Intelligence artificielle : Trump refuse de ralentir

Aucun frein à main. Donald Trump a balayé les appels à ralentir le développement de l’intelligence artificielle, y compris ceux venus de dirigeants de la tech, au nom de la compétition avec la Chine. La position tranche avec les demandes de moratoire qui circulent depuis 2023 dans les laboratoires de recherche et une partie de la Silicon Valley.

Elle s’appuie sur une industrie déjà lancée à plein régime, où les fermes de minage de Bitcoin louent désormais leurs mégawatts aux géants du cloud.

Points clés

  • Donald Trump écarte les appels à ralentir le développement de l’IA, portés notamment par Hinton, Bengio et Wozniak, pour ne pas ralentir face à Pékin
  • L’America’s AI Action Plan et les 500 milliards de dollars du programme Stargate structurent une accélération assumée
  • Les mineurs de Bitcoin reconvertissent leurs sites en centres de données IA : 9,7 milliards de dollars pour IREN avec Microsoft, accords Google chez Cipher et TeraWulf
  • David Sacks pilote à la fois l’IA et la crypto à la Maison-Blanche, avec la même doctrine de dérégulation

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Trump et l’IA : « l’Amérique va gagner cette course »

Les appels à la prudence n’ont pourtant pas manqué. Chercheurs primés, industriels et figures conservatrices ont signé des textes réclamant un coup de frein sur les systèmes les plus puissants. La déclaration sur la superintelligence portée par le Future of Life Institute a rassemblé des signataires aussi éloignés que Geoffrey Hinton, Yoshua Bengio, Steve Wozniak, Richard Branson ou Steve Bannon autour d’une demande commune : interdire le développement d’une superintelligence tant qu’aucun consensus scientifique et public n’existe sur sa sûreté.

La Maison-Blanche a tranché dans l’autre sens. Dès son retour au pouvoir, le président a abrogé le décret de Joe Biden sur la sûreté de l’IA, avant de publier l’America’s AI Action Plan et ses quelque quatre-vingt-dix mesures, articulées autour de trois axes : accélérer l’innovation, bâtir les infrastructures, exporter la technologie américaine.

« L’Amérique est le pays qui a lancé la course à l’IA, et en tant que président des États-Unis, je suis ici aujourd’hui pour déclarer que l’Amérique va la gagner.»

Donald Trump, président des États-Unis, lors du sommet « Winning the AI Race »

Les moyens suivent le discours. Le programme Stargate, monté avec OpenAI, Oracle, SoftBank et MGX, affiche 500 milliards de dollars d’investissements sur quatre ans. Au Congrès, la tentative d’imposer un moratoire de dix ans sur les lois d’États encadrant l’IA a été retirée du texte budgétaire par 99 voix contre 1, ce qui n’a pas empêché l’exécutif de continuer à chercher la préemption des régulations locales par voie réglementaire.

IA et Bitcoin : les mineurs vendent leurs mégawatts

Chaque point de croissance de l’IA se paie en électricité, et c’est précisément là que le minage de Bitcoin entre dans l’équation. Les fermes disposent de ce qui manque cruellement aux hyperscalers : du foncier déjà raccordé, des postes de transformation construits et des contrats d’énergie signés de longue date. Le délai de raccordement au réseau, souvent supérieur à cinq ans aux États-Unis, vaut aujourd’hui plus cher que le terrain lui-même.

Les accords se sont enchaînés. Cipher Mining a signé un bail de dix ans avec Fluidstack adossé à une garantie de Google, qui a pris au passage une participation au capital du mineur. TeraWulf a bouclé un montage comparable sur son site de Lake Mariner. IREN a annoncé un contrat de 9,7 milliards de dollars avec Microsoft pour la fourniture de capacité GPU, et Galaxy Digital a converti son site Helios en centre de données loué à CoreWeave.

Pour des sociétés dont le revenu quotidien par térahash s’est effondré après le halving d’avril 2024, cette reconversion a offert une bouffée d’oxygène autrement plus stable que le hashprice : des flux contractualisés sur dix ans, indexés sur la demande de calcul et non sur le cours du bitcoin. L’accélération voulue par Washington se traduit directement en marges pour une industrie que l’administration précédente envisageait encore de taxer à 30 %.

David Sacks, une doctrine commune pour la crypto et l’IA

Le pilotage des deux dossiers avait été confié au même homme. David Sacks a cumulé pendant un an les fonctions de responsable de l’intelligence artificielle et des cryptomonnaies à la Maison-Blanche, avec une ligne unique : lever les obstacles réglementaires plutôt que les empiler. Il a quitté ce poste en mars 2026 pour rejoindre le comité scientifique de la présidence (PCAST), et la Maison-Blanche n’a nommé personne pour lui succéder : le poste de « czar » IA et crypto reste vacant. La doctrine, elle, a survécu à son départ. Le GENIUS Act sur les stablecoins a été promulgué durant l’été 2025, la réserve stratégique de bitcoins créée par décret quelques mois plus tôt. Les deux secteurs gardent le même argument de fond face à Pékin.

La Chine, l’autre camp de la course à l’IA

La rhétorique de souveraineté ne tient que si l’adversaire reste passif. En décembre 2025, Washington a desserré l’étau sur les semi-conducteurs. Les puces H200 de Nvidia ont été autorisées vers la Chine, contre une taxe de 25 % reversée au Trésor américain, les générations Blackwell et Rubin restant elles interdites. Pékin n’en a pas profité. Cinq mois plus tard, aucune des commandes autorisées n’avait été honorée. Le gouvernement chinois fait pression sur ses champions nationaux, Alibaba et Tencent en tête, pour qu’ils achètent chinois plutôt qu’américain.

Le pari de l’autosuffisance produit déjà des résultats. En juillet 2026, la start-up pékinoise Moonshot AI a dévoilé Kimi K3, un modèle à 2 800 milliards de paramètres qui rivalise avec Claude Opus 4.8 et GPT-5.5 sur les tests de code, et qui reste le plus gros modèle en accès ouvert jamais publié. La tension a même débordé sur le terrain judiciaire. Anthropic accuse le laboratoire Qwen d’Alibaba d’avoir aspiré les réponses de Claude via 25 000 comptes truqués pour entraîner son propre modèle. Washington a répliqué en restreignant l’accès à ses modèles les plus avancés au nom de la sécurité nationale, au même titre que les puces.

Deux administrations, deux définitions de la course. Trump mise sur la dérégulation et l’énergie. Pékin, sur le contrôle et l’autarcie technologique.

La facture apparaît ailleurs. Dans le réseau PJM, qui alimente treize États de l’Est américain, l’enchère de capacité a atteint 16,1 milliards de dollars pour la période 2026-2027 contre 2,2 milliards deux ans auparavant, sous la pression de la demande des centres de données. À l’approche des élections de mi-mandat, le prix du kilowattheure s’est invité dans la campagne, seul contrepoids sérieux à la marche forcée décidée par la Maison-Blanche.

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