Un faux entretien d’embauche, un test de code et 11,8 millions de dollars envolés. À Singapour, des escrocs ont utilisé LinkedIn et Google Meet pour compromettre l’ordinateur professionnel d’un développeur. Leur véritable cible n’était pas son portefeuille personnel, mais les systèmes de l’entreprise qui l’employait. L’attaque n’a exploité aucune faille dans une blockchain. Les pirates ont dérobé un jeton de session Bitbucket, modifié la chaîne de déploiement logiciel de la société puis contourné ses contrôles internes pour transférer des cryptos.
Points clés
- Un pseudo-recruteur croisé sur LinkedIn a dérobé 11,8 millions de dollars en cryptomonnaies via un test technique contenant un voleur d’informations
- Le mode opératoire correspond à la campagne « Contagious Interview » documentée depuis fin 2023 (BeaverTail, InvisibleFerret, paquets npm malveillants)
- Ces opérations sont attribuées à des groupes liés à la Corée du Nord, crédités de plus de 2 milliards de dollars de vols crypto sur l’année 2025
- Aucune faille de protocole n’est en cause : machine virtuelle isolée et wallet crypto matériel suffisent à neutraliser ce vecteur d’attaque
LinkedIn, Google Meet et un faux test technique
The Straits Times nous raconte comment tout a commencé. Et il s’agit d’un message envoyé sur LinkedIn dans lequel l’escroc se présente comme le recruteur d’une entreprise liée aux cryptomonnaies. Il poursuit ensuite les échanges par courrier électronique, depuis un nom de domaine imitant celui d’une société légitime.
Et la mise en scène ne s’arrête pas là. La victime participe à plusieurs entretiens sur Google Meet, mais son interlocuteur conserve systématiquement sa caméra éteinte. Elle reçoit ensuite un lien vers un faux site sur lequel elle doit réaliser un test de programmation.
Le développeur utilise alors son ordinateur professionnel et télécharge, sans le savoir, un logiciel malveillant qui ne vide pas directement les extensions de wallets et ne récupère pas la phrase de récupération. Non, il dérobe son jeton de session Bitbucket.
Ce fichier permet aux attaquants de reprendre une session déjà authentifiée sans déclencher une nouvelle demande de validation multifacteur. Ils accèdent ainsi au compte lié au dépôt de code de l’entreprise.

Du dépôt de code aux transferts de cryptos volées
Et bingo ! Une fois dans Bitbucket, les pirates modifient les instructions de déploiement automatisé des logiciels de la société. Cette manipulation leur ouvre ensuite un accès à distance aux serveurs internes, où ils récupèrent de nouveaux identifiants.
L’attaque progresse alors jusqu’aux systèmes financiers. Les escrocs parviennent à contourner les plafonds de transaction et les procédures d’approbation avant d’effectuer des transferts en cryptomonnaies. Le préjudice atteint 11,8 millions de dollars américains, soit environ 15,1 millions de dollars singapouriens.
La police de Singapour et l’agence nationale de cybersécurité recommandent de vérifier chaque recruteur par les canaux officiels de l’entreprise et de refuser tout téléchargement provenant d’un site inconnu. Enfin, ils conseillent aussi de ne jamais exécuter un test technique sur une machine professionnelle connectée aux systèmes internes.
Les entreprises doivent également protéger leurs clés API, renforcer l’authentification multifacteur, surveiller leurs dépôts de code et cloisonner leurs procédures de déploiement. En cas de doute, elles doivent isoler immédiatement l’appareil, révoquer toutes les sessions actives, changer les identifiants et vérifier les journaux d’accès.
Cette attaque montre comment un simple test de recrutement peut ouvrir la voie jusqu’aux systèmes financiers d’une entreprise. Ici, la faille décisive ne se trouvait ni dans un wallet ni dans un protocole, mais dans un ordinateur professionnel compromis par un faux recruteur. La Corée du Nord était suspectée il y a quelques temps de réaliser ce genre d’opération, même si, à ce stade, rien ne permet d’incriminer Pyongyang.
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