d’une fortune de 2 000 BTC chacun. Spoiler alerte ici : ceci n’est pas un conte de fée, c’est bel et bien ce qu’il s’est passé le vendredi 6 février 2026.
- Un employé de Bithumb a accidentellement crédité 620 000 BTC à plusieurs utilisateurs au lieu de 2 000 wons, révélant une faille inquiétante dans la gestion des exchanges.
- L’incident a mis en lumière la pratique du « Bitcoin Papier », où les actifs affichés ne sont pas couverts par des jetons réels, soulevant des questions sur la rareté du Bitcoin.
L’illusion du « Magic Money » : 620 000 BTC sortis du néant
Le chiffre donne le vertige : 620 000 Bitcoins. C’est près de 3 % de tous les Bitcoins qui existeront jamais, créés instantanément sur le registre interne de Bithumb. Pour les 695 bénéficiaires, l’euphorie a duré exactement 35 minutes, le temps qu’il a fallu à la plateforme pour geler les comptes.
Mais le mal était fait. Les plus rapides ont immédiatement tenté de revendre ces « Bitcoins fantômes », provoquant un flash crash spectaculaire. En quelques minutes, le cours de bitcoin sur Bithumb s’est déconnecté du reste du monde, chutant à 55 000 $.
Ce qui ressemble au casse du siècle soulève en réalité une question systémique majeure sur la solvabilité des exchanges. Cette erreur de saisie a révélé une déconnexion profonde entre les soldes affichés sur les interfaces clients et les réserves réelles détenues par l’entreprise.
En créditant instantanément 620 000 BTC, soit près de 3 % de l’offre mondiale totale, Bithumb a exposé un mécanisme de création monétaire interne totalement décorrélé de la blockchain. C’est le concept de « Bitcoin Papier » : une réalité comptable où les actifs circulant sur l’exchange ne sont pas systématiquement couverts par des jetons physiques en soute.
L’incident pose ainsi une problématique fondamentale : la rareté mathématique du Bitcoin est-elle compromise par les pratiques de gestion des intermédiaires centralisés ?

43 000 BTC réels face à la fiction
C’est le point qui fâche. Alors qu’au moment d’écrire notre premier article sur l’affaire, certains éléments étaient encore flous, les enquêtes post-incident ont révélé que Bithumb « faisait circuler » virtuellement 620 000 BTC suite à son erreur. Ses réserves réelles en Cold Storage ne s’élèvent qu’à environ 43 000 BTC.
C’est la définition même du « Bitcoin Papier ». Les exchanges fonctionnent souvent sur le principe de la réserve fractionnaire. Ils n’ont pas besoin de détenir 100 % des actifs si tout le monde ne retire pas en même temps. Mais quand une erreur multiplie artificiellement l’offre par 14, le système implose. En créant cette offre synthétique, les plateformes brisent la limite des 21 millions de jetons voulue par Satoshi Nakamoto.
Wall Street et le Bitcoin infini : La dilution par les dérivés
L’incident Bithumb n’est que la pointe de l’iceberg. Si les exchanges centralisés comme Bithumb créent du « Bitcoin Papier » via leurs registres internes, Wall Street va plus loin en générant un Bitcoin virtuellement infini à travers des instruments financiers dérivés.
Cette idée, popularisée par des analystes crypto comme @CryptoNobler dans un tweet viral du 5 février 2026, suggère que la rareté originelle du Bitcoin, limitée à 21 millions d’unités, est diluée par des mécanismes qui multiplient les revendications sur un même jeton réel.
Selon cette perspective, une fois que des produits comme les ETF Bitcoin, les contrats à terme, les options, le lending, les BTC enveloppés (wrapped BTC) et les swaps entrent en jeu, l’offre devient théoriquement illimitée.
Un seul Bitcoin réel peut simultanément « backer » plusieurs instruments : une part d’ETF, un contrat future, une option delta, un prêt de courtier, etc. Cela crée ce que @CryptoNobler appelle le « Synthetic Float Ratio (SFR) », un ratio où l’offre synthétique dépasse largement l’offre réelle, découplant la découverte des prix de l’offre et de la demande on-chain.
Wall Street, en dominant ces marchés dérivés, peut ainsi « fabriquer » du Bitcoin papier pour shorter les rallyes, forcer des liquidations et couvrir à bas prix, transformant le Bitcoin en un actif manipulable comme l’or ou le pétrole.
« Not your Keys, not your coins »
La thèse originelle du Bitcoin, une monnaie rare et non réhypothécable, s’effondre, car la découverte des prix se fait désormais dans les dérivés, pas sur la blockchain. Cela accélère les dumps, comme observé récemment, où le Bitcoin ne réagit plus à la demande réelle mais à des flux de hedging et de positions.
Cependant, des contre-arguments existent : certains analystes dans les réponses au tweet, affirment que les dérivés ne mintent pas de vrais BTC et que la rareté on-chain reste intacte. À la fin, les revendications synthétiques se résolvent en cash lors des settlements, et les halvings continuent d’impacter la valeur à long terme. Wall Street ne « brise » pas le Bitcoin ; elle le fait scaler, comme pour d’autres actifs matures.
Malgré ces débats, l’idée d’un Bitcoin infini par Wall Street renforce les craintes soulevées par l’affaire Bithumb : la centralisation financière menace la décentralisation promise par Satoshi Nakomoto.
L’incident Bithumb nous rappelle que le Bitcoin n’est une révolution que si vous possédez vos propres clés privées. Entreposer ses actifs sur un exchange, c’est accepter de détenir du papier alors même que l’existence de bitcoin doit nous en libérer. « Not your keys, not your coins« .
L’article 43 Milliards $ de « Bitcoin Papier » : 3 points pour comprendre le scandale Bithumb est apparu en premier sur Journal du Coin.
