Pavel Durov contre-attaque. Deux ans après son arrestation au Bourget, le fondateur de Telegram affirme que l’enquête française visant sa responsabilité dans les activités criminelles de certains utilisateurs s’inscrit dans un schéma plus large de pressions politiques. Une lecture fermement contestée par les autorités françaises, alors que la procédure judiciaire reste ouverte. La parole est à la défense.
- Deux ans après son arrestation au Bourget, Pavel Durov a contesté l’enquête française, la qualifiant de pression politique.
- La justice française a maintenu ses accusations contre le fondateur de Telegram, malgré l’allègement progressif des contraintes imposées.
Deux ans d’enquête contre le fondateur de Telegram
Pavel Durov avait été interpellé le 24 août 2024 à sa descente d’avion à l’aéroport du Bourget, en provenance d’Azerbaïdjan. Après une garde à vue pouvant légalement durer jusqu’à 96 heures, il avait été mis en examen le 28 août.
La procédure porte notamment sur des soupçons de complicité dans l’administration d’une plateforme permettant des transactions illicites, la diffusion de contenus pédocriminels, le trafic de stupéfiants, la fraude et le blanchiment. La justice lui reproche également un refus de transmettre certaines informations demandées par les autorités.
Pavel Durov avait été remis en liberté contre une caution de 5 millions d’euros, avec interdiction de quitter la France et obligation de pointer régulièrement au commissariat. Ces contraintes ont progressivement été assouplies, avant que les restrictions de voyage et de pointage soient entièrement levées en novembre 2025. Sa mise en examen et l’enquête restent toutefois en vigueur et ne préjugent pas de sa culpabilité.
Dans son message publié sur X, le dirigeant estime que la procédure perd de sa cohérence avec le temps. Il affirme que Telegram ne modérait pas moins efficacement que les autres grandes plateformes et ne coopérait pas moins avec les autorités.

Pavel Durov soupçonne une pression politique
Le fondateur de Telegram va désormais plus loin. Selon lui, plusieurs gouvernements demanderaient discrètement à la plateforme d’accorder des « faveurs politiques », notamment sous la forme de censures ou de dispositifs de surveillance illégaux. Après un refus, des médias et des organisations non gouvernementales lanceraient des campagnes présentant Telegram comme un refuge pour les criminels.
Pavel Durov ne présente pas directement l’enquête française comme politique, mais affirme qu’elle correspond à ce schéma et « soulève des questions ». Il avait déjà accusé les services français d’avoir demandé la suppression de voix conservatrices en Roumanie, puis de certaines chaînes en Moldavie pendant des élections.
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a reconnu avoir rencontré Pavel Durov, mais dément avoir réclamé la censure de comptes liés à un processus électoral. Elle affirme que les échanges portaient uniquement sur la lutte contre le terrorisme et les contenus pédocriminels. Emmanuel Macron avait également assuré dès 2024 que l’arrestation relevait d’une enquête judiciaire indépendante et non d’une décision politique.
Il invoque enfin la récente décision du Conseil constitutionnel, qui a censuré l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans au nom notamment de la liberté de communication. Cette décision ne concerne cependant pas son dossier judiciaire.
Deux récits continuent donc de s’opposer : celui d’une enquête sur la responsabilité et la coopération de Telegram, et celui d’une tentative de pression contre une plateforme réfractaire à la censure. Seule la suite de l’instruction permettra de déterminer si l’affaire débouchera sur un procès ou un non-lieu, mais M. Durov a déjà sa petite idée.
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