Un émir au capital, un président à l’enseigne. Quinze jours après le feu vert conditionnel accordé à la banque de World Liberty Financial, le Wall Street Journal lève le voile sur son tour de table. Un groupe d’investisseurs emmené par le sheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis, détient 49 % de la holding qui chapeaute World Liberty Trust Co. La plus grosse part du gâteau. L’entité de la famille Trump, elle, en contrôle 38 %. Et le tout avec la bénédiction du régulateur fédéral.
- World Liberty Trust a révélé un tour de table surprenant, avec le sheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan possédant 49 % de la holding.
- L’octroi du sésame réglementaire à la banque par l’OCC a déclenché des tensions à Washington, soulevant des soupçons de conflit d’intérêts politiques.
World Liberty Trust, une banque sous pavillon émirati à 49 %
L’information, révélée par le Wall Street Journal et relayée par CNBC le 27 août, porte sur la maison mère de la toute jeune banque. Le 14 août, l’OCC (le régulateur qui délivre les chartes bancaires nationales aux États-Unis) accordait à World Liberty Trust Co son sésame réglementaire conditionnel.
Au programme, l’émission et le rachat de l’USD1, le stablecoin maison qui pèse déjà plus de 4 milliards de dollars en circulation. L’établissement gérera aussi les bons du Trésor qui l’adossent et proposera de la garde d’actifs numériques (la conservation sécurisée de cryptomonnaies) pour des clients institutionnels. Reste une marche à franchir.
Avant d’ouvrir, World Liberty Trust devra aligner 20 millions de dollars de capital minimum et recruter un auditeur interne qualifié. Le communiqué de l’agence, lui, ne disait pas un mot de l’identité du premier actionnaire.
Tahnoun ben Zayed, l’ami à 1 300 milliards de la famille Trump
À Abou Dhabi, l’homme n’est pas exactement un inconnu. Frère du président Mohammed ben Zayed, patron du conglomérat IHC et du géant de l’intelligence artificielle G42, Tahnoun ben Zayed pilote un réseau d’investissement estimé à plus de 1 300 milliards de dollars. Son passé à la tête des services de renseignement lui vaut, dans la presse anglo-saxonne, le surnom de « sheikh espion ». Et le flirt avec le clan Trump ne date pas d’hier.
En janvier 2025, quatre jours avant l’investiture, une société liée au sheikh raflait en toute discrétion 49 % de World Liberty Financial pour 500 millions de dollars. L’opération est restée cachée plus d’un an, jusqu’à ce que le même quotidien ne déballe l’affaire en février dernier. Interrogé en mai 2025 sur l’implication de G42, Eric Trump avait éludé d’un « nous avons des investisseurs plutôt significatifs ». On appréciera la litote. Le tout pendant que Washington négociait l’accès de G42 aux puces d’intelligence artificielle américaines les plus avancées.
Une charte OCC qui met le feu aux poudres à Washington
Le calendrier fait tiquer jusqu’au Congrès. Jonathan Gould, le patron de l’OCC qui a validé la charte, a été nommé par Donald Trump en 2025. La Maison-Blanche jure qu’il n’y a « aucun conflit d’intérêts ». Sur la colline du Capitole, on ne l’entend pas de cette oreille. Elizabeth Warren et neuf autres sénateurs ont dégainé, rapporte Cointelegraph, une proposition de loi au nom qui ne s’embarrasse pas de nuances, le « Ending Presidential Corruption in Banking Act » (loi pour mettre fin à la corruption présidentielle dans le secteur bancaire). Une commission de la Chambre des représentants enquête déjà, de son côté, sur l’accord d’Abou Dhabi de janvier 2025. Un dossier de conflit d’intérêts qui s’écrit presque tout seul.
L’histoire bancaire américaine a pourtant déjà croisé l’argent d’Abou Dhabi. Fin 2007, le fonds souverain ADIA était entré au capital de Citigroup à hauteur de 4,9 %, un pourcentage soigneusement calibré pour rester sous les seuils qui déclenchent l’examen des régulateurs. Deux décennies plus tard, l’émirat s’affiche à 49 % d’une banque bâtie autour du stablecoin USD1, sans que l’OCC n’y trouve à redire. Dix fois plus, et au grand jour cette fois. Les banquiers de 2007 n’auraient pas osé en rêver.
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