Une finance plus rapide, mais pas sans risques. Le Fonds monétaire international (FMI) reconnaît les gains possibles de la tokenisation, qui consiste à représenter des actifs financiers sur des registres numériques programmables. Dans son rapport sur la stabilité financière d’octobre 2026, il souligne toutefois que ces marchés restent fragmentés. Leur développement peut aussi accélérer la propagation des tensions financières.
- Le Fonds monétaire international a reconnu les avantages potentiels de la tokenisation, tout en avertissant des risques liés à une éventuelle propagation rapide des tensions financières.
- Bien que l’automatisation puisse réduire certains risques, elle pourrait également accélérer les crises, notamment en raison de la volatilité et de la fragmentation des marchés tokenisés.
Tokenisation : Des usages concrets, des marchés encore fragmentés
Dans une analyse publiée le 8 octobre, accompagnant son rapport sur la stabilité financière, le FMI décrit les avantages d’une infrastructure commune pour enregistrer et transférer les actifs. Des opérations aujourd’hui réparties entre plusieurs intermédiaires peuvent se coordonner sur un même registre. Résultat : moins de rapprochements comptables et davantage d’automatisation.
L’intérêt apparaît notamment dans les échanges d’actions tokenisées. Plus de la moitié des transactions sur ces marchés se déroulent hors des horaires traditionnels. Et dans l’échantillon étudié, environ 80 % des ordres portent sur moins d’une action. Ces observations montrent une demande pour des horaires élargis et des investissements de faible montant.
Cependant, les acheteurs et les vendeurs se répartissent entre plusieurs réseaux et plateformes. Cette dispersion réduit la liquidité, c’est-à-dire la facilité à négocier sans déplacer fortement le prix. Elle contribue aussi à des écarts de cours et à une volatilité supérieure à celle des marchés classiques.
Le FMI identifie donc quatre conditions pour développer ces marchés : des droits juridiquement reconnus, des règles claires, des infrastructures capables de communiquer entre elles et des moyens de règlement sûrs. Un jeton techniquement transférable ne suffit pas : son détenteur doit connaître les droits qu’il possède et les recours disponibles.

Une finance automatisée peut aussi accélérer les crises
La rapidité présente un double effet. Un règlement simultané de l’actif et de son paiement réduit le risque qu’une partie livre sans recevoir la contrepartie. En revanche, l’automatisation peut accélérer les ventes forcées lorsque les prix baissent et que les garanties deviennent insuffisantes.
Dans sa note « Tokenized Finance », publiée en avril 2026, le FMI soulignait déjà que les épisodes de tension pouvaient se dérouler plus vite. Les autorités auraient alors moins de temps pour intervenir. Les risques se déplacent en partie vers les logiciels, les infrastructures partagées et leurs mécanismes de gouvernance.
Les conséquences peuvent également dépasser les marchés financiers. Dans les économies émergentes, des paiements transfrontaliers plus accessibles offrent des possibilités d’inclusion. Mais la circulation rapide de capitaux et l’adoption de stablecoins étrangers peuvent fragiliser les monnaies locales, particulièrement lorsque la confiance dans celles-ci est faible.
Le FMI défend ainsi une réglementation fondée sur les activités et leurs risques, quelle que soit la technologie employée. La tokenisation peut améliorer le fonctionnement des marchés ; sa solidité dépend aussi de la protection juridique, de la liquidité et de la capacité à gérer une crise.
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