L’Argent ne dort jamais. L’argent, lui, va devoir apprendre à faire la sieste. La banque centrale du Brésil a annoncé vendredi que certains transferts de cryptoactifs devront désormais être retardés jusqu’à 24 heures, dans le cadre de nouvelles règles anti-fraude. La mesure vise en priorité les stablecoins, ces jetons adossés à une monnaie comme le dollar, de plus en plus utilisés pour faire circuler rapidement l’argent issu d’arnaques financières.
- La banque centrale du Brésil a imposé un délai de 24 heures sur certains transferts de cryptoactifs pour lutter contre la fraude.
- Cette nouvelle réglementation cible particulièrement les transferts de plus de 10 000 dollars impliquant des stablecoins et des prestataires étrangers.
Un délai de 24 heures pour freiner les arnaques crypto
Selon Reuters, la règle entrera en vigueur l’an prochain. Elle s’appliquera aux transferts de plus de 10 000 dollars envoyés vers des prestataires étrangers de cryptoactifs, ou vers des wallets en self-custody (des portefeuilles où l’utilisateur détient lui-même ses clés privées, sans dépendre d’une plateforme).
Le seuil peut se déclencher de deux façons :
- soit une seule transaction dépasse 10 000 dollars,
- soit c’est la somme des mouvements d’un même client sur une seule journée qui franchit la barre.
Un virage suffit. Un empilement de petits montants aussi.
La Banco Central do Brasil a pris soin de préciser que ce délai n’est ni un gel des fonds, ni un blocage permanent. Les prestataires de services sur actifs virtuels disposeront simplement d’une fenêtre pour évaluer les risques liés au client, à la transaction, au type de service, au destinataire et au pays de réception.
Rien n’empêche d’ailleurs de libérer les fonds plus tôt si les contrôles internes jugent l’opération sans danger. L’institution a précisé que le délai pourra aussi s’appliquer à d’autres opérations jugées sensibles au regard de ses politiques de gestion des risques.
Un étau réglementaire qui se resserre sur les cryptos au Brésil
Cette réforme ne sort pas de nulle part. Elle vient s’ajouter à une interdiction déjà actée par la Résolution BCB n°561, publiée le 30 avril 2026. À partir du 1er octobre prochain, les prestataires du système eFX (le circuit officiel de paiements internationaux électroniques) n’auront plus le droit de régler leurs opérations transfrontalières avec des cryptoactifs.
Fini le virement en USDT entre une fintech brésilienne et son homologue étranger. Place obligatoire au change classique, ou à un compte en réal détenu par un non-résident.
D’un côté, on ferme le tuyau institutionnel des règlements en stablecoins. De l’autre, on ralentit les flux individuels qui passent encore par les plateformes ou les wallets personnels. Entre les deux, il ne reste plus beaucoup d’espace pour qui voudrait sortir vite de l’argent du pays sans laisser de traces.
Lors de la présentation du projet en juin dernier, la banque centrale avait d’ailleurs cité deux exemples étrangers. Singapour, d’abord, qui retarde déjà les paiements numériques suspects d’au moins 24 heures. La Corée du Sud, ensuite, dont les nouvelles règles limitent les transferts vers le self-custody et l’étranger aux cas jugés à faible risque.
Du côté des professionnels, l’accueil reste mitigé. L’association ABToken avait déjà pointé, lors de la consultation publique du printemps, le risque de variation de prix pendant la période de blocage. Elle dénonçait aussi la charge opérationnelle supplémentaire que cette vérification impose aux plateformes.
Pour l’utilisateur crypto ordinaire, en revanche, le choc sera minime : sous les 10 000 dollars, rien ne change. Mais pour les entreprises qui déplacent de grosses sommes à l’international, ou les particuliers qui utilisent des stablecoins pour se couvrir contre les soubresauts du réal, la fluidité tant vantée de la crypto vient de perdre 24 heures.
Un autre pays d’Amérique latine, la Bolivie, a fait le pari inverse en s’appuyant justement sur l’USDT pour bâtir son système de paiement national. Deux voisins, deux lectures opposées du même outil.
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