L’euro en retard sur le billet vert. L’émergence des stablecoins, majoritairement libellés en dollars et gérés par des acteurs hors Union européenne, incite les institutions financières à structurer une réponse coordonnée. Lors du séminaire de haut niveau EUROFI à Nicosie, Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, a détaillé les orientations stratégiques nécessaires pour préserver l’autonomie monétaire de la zone euro. L’enjeu consiste à intégrer les bénéfices de la finance tokenisée sans compromettre la stabilité du système de paiement actuel. Cette démarche repose sur la modernisation des services de monnaie centrale et le soutien aux initiatives privées européennes, tout en évitant une dépendance excessive à l’égard de devises étrangères.
- L’émergence des stablecoins en dollars a incité les institutions européennes à élaborer une stratégie pour préserver l’autonomie monétaire de la zone euro.
- Le règlement MiCA offre une base juridique mondiale pour sécuriser l’émission d’actifs numériques, bien que des ajustements soient nécessaires pour renforcer la régulation face aux stablecoins non libellés en euros.
Une stratégie de souveraineté face à la dollarisation numérique
La domination actuelle des stablecoins en dollars soulève des risques notables pour l’autonomie stratégique européenne. Pour contrer ce phénomène, les autorités monétaires préconisent une approche tridimensionnelle, selon les toutes dernières déclarations de Denis Beau. Celle-ci inclut l’adaptation des services de l’Eurosystème à la numérisation, le développement de solutions de monnaie privée tokenisée par des banques européennes et la mise en place d’un cadre réglementaire strict.
Des projets comme Pontes, Appia, Qivalis ou encore l’euro numérique illustrent cette volonté de proposer des actifs de règlement sûrs, tant pour le commerce de détail que pour les transactions interbancaires de gros. La Banque de France prévoit de déployer ses services de monnaie centrale sous forme tokenisée pour le secteur de gros d’ici la fin de l’année 2026. Cette offre publique doit coexister avec des solutions privées, telles que celles portées par le consortium European Payments Initiative (EPI).
L’objectif demeure le maintien d’un système monétaire à deux niveaux, garantissant la convertibilité entre la monnaie publique et la monnaie privée émise par des intermédiaires régulés. Cette complémentarité assure l’efficacité des paiements transfrontaliers et répond aux besoins de gestion de trésorerie des entreprises internationales.
Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) constitue d’ailleurs une base juridique mondiale inédite, apportant une sécurité nécessaire à l’émission d’actifs numériques. Néanmoins, l’évolution rapide du secteur nécessite déjà des ajustements pour limiter les risques d’arbitrage réglementaire.

Évolution et renforcement du cadre réglementaire MiCA
Les autorités françaises plaident de leur côté pour un durcissement de ce cadre, notamment en restreignant l’usage des stablecoins non libellés en euros pour les paiements quotidiens au sein de l’Union.
Une régulation plus stricte de la multi-émission d’un même actif à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE apparaît également indispensable pour stabiliser le marché en période de tension. Le profil des émetteurs influence directement la perception du risque de contrepartie car les stablecoins émis par des institutions bancaires présentent une résilience structurelle supérieure grâce à leur accès direct à la liquidité de la banque centrale et à la supervision européenne.
À l’inverse, les émetteurs non bancaires font face à des critères d’éligibilité plus restrictifs pour accéder aux comptes de l’Eurosystème. Cette distinction renforce l’importance d’une mise en œuvre mondiale et cohérente des standards financiers, suivant le principe d’équivalence entre les risques et les règles, afin de prévenir les failles de surveillance à l’échelle internationale.
L’adaptation du système financier européen aux actifs tokenisés combine innovation technologique et vigilance prudentielle. Le déploiement de services de gros en monnaie centrale et le développement de l’euro numérique complètent les efforts réglementaires entamés avec MiCA. Ces initiatives visent à offrir des alternatives crédibles aux solutions étrangères, protégeant ainsi le système de paiement contre une dollarisation numérique incontrôlée. La réussite de cette transition dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à collaborer pour maintenir un écosystème de confiance, conforme aux exigences de stabilité financière de la zone euro. Mais il y a urgence si l’Europe ne veut pas être à la traîne des États-Unis et du reste du monde.
L’article Stablecoins : Face au roi dollar, la Banque de France veut sauver l’euro est apparu en premier sur Journal du Coin.
