Une étiquette héritée des années volatiles de la crypto, devenue trop étroite pour ce qu’elle désigne. C’est en substance le diagnostic posé a16z, l’un des fonds les plus influents du capital-risque appliqué aux cryptomonnaies, qui appelle à enterrer un mot devenu encombrant : stablecoin. Derrière le débat sémantique, une bataille de perception se joue, à l’heure où les crypto-actifs s’invitent dans les rails de paiement mondiaux.
- Le terme « stablecoin » a été jugé trop restrictif par le fonds a16z, qui appelle à le remplacer par des noms plus représentatifs de leur rôle dans le système financier mondial.
- A16z a proposé de nouvelles appellations comme « dollars numériques » ou « actifs on-chain », soulignant l’importance d’un langage qui reflète leur impact au-delà de la spéculation, vers une adoption massive dans les paiements globaux.
Pourquoi le mot « stablecoin » coince
Le terme stablecoin est historiquement le nom donné aux cryptomonnaies indexées sur le prix d’un actif stable comme le dollar américain ou l’or. Cependant, selon Robert Hackett, directeur des projets pour a16z, les stablecoins ont dépassé leur étiquette à mesure qu’ils sont devenus partie intégrante du système financier mondial.
Son raisonnement repose sur une intuition simple : le mot stablecoin a été forgé en réaction à la volatilité de Bitcoin et d’Ethereum. Il définit ces actifs par ce qu’ils ne sont pas, instables, plutôt que par ce qu’ils font. Or la stabilité, aujourd’hui, n’est plus un argument différenciant. « La stabilité est désormais un prérequis », résume Hackett. Continuer à mettre l’accent dessus reviendrait à vendre une voiture en insistant sur le fait qu’elle a quatre roues.
L’argument est repris par John Palmer, développeur et conseiller en stratégie de marque travaillant avec a16z. Palmer juge qu’il « semble être un bug » d’appeler ces actifs des stablecoins, et estime qu’ils auront « probablement dix fois l’impact de la crypto jusqu’à présent » et méritent un nom qui les définisse pour eux-mêmes, et non par contraste avec autre chose.

Quels noms pour les stablecoins ?
Plusieurs candidats circulent. A16z suggère un rebranding vers des formulations plus claires et pratiques comme « dollars numériques », « euros numériques » ou « actifs on-chain », alors que le secteur progresse vers une valorisation de marché estimée à 3 000 milliards de dollars d’ici 2030. D’autres pistes, plus conceptuelles, ont été évoquées : digital cash, programmable money. Hackett lui-même les juge cependant trop techniques, trop éloignées du langage du grand public pour percer.
De fait, le pari d’a16z est limpide : un nom qui parle de paiement plutôt que de spéculation. PayPal a ouvert le bal en parlant de digital currency autour de son PYUSD, et Stripe, qui a racheté Bridge fin 2024, évite soigneusement le mot stablecoin dans ses communications commerciales. Le glissement lexical est déjà en cours côté industrie, en somme.
À noter une difficulté de terrain : la Banque centrale européenne a déjà revendiqué l’appellation « euro numérique » pour son projet de monnaie numérique de banque centrale, ce qui complique l’adoption du label par les émetteurs privés sur la zone euro. Une question qui reste ouverte des deux côtés de l’Atlantique.
Les stablecoins, un enjeu bien réel
L’enjeu n’est pas que cosmétique. Le mot conditionne la perception, donc l’adoption, et les chiffres récents montrent que cette adoption a basculé d’échelle. Les stablecoins ont atteint 316 milliards de dollars de capitalisation et 1 250 milliards de volumes mensuels. A16z estime de son côté qu’ils alimentent 46 000 milliards de dollars de transactions annuelles (9 000 milliards en valeur ajustée), rivalisant avec Visa et PayPal. Des ordres de grandeur qui n’ont plus rien à voir avec un produit de niche pour traders cherchant à se mettre à l’abri.
La trajectoire de PYUSD illustre bien cette accélération. Lancé avec une capitalisation inférieure à 500 millions de dollars en début 2025, le stablecoin de PayPal a depuis grimpé au-delà de 2,5 milliards. Sur les deux dernières semaines, il a ajouté plus d’un milliard de dollars à sa capitalisation.
L’industrie est à un tournant : si le terme « stablecoin » disparaît effectivement au profit de « dollar numérique » ou « actif on-chain », ce ne sera pas un simple ravalement de façade marketing. Ce sera l’aveu, par les acteurs du secteur eux-mêmes, que ces actifs ont quitté le territoire de la crypto pour entrer dans celui, beaucoup plus vaste, de l’infrastructure financière mondiale.
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