Dix millions de dollars à un cheveu de s’évaporer. Le Wall Street Journal raconte comment Polymarket a été visé par une tentative de fraude de cette ampleur au moment précis où la plateforme de paris prédictifs accélérait son retour aux États-Unis. Le quotidien décrit une maison où les alertes des équipes conformité pesaient peu face aux ambitions de croissance de son fondateur Shayne Coplan.
L’entreprise vient pourtant d’encaisser jusqu’à 2 milliards de dollars d’Intercontinental Exchange, maison mère du New York Stock Exchange, et exploite désormais sa propre plateforme sous licence fédérale américaine.
Points clés
- Le Wall Street Journal rapporte une tentative de fraude d’environ 10 millions de dollars visant Polymarket
- Des équipes conformité alertaient depuis des mois, face à une direction concentrée sur la croissance et le retour aux États-Unis
- Avec le rachat de QCEX et ses agréments DCM/DCO, Polymarket doit désormais tenir un programme anti-blanchiment supervisé par la CFTC
- Les élections de mi-mandat de novembre s’annoncent comme le plus gros volume jamais traité par la plateforme
Polymarket, 10 millions de dollars en jeu et des alertes internes ignorées
D’après le quotidien américain, des salariés chargés du contrôle alertaient depuis des mois sur « la minceur des garde-fous » quand la tentative de détournement, chiffrée autour de 10 millions de dollars, a visé la plateforme. La priorité affichée par la direction allait ailleurs : volumes, acquisition d’utilisateurs, retour sur le marché américain.
L’architecture même de Polymarket explique une partie du problème. Les paris se règlent en USDC sur Polygon, depuis des wallets que les utilisateurs contrôlent eux-mêmes, sans dépositaire central. Aucune vérification d’identité n’a longtemps été exigée pour trader, le KYC (know your customer, « connaître son client ») se limitant aux rampes d’accès en monnaie classique.
Cette friction quasi nulle a fait la fortune de la plateforme pendant la présidentielle américaine de 2024, quand ses cotes donnaient Donald Trump gagnant bien avant les instituts de sondage, et elle complique en parallèle tout travail de traçage des fonds.
Les précédents ne manquent pas. Chaos Labs estimait fin 2024 qu’environ un tiers du volume affiché relevait du wash trading, ces allers-retours entre comptes d’un même acteur destinés à gonfler artificiellement l’activité.
En mars 2025, un détenteur massif de jetons UMA a fait basculer le vote de l’oracle chargé de trancher un marché sur l’accord minier entre Washington et Kiev, imposant une résolution contraire aux faits et laissant les parieurs lésés sans recours.

Paris prédictifs : Polymarket désormais sous l’œil de la CFTC
La CFTC (Commodity Futures Trading Commission), régulateur américain des produits dérivés, connaît bien la société : elle lui avait infligé 1,4 million de dollars d’amende début 2022 pour avoir proposé des contrats d’événements non enregistrés, avec obligation de bloquer les utilisateurs américains. En novembre 2024, le FBI perquisitionnait le domicile new-yorkais de Shayne Coplan
Huit mois plus tard, le ministère de la Justice et la CFTC refermaient leurs enquêtes sans poursuites, et Polymarket rachetait pour 112 millions de dollars l’opérateur QCEX, titulaire des agréments de marché à terme désigné (DCM) et de chambre de compensation (DCO).
Ces licences changent la nature du risque. Un DCM doit surveiller ses propres marchés, signaler les manipulations et tenir un programme anti-blanchiment conforme au Bank Secrecy Act, la loi américaine qui impose aux institutions financières la détection et la déclaration des flux suspects. Une tentative de fraude à huit chiffres n’a plus le même statut qu’un incident sur une plateforme offshore : elle devient un sujet de supervision.
Le concurrent Kalshi occupe le même terrain avec un avantage de naissance, celui d’avoir été régulé par la CFTC dès son lancement, et il a enchaîné les levées de fonds en 2025 sur des valorisations en forte hausse. Les deux maisons se disputent surtout les contrats sur événements sportifs, que le Nevada, le New Jersey et l’Ohio ont tenté de bloquer à coups de mises en demeure.
Les élections de mi-mandat de novembre s’annoncent comme le plus gros rendez-vous commercial de l’histoire de Polymarket, et ICE prévoit de distribuer ses données de marché à ses clients institutionnels. Deux raisons pour la CFTC d’examiner de près la façon dont la plateforme filtre les flux qui la traversent.
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