Un dollar par jour pour attaquer l’Europe. Et cette semaine, la cible est française. Mercredi 14 octobre, le M-CERT, le centre de réponse aux incidents cyber du secteur maritime, a alerté ports et armateurs sur des attaques DDoS en cours ou imminentes. Derrière l’offensive, le collectif prorusse NoName057(16). Son modèle ? Des volontaires payés en crypto pour prêter leur ordinateur, avec des grades militaires et un classement pour pimenter l’affaire.
Ce fonctionnement, une enquête du média polonais Vot Tak le détaille depuis cet été. Elle décrit une machine à recruter qui tourne sur Telegram, l’application dont le patron avait été arrêté en France en 2024.
Points clés
- Le M-CERT alerte le secteur maritime français le 14 octobre. Le groupe revendique des cibles comme le port de Marseille et celui de La Rochelle.
- Les volontaires installent DDoSia et touchent des dCoins, convertibles en TON, la crypto de l’écosystème Telegram.
- 500 000 requêtes par jour rapportent 50 dCoins, soit un peu plus d’un dollar.
- Europol a démantelé une partie de l’infrastructure en juillet 2025. Un an plus tard, le groupe revendique pourtant environ 300 opérations par mois.
Les ports français dans le viseur de NoName057(16)
Pas de communiqué sur le site du M-CERT ni sur ses réseaux sociaux. L’alerte est partie par courriel, mercredi, aux ports, armateurs et prestataires du secteur. C’est une capture d’écran de ce message, signée du M-CERT et publiée sur X par Seb La Tombe, fondateur de French Breaches, un compte spécialisé dans l’analyse des fuites de données suivi par plus de 100 000 personnes, qui a fait sortir l’information. Le courriel écrit d’ailleurs « NoName557(16) », une coquille que nous corrigeons ici. Le texte est court. Le ton est sobre, mais le message est clair.
« Nous avons ainsi découvert que le secteur maritime et portuaire français était actuellement pris pour cible par le groupe hacktiviste supportant la Russie NoName057(16). Les attaques (DDOS) sont en cours ou susceptibles d’être lancées de manière imminente.»
Courriel d’alerte du M-CERT, 14 octobre 2026, relayé sur X
Le centre recommande aux entreprises touchées de se tourner vers la gendarmerie maritime. De son côté, le groupe n’a pas attendu pour revendiquer. Sur son canal Telegram, repris dans le même fil X, il liste ses cibles du jour : Marfret et la Compagnie Maritime Nantaise pour le transport de marchandises, Genavir pour la flotte de recherche scientifique, ainsi que le Grand Port Maritime de Marseille et Port Atlantique La Rochelle, portail d’autorisation compris. À ce stade, aucun de ces acteurs n’a toutefois confirmé de perturbation.
DDoSia, le jeu mobile où l’on attaque des ministères
L’inscription tient en trois étapes. D’abord, vous contactez un bot Telegram. Ensuite, vous recevez une clé et une adresse de serveur. Enfin, vous lancez le programme. DDoSia existe sous Windows, Linux, macOS et Android, et il s’installe même sur un routeur. À partir de là, votre appareil arrose les cibles choisies par les administrateurs. Vous n’avez pas votre mot à dire sur la liste. C’est le principe de l’attaque par déni de service, ou DDoS : saturer un site de requêtes jusqu’à ce qu’il ne réponde plus.
La paie suit la cadence. D’après l’enquête de Vot Tak et des experts de RKS.Global, relayée par The Moscow Times, 500 000 requêtes réussies dans la journée valent 50 dCoins. Chaque dCoin s’échange ensuite contre 2 roubles, soit environ 2,4 cents. Le tout se convertit en TON avant de finir en argent liquide. Comptez donc un dollar et vingt cents pour une journée de service. Brancher plusieurs appareils ou parrainer un ami fait toutefois grimper le compteur.
Pour le reste, tout est fait pour qu’on y revienne. Les participants montent en grade, de simple soldat jusqu’à « General Dosi », au sommet d’une hiérarchie calquée sur l’armée. Le groupe lui-même parle d’un « jeu en ligne patriotique ». Europol, moins enthousiaste, y voit plutôt une « manipulation ludique ». Elle vise souvent de jeunes délinquants en quête d’un « sentiment de statut », badges et classements à l’appui.
Europol a coupé les serveurs mais pas la motivation
L’opération Eastwood, menée du 14 au 17 juillet 2025, a mobilisé douze pays. Au bilan : plus de 100 serveurs coupés, 24 perquisitions, deux arrestations en France et en Espagne, sept mandats d’arrêt. Cinq Russes ont en outre rejoint la liste des personnes les plus recherchées de l’Union européenne. Parmi eux, Mikhail Burlakov et Maxim Lupin. L’agence les présente comme les coordinateurs du groupe et comme des dirigeants d’un organisme public russe. Les deux hommes nient. Europol estime alors le vivier à plus de 4 000 sympathisants. Plus d’un millier d’entre eux ont d’ailleurs reçu un avertissement sur leur responsabilité pénale.
NoName057(16) attaque plus fort depuis Eastwood
Résultat ? Le groupe attaque davantage. Avant Eastwood, Vot Tak recense environ 6 300 ordres d’attaque par mois. Après, 7 700. Entre fin octobre 2025 et mi-mars 2026, NoName057(16) a ainsi revendiqué 1 530 opérations. Les sites gouvernementaux représentent près d’un tiers des cibles, devant la finance et les transports. L’Allemagne a servi de punching-ball en représailles. Le Danemark a ensuite été visé pendant ses élections municipales de novembre. La France, elle, a eu droit à sa vague le 22 décembre, avec La Poste, La Banque Postale et plusieurs aéroports régionaux ralentis.
L’efficacité réelle reste pourtant modeste. Un expert cité par l’enquête, Leonid Yuldashev, estime que 80 % des sites visés disposent d’une protection anti-DDoS. Le ministère polonais du Numérique parle lui aussi de dégâts limités. Mais le modèle tient précisément parce qu’il ne coûte presque rien : un dollar par jour et par volontaire, payé dans une crypto qui circule sans banque.
En décembre 2025, le ministère américain de la Justice a engagé à son tour des poursuites contre des membres présumés du groupe. Les paiements, eux, continuent de transiter par Telegram et par le TON, loin des circuits bancaires déjà fermés aux Russes depuis les sanctions contre Garantex. Et c’est donc cette armée de volontaires de NoName057(16), payés un dollar la journée, qui vise aujourd’hui Marseille et La Rochelle.
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CYBERATTAQUE — Le secteur maritime et portuaire français ciblé par le groupe de hackers prorusses NoName057(16) !