Economie : Le dollars au plus fort, le yen au bord de l’agonie historique

La guerre des monnaies. Le dollar américain relève la tête avec détermination après plus d’un an de faiblesse. Souvenez-vous. En 2025, il avait enregistré l’une de ses plus mauvaises performances semestrielles depuis plus de cinquante ans. Début 2026, il avait même touché un creux à 95,55 sur l’indice du dollar américain (DXY) en janvier. Cet indice mesure la force du dollar face à un panier de 6 grandes devises étrangères. Un niveau autour de 100 est considéré comme neutre ; en dessous, cela signale une relative faiblesse du dollar. Et, cette semaine, cet indice a atteint ses plus hauts niveaux depuis mai 2025 frôlant les 101 points. En parallèle, le yen japonais s’est effondré a des niveaux qu’il n’avait pas vu depuis quarante ans.

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La Fed change de ton : Le dollar frôle les 101 points

L’indice du dollar américain a donc touché précisément 101,13 en séance avant de clôturer autour de 100,85 hier, soit le 19 juin. Il gagne plus de 1 % sur la semaine et reste en hausse de plus de 2 % sur un an.

Pour remettre les choses en perspective : il avait plongé jusqu’à 95,55 en janvier dernier. Le rebond est donc net et rapide. Les opérateurs ont clairement réagi aux derniers signaux venus de la Réserve fédérale.

En effet, cette semaine, le 17 juin, Kevin Warsh a tenu sa première réunion en tant que président de la banque centrale américaine. Sans grande surprise, les taux sont restés inchangés. Toutefois, le message de Kevin Warsh a surpris dans sa fermeté. Désormais, c’est environ la moitié des membres du comité de politique monétaire qui anticipe une hausse des taux d’ici la fin de l’année, avec une probabilité proche de 50 % pour une première augmentation en septembre.

Ainsi, Kevin Warsh a donné le la pour sa première conférence à la tête de la Fed, dont il est ancien gouverneur sous la présidence de Ben Bernanke. Et, là, encore, pas de grande surprise. L’homme d’état est connu pour sa rigueur monétaire. De fait, après Jerome Powell dont la communication était très lisible, et parfois jugée trop accommodante ou provocatrice pour les marchés, ce ton plus traditionnel et combatif contre l’inflation a apporté une forme de crédibilité retrouvée.

Le nouveau patron semble vouloir moins « guider » les marchés à l’avance et plus se concentrer sur la stabilité des prix. Ce changement de style est plutôt bien accueilli par les investisseurs qui doutaient de la détermination de la banque centrale ces derniers mois.

Le dollar n'a jamais été aussi puissant depuis des années
Graphique historique long terme de l’indice du dollar américain – Source

Le yen japonais au bord de l’agonie historique

Pendant ce temps là, alors que le dollar remonte, le yen paie le prix fort. L’USD/JPY évolue autour de 161,20-161,30. C’est élevé, ce qui affaiblit le yen. Il faut 161 yens pour acheter un dollar. Un seuil historique que la devise japonaise n’avait pas atteint depuis 1986.

A l’époque, les autorités japonaises ont du intervenir massivementet les grands pays industrialisés ont fini par signer l’Accord du plaza en 1985. L’objectif était alors d’organiser une baisse concertée du dollar.

Aujourd’hui, le différentiel de taux entre la Fed (qui redevient crédible sur l’inflation) et la Banque du Japon (toujours très accommodante) est tel que les investisseurs vendent massivement du yen pour acheter du dollar.

Les opérations de carry trade profitent de l’écart de taux, mais la faiblesse du yen devient dangereuse pour le Japon : elle alimente l’inflation importée et fragilise son système financier. Les autorités ont déjà évoqué une « action résolue », et une intervention directe n’est plus exclue si le USD/JPY poursuit sa hausse vers 162-165.

Cours USD/JPY et données historiques du yen – Source

L’euro, pris en tenaille entre le dollar et le yen

L’euro n’est pas épargné. La paire EUR/USD évolue autour de 1,145-1,147, son plus bas niveau depuis mars. La devise européenne s’affaiblit elle aussi face au dollar, mais de façon beaucoup moins spectaculaire que le yen.

L’Europe se retrouve en quelque sorte coincée. Elle subit la force du dollar sans bénéficier de la même dynamique de carry trade que le Japon, et sans avoir les marges de manœuvre monétaires d’une Banque du Japon.

Résultat : les exportateurs européens perdent en compétitivité, tandis que les importations d’énergie et de matières premières deviennent plus chères. Le yen, lui, est le grand perdant de ce nouveau régime monétaire américain.

Le dollar domine : ce que l’Histoire nous apprend

Ce n’est pas la première fois que le dollar américain retrouve de la puissance. En 2022, sous l’effet des hausses de taux très agressives face à l’inflation post-pandémie, l’indice avait dépassé les 114 points. Cette force avait pesé sur les devises émergentes, fait baisser l’or et créé des tensions sur les dettes libellées en dollars.

Plus loin encore, le pic historique date de 1985, quand l’indice avait frôlé les 164 points. À l’époque, la politique très stricte de Paul Volcker avait fait du dollar une valeur refuge absolue… au point que les grands pays industrialisés avaient signé l’Accord du Plaza, le même que nous évoquions au début de cet article, pour organiser une baisse concertée du dollar et soutenir les exportations américaines.

À chaque fois, une période de dollar très fort coïncide souvent avec une politique monétaire stricte aux États-Unis, une économie américaine qui surperforme relativement aux autres, et des conséquences mondiales : pression sur les matières premières, difficultés pour les pays endettés en dollars, et parfois un ralentissement de la croissance mondiale.

Un dollar plus fort rend les importations américaines moins chères (ce qui aide à contenir l’inflation locale). Il pèse en revanche sur les profits des multinationales américaines, sur l’or et le pétrole, et complique la vie des marchés émergents et des actifs risqués comme les cryptomonnaies, qui montrent souvent une corrélation inverse avec la devise américaine.

Pour le Japon, la faiblesse extrême du yen est un poison à double tranchant : elle booste les exportateurs, mais elle renchérit les importations et menace la stabilité financière. Pour l’Europe, c’est une perte de compétitivité supplémentaire dans un contexte déjà compliqué..

Les prochaines données d’inflation et la réunion de septembre seront décisives. Le dollar vient de rappeler qu’il reste la monnaie de référence mondiale… et qu’il peut encore surprendre quand la banque centrale américaine décide de reprendre la main.

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