Alors que le Conseil constitutionnel français vient justement de retoquer la loi qui aurait imposé une vérification d’âge généralisée sur les réseaux sociaux, jugée trop intrusive pour la vie privée. Aux États-Unis, Meta prend le chemin inverse : dans le cadre d’un accord à 18 milliards de dollars conclu avec 48 États américains, l’entreprise doit muscler sa capacité à repérer les comptes de mineurs, sans les faire sortir leur carte d’identité. Sa solution : une intelligence artificielle qui devine l’âge à partir d’indices visuels et comportementaux.
- Le Conseil constitutionnel français a rejeté une loi visant à imposer une vérification d’âge sur les réseaux sociaux pour des raisons de vie privée.
- Aux États-Unis, Meta a conclu un accord de 18 milliards de dollars pour améliorer la détection des comptes de mineurs grâce à une IA qui estime l’âge à partir d’indices visuels et comportementaux.
Une estimation, pas une vérification d’âge : la nuance qui change tout
Techniquement, l’IA de Meta ne vérifie rien du tout, elle estime. Sur Instagram, le système croise des « indices contextuels » (des publications sur un anniversaire, des horaires de connexion typiques d’un emploi du temps scolaire, la liste d’amis, ce sur quoi un compte s’attarde) avec une analyse des photos publiées.
Meta explique elle-même chercher dans les images des traits comme « la taille ou la structure osseuse » pour estimer un âge général, sans identifier la personne précisément. Combinée, cette double analyse promet de repérer davantage de comptes mineurs. Google fait déjà la même chose sur YouTube depuis l’an dernier, en s’appuyant sur l’historique de visionnage plutôt que sur des photos.
Meta sous contrainte judiciaire
L’accord règle des poursuites de procureurs généraux d’État qui accusaient Meta d’avoir sciemment conçu Instagram et Facebook pour capter l’attention des jeunes au détriment de leur santé mentale. Il impose des obligations précises : audits externes réguliers, objectifs chiffrés sur le taux de faux positifs (des mineurs classés à tort comme majeurs), et surtout un mécanisme en cascade.
Dès qu’un compte est identifié comme appartenant à un utilisateur de moins de 13 ans et exclu de la plateforme, Meta doit aussi vérifier l’âge de tous ses amis. Un an lui est accordé pour peaufiner le dispositif. Reste que l’entreprise elle-même milite pour une autre solution : faire porter la vérification d’âge par Apple et Google au niveau des boutiques d’applications plutôt que plateforme par plateforme. Google refuse, arguant que la mesure ignorerait les ordinateurs partagés en famille et les applications préinstallées.
L’Europe tente la même bataille par la loi, avec le même résultat mitigé
De ce côté de l’Atlantique, la méthode change mais le problème reste identique. L’Australie a ouvert la voie en décembre 2025 avec une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Une étude du British Medical Journal a depuis montré que 85 % des mineurs concernés continuent malgré tout d’y accéder. La France, la Grèce, le Royaume-Uni et l’Espagne préparent des textes similaires, mais le précédent français montre à quel point l’exercice est périlleux : en imposant une preuve d’âge à tout utilisateur, mineur ou pas, la loi censurée par le Conseil constitutionnel se heurtait exactement à la même objection que soulève l’Electronic Frontier Foundation contre l’approche de Meta aux États-Unis, à savoir que les données collectées pour prouver un âge peuvent, un jour, fuiter ou être détournées.
Ni l’approche judiciaire américaine ni l’approche législative européenne n’ont donc encore résolu la même équation : protéger les mineurs sans transformer chaque internaute, enfant ou adulte, en suspect sommé de prouver son identité.
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