Rangé, le tuyau de 2020. Pas coupé. Le dernier relevé hebdomadaire de la Fed (le H.4.1, publié chaque jeudi) confirme la tendance amorcée depuis deux ans : les grandes banques centrales dégonflent leurs bilans gonflés par le Covid, chacune à son rythme. Rien à voir pourtant avec un retour au monde d’avant 2020.
- Les grandes banques centrales, dont la Fed, ont dégonflé leurs bilans massifs accumulés pendant la crise du Covid, marquant un changement notable par rapport à 2020.
- Le Trésor américain a pris le relais des banques centrales en achetant de la dette pour influencer la liquidité du marché, un rôle autrefois joué par la Fed.
Fed, BCE, BoJ, BoE, le grand dégonflement version 2026
Selon la Réserve fédérale, ses actifs pesaient 21 % du PIB américain fin mars 2026, contre un pic proche de 37 % en 2021. Le bilan reste pourtant considérable : environ 6 730 milliards de dollars au 26 août, selon le dernier relevé H.4.1 cité par The Kobeissi Letter. Loin d’être négligeable donc.
Au printemps 2020, la Fed avait doublé son bilan en quelques mois pour éviter l’effondrement du marché obligataire américain. Six ans après, l’urgence a disparu. Le stock d’actifs accumulé, lui, est resté sur les livres.
Même mouvement ailleurs, à des vitesses différentes. La BCE est passée sous les 40 % du PIB de la zone euro, du jamais-vu depuis le premier trimestre 2020, loin des 65 % atteints en 2022.
La Banque du Japon traîne encore autour de 103 % du PIB nippon, contre un pic proche de 130 % en 2021. Gardienne du programme d’assouplissement quantitatif le plus massif au monde, la BoJ dégonfle. Elle garde malgré tout une avance colossale sur ses homologues occidentales.
La Banque d’Angleterre, elle, retombe à environ 21 % du PIB britannique, un plancher plus vu depuis 2016, après un pic à 40 % en 2021.

Le vrai robinet a changé de camp, direction le Trésor
Et si le stimulus post-Covid était largement effacé, la liquidité, elle, n’a pas disparu. Elle a changé de robinet. Le resserrement quantitatif (QT, la réduction volontaire du bilan d’une banque centrale) est terminé ou très ralenti sur la plupart des zones. Les réserves bancaires restent qualifiées d’« amples » par la Fed elle-même, ce qui évite tout accroc sur le marché des pensions livrées (repo), là où l’automne 2019 avait déjà viré à la panique.
Surtout, le Trésor américain a pris le relais, Scott Bessent rachetant désormais jusqu’à 4 milliards de dollars de dette longue par opération, tandis que le compte général du Trésor (TGA, la trésorerie du gouvernement fédéral logée à la Fed) frôle les 950 milliards de dollars de réserve mobilisable. De quoi arroser le marché sans que la Fed ait besoin de rouvrir le tuyau.
Bitcoin n’a pas besoin d’un nouveau QE de la Fed
Cette mécanique explique pourquoi le cours du Bitcoin a grimpé après l’annonce des rachats de Bessent, pas après une décision de politique monétaire de la Fed. Confondre les deux revient à applaudir le mauvais orchestre. Le canal a changé de forme. Ce n’est plus la banque centrale qui imprime, c’est le Trésor qui rachète sa propre dette pour desserrer l’étau sur les taux longs.
Le raccourci qui circule, celui d’un stimulus mort qui condamnerait mécaniquement Bitcoin, oublie un détail. L’actif a grimpé pendant les phases de resserrement monétaire des quatre dernières années, pas seulement pendant le QE. Son cours à court terme suit les flux nets de liquidité, ceux qui entrent et sortent du système au jour le jour, bien plus que la taille brute d’un bilan de banque centrale figé depuis des mois.
Les banques centrales ont rangé le tuyau de 2020. Le robinet, lui, est passé au Trésor. Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, y tient son grand oral inaugural ce vendredi 28 août à Jackson Hole, devant un marché qui surveille moins ses mots sur les taux que ceux sur qui, de la Fed ou de Bessent, pilotera vraiment la liquidité en 2027.
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