Crypto et terrorisme : 4 267 USDT au cœur d’un procès en Corée du Sud

Sept virements, 4 267 USDT. Le montant tiendrait dans le budget mensuel d’un étudiant, et il vaut à quatre ressortissants ouzbeks des poursuites pour financement du terrorisme en Corée du Sud. La division des enquêtes de sécurité de l’agence métropolitaine de police de Gwangju les a interpellés en avril avant de rendre le dossier public, selon le Korea JoongAng Daily. Le meneur présumé a été inculpé, placé en détention et comparaît désormais devant le tribunal. Les trois autres sont poursuivis sans incarcération. L’un des quatre faisait l’objet d’une notice rouge d’Interpol, ce signalement international qui demande aux polices membres de localiser et d’arrêter provisoirement une personne recherchée.

Points clés

  • La police de Gwangju poursuit quatre ressortissants ouzbeks pour financement du terrorisme, dont le meneur présumé placé en détention.
  • 4 267 USDT envoyés en sept virements à Katibat Tawhid wal Jihad, groupe désigné par l’ONU et Washington depuis 2022.
  • Flux inverse inédit : des cryptos reçues du groupe converties en onze voitures d’occasion et deux pelleteuses (121 000 dollars) expédiées en Syrie.
  • Trois wallets et un compte au nom de l’épouse reconstitués par les enquêteurs, une seconde notice rouge d’Interpol identifiée.

Dimanche 6 septembre à 20h, le trader pro de Steady Lads décrypte le marché en direct. Au programme : une Master Class sur la lecture des graphiques, une analyse technique des principaux actifs et une séance de questions ouvertes avec celui qui pilote le portefeuille. Accès libre, dans la limite de 500 inscrits.

<strong>Réserver ma place</strong>
Réserver ma place

Des pelleteuses coréennes expédiées vers la Syrie

Entre août 2024 et avril 2025, le principal suspect aurait adressé 4 267 USDT, soit un peu plus de 4 200 dollars, en sept transferts au profit de Katibat Tawhid wal Jihad (KTJ). Ce groupe implanté en Syrie et actif depuis 2013 rassemble majoritairement des combattants originaires d’Asie centrale. Il figure sur les listes d’organisations terroristes de l’ONU et des États-Unis depuis 2022.

C’est le flux inverse qui intéresse surtout les enquêteurs. Le meneur présumé aurait reçu des cryptomonnaies de KTJ, puis les aurait dépensées en onze voitures d’occasion et deux pelleteuses, pour un total de 170 millions de wons (environ 121 000 dollars), matériel ensuite embarqué vers la Syrie. Les trois autres mis en cause auraient prêté la main aux achats et aux formalités d’exportation.

« Les affaires liées au terrorisme précédentes portaient sur l’envoi de fonds à des groupes terroristes, mais il s’agit du premier cas de réception de fonds provenant d’un groupe terroriste, suivie de l’achat et de la fourniture de véhicules en retour. »

Division des enquêtes de sécurité, agence métropolitaine de police de Gwangju – Source : Korea JoongAng Daily

Le choix du support n’a rien d’exotique. La Corée du Sud expédie chaque année plusieurs centaines de milliers de véhicules d’occasion depuis les ports d’Incheon et de Pyeongtaek, dont une part massive vers l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique. Une cargaison de 121 000 dollars se noie dans ce trafic, et deux engins de chantier destinés à la reconstruction syrienne n’ont rien pour attirer l’œil d’un douanier.

Le montant tiendrait dans le budget mensuel d'un étudiant, et il vaut à quatre ressortissants ouzbeks des poursuites pour financement du terrorisme en Corée du Sud. La division des enquêtes de sécurité de l'agence métropolitaine de police de Gwangju les a interpellés en avril avant de rendre le dossier public, selon le Korea JoongAng Daily. Le meneur présumé a été inculpé, placé en détention et comparaît désormais devant le tribunal. Les trois autres sont poursuivis sans incarcération. L'un des quatre faisait l'objet d'une notice rouge d'Interpol, ce signalement international qui demande aux polices membres de localiser et d'arrêter provisoirement une personne recherchée.
La Corée du Sud a arrêté quatre ressortissants ouzbeks suspectés d’avoir financier le terrorisme – Source : Compte X

Trois wallets, un compte au nom de l’épouse, un permis emprunté

Le mode opératoire décrit par la police tient d’ailleurs de l’artisanat prudent. Le suspect faisait tourner trois wallets personnels, encaissait le produit des ventes de voitures sur un compte ouvert au nom de son épouse et a présenté le permis de conduire d’un tiers au moment de son interpellation. Arrivé en Corée du Sud en 2017 avec un visa étudiant, diplômé d’une université de Daejeon, il séjournait dans le pays en situation irrégulière depuis 2023.

Les poursuites s’appuient sur la loi interdisant le financement du terrorisme, texte adopté par Séoul en 2008 sous la pression des recommandations du GAFI (Groupe d’action financière, l’organisme intergouvernemental qui fixe les standards antiblanchiment). Détail qui n’a probablement rien d’un hasard : la Corée applique depuis 2022 la travel rule, qui oblige les plateformes d’échange à transmettre l’identité de l’expéditeur et du bénéficiaire pour tout transfert supérieur à un million de wons, environ 700 dollars. Les sept virements reprochés tournent autour de 610 USDT chacun, juste sous le seuil.

À sa première audience, en juin, le principal accusé a contesté l’essentiel des charges. L’argent servait selon lui à couvrir les frais de sa famille, et il affirme ignorer l’identité des acheteurs des véhicules. Il assure également qu’un frère cadet n’a rejoint KTJ que pour se protéger, sur fond de violences visant les Ouzbeks en Syrie. Les enquêteurs, eux, disent avoir identifié un deuxième suspect visé par une notice rouge d’Interpol et poursuivent leurs investigations.

Le paradoxe d’un stablecoin trop bavard

Un groupe armé qui accepte des USDT accepte aussi un émetteur capable de geler ses fonds d’un clic. Tether revendique ainsi plusieurs milliards de dollars immobilisés à la demande d’autorités judiciaires dans une soixantaine de juridictions, et l’unité T3 Financial Crime Unit, montée avec TRON et TRM Labs, affiche des centaines de millions de dollars bloqués sur des adresses signalées depuis son lancement. Le registre public fait le reste : chaque transfert reste consultable des années plus tard, horodaté, rattachable à un cluster d’adresses.

D’où la sortie de piste vers le hors-chaîne. Convertir de la valeur en tôle et en hydraulique, c’est revenir au blanchiment par le commerce que le GAFI documente depuis des décennies, avec ses connaissements falsifiés et ses factures gonflées. Les voitures d’occasion coréennes remplissent ici la fonction que l’or ou les containers de textile occupent ailleurs, à ceci près que la partie amont du circuit a laissé une trace intégrale.

C’est cette trace qui a permis de reconstituer sept virements, trois wallets et une chronologie de vingt mois. Avec des espèces convoyées par valise ou un canal de type hawala, il n’aurait rien subsisté d’équivalent à verser au dossier. Le procès du meneur présumé se poursuit à Gwangju, et la police annonce d’autres interpellations à venir. Le blanchiment est, et restera toujours, le problème numéro 1 des organisations criminelles du monde entier. Et la crypto n’y peut rien.

Steady Lads, c’est la communauté privée du Journal du Coin : un trader pro y gère un portefeuille crypto et partage chaque position en temps réel, avec ses raisons d’entrer, de sortir et d’attendre. Analyses hebdomadaires, salon d’échange et lives réguliers.

<strong>Découvrir Steady Lads</strong>
Découvrir Steady Lads

L’article Crypto et terrorisme : 4 267 USDT au cœur d’un procès en Corée du Sud est apparu en premier sur Journal du Coin.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x