Bitcoin : les États-Unis redeviennent importateurs nets, les particuliers vendent aux institutions

Le bitcoin entre, le dollar sort. Chainalysis a publié le 14 octobre le volet Amérique du Nord de son rapport « Geography of Cryptocurrency 2026 ». Sur douze mois, la région a reçu 3 020 milliards de dollars de valeur on-chain, en recul de 1,9 %. Mais derrière ce chiffre en demi-teinte se cache une bascule. Les États-Unis sont redevenus importateurs nets de bitcoins en 2026, une première depuis 2022. En effet, les institutions achètent plus que les particuliers ne vendent. Le même rapport mesurait ce matin l’explosion des paiements d’agents IA sur Base. Le volet Bitcoin raconte pourtant autre chose : un pays qui thésaurise.

Points clés

  • Économie crypto américaine à 2 780 milliards de dollars, en baisse de 2,2 % dans un marché baissier.
  • Les transferts supérieurs à 10 millions de dollars ont fait entrer à eux seuls 53 200 BTC sur le territoire.
  • Le Canada progresse de 2,3 % à 247,7 milliards et prend la tête mondiale des flux transfrontaliers.

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Pourquoi les États-Unis aspirent le bitcoin du reste du monde

Le rapport mesure les flux de bitcoins qui traversent les frontières américaines dans les deux sens. Sur la période close au 1er juillet 2026, le solde est positif. Cela n’était plus arrivé depuis 2022, l’année de FTX et des liquidations en chaîne. Chainalysis en donne une explication simple. « Depuis le lancement des ETF Bitcoin spot en janvier 2024, la part américaine de l’activité mondiale sur bitcoin a augmenté à chaque période ». Concrètement, un ETF spot est un fonds coté qui doit détenir les bitcoins correspondant aux parts émises. Or, ses dépositaires sont américains. Ainsi, chaque dollar qui entre dans un ETF rapatrie des bitcoins achetés sur le marché mondial.

À ce canal s’ajoutent les trésoreries d’entreprise, ainsi qu’une demande souveraine implicite. Le rapport note en effet que la réserve stratégique fédérale a « ajouté une demande souveraine implicite à l’offre privée, même sans programme d’achat explicite ». L’économie crypto américaine recule de 2,2 % à 2 780 milliards de dollars. Elle conserve toutefois, écrit Chainalysis, « le quasi-doublement enregistré sur la période 2025 », porté par les ETF, la tokenisation et les stablecoins. Will Su, de BlackRock, y ajoute une nuance datée. Les ETP ont décollecté au premier semestre, quand l’IA attirait les capitaux. Puis les entrées ont repris au troisième trimestre.

Les particuliers vendent, les institutions ramassent

Le détail par taille de transfert dit qui vend à qui. Les transferts inférieurs à 10 000 dollars sont sortants nets à chaque période mesurée. Les grosses tranches, elles, sont entrantes. Celle des transferts au-delà de 10 millions de dollars représente d’ailleurs à elle seule 53 200 bitcoins arrivés sur le territoire. La formule du rapport tient en une phrase : « les particuliers envoient du bitcoin dehors, les institutions le font entrer ». Le marché a perdu plus de la moitié de sa valeur entre le sommet d’octobre 2025 et le creux de juin. Ce sont donc les petits porteurs américains qui ont cédé leurs pièces. Et des bilans institutionnels les ont absorbées à l’autre bout du carnet.

Le mouvement se lit aussi dans la composition de l’activité. Les stablecoins pèsent moins dans les flux américains que partout ailleurs, et l’écart se creuse à chaque période. La raison est presque triviale. « Un stablecoin en dollars est un moyen de détenir des dollars sans compte bancaire américain, et les Américains en ont déjà un ». Par conséquent, écrit Chainalysis, les Américains « s’appuient davantage sur le bitcoin comme réserve de valeur infiniment rare ».

Intensité bitcoin et stablecoins aux États-Unis comparée au reste du monde, graphique Chainalysis 2026
Intensité bitcoin et stablecoins, États-Unis contre reste du monde. Source : Chainalysis, Geography of Cryptocurrency 2026

L’exportation inverse : les États-Unis vendent du dollar numérique au monde

Si le bitcoin entre, le dollar sort, sous forme de stablecoins. Le rapport rappelle que 99,1 % des carnets d’ordres en stablecoins portent sur des jetons adossés au dollar. Les stablecoins en euros plafonnent en revanche à 0,45 % malgré MiCA. Circle déclarait 73,3 milliards d’USDC en circulation à la fin du trimestre, en hausse de 19 % sur un an. Cela représente 14 800 milliards de volume on-chain sur le seul trimestre. La loi GENIUS de 2025 a ensuite formalisé ce que les autres économies crypto savaient déjà. Les États-Unis sont « le premier exportateur de dollars numériques ». Chainalysis résume l’intérêt national en une ligne. Le bitcoin importé est accumulé, tandis que les stablecoins exportés propagent le dollar.

Le Canada complète le tableau avec une économie crypto en hausse de 2,3 % à 247,7 milliards de dollars. Le pays est premier mondial pour les flux transfrontaliers de gros montants et dixième à l’indice d’adoption. Les transferts de taille « envoi de fonds » vers l’Inde, les Philippines et la Chine y ont d’ailleurs bondi de 141 % à 2,36 milliards. Pour un lecteur français, l’Hexagone reste hors du top 20 de l’adoption. Enfin, la période couverte s’arrête au 1er juillet, soit avant la rechute de l’automne.

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