Ce n’est que quand la marée se retire qu’on découvre qui nageait nu. » La marée s’est retirée en mars 2025, et Mining Automatic nageait à poil. La SEC (le régulateur boursier américain) vient d’attaquer en justice la société et son fondateur, Zan Shaikh, pour un schéma qui porte, selon la plainte, certaines des caractéristiques d’un schéma de Ponzi, cette arnaque classique où l’on paie les premiers investisseurs avec l’argent des suivants. Plus de 380 investisseurs, environ 22 millions de dollars levés entre juin 2023 et mai 2025, et un rendement mensuel garanti qui n’avait, au fond, jamais grand-chose à voir avec l’activité minière réellement exercée.
- La SEC a poursuivi Mining Automatic et son fondateur Zan Shaikh pour une fraude portant sur 22 millions de dollars, impliquant plus de 380 investisseurs.
- Seulement 13 % des fonds ont été utilisés pour le minage, tandis que le reste a financé des dépenses personnelles et de la publicité, laissant plus de 20 millions de dollars impayés.
« 3 % par mois garantis » : la promesse qui aurait dû alerter
L’opération s’est déroulée via Bright Vision Distribution LLC, la société du Massachusetts derrière la marque Mining Automatic. Le deal semblait pourtant simple : les clients versaient du cash, l’entreprise achetait en leur nom des machines de minage, et chacun touchait un rendement mensuel garanti d’au moins 3 %. Sauf que 3 % par mois, ça fait plus de 42 % par an.
Comprenons bien. Aucun mineur sérieux ne peut promettre un tel chiffre : les revenus du minage dépendent du cours des cryptomonnaies, de la difficulté du réseau, du prix de l’électricité, des halvings. Même les grands mineurs cotés en Bourse publient des coûts de production qui varient d’un trimestre à l’autre. Jamais de gains fixes gravés dans le marbre.
13 % pour le minage, 7 millions pour la publicité
La ventilation des fonds décrite dans la plainte se passe de commentaire. Selon la plainte déposée par la SEC le 20 juillet 2026 devant le tribunal fédéral du Massachusetts, seuls 2,9 millions de dollars sur les 22 millions collectés, un peu moins de 13 %, ont réellement servi à payer du matériel de minage et l’hébergement associé. Sept millions sont partis en campagnes publicitaires pour recruter de nouveaux investisseurs. Shaikh a par ailleurs viré 778 550 dollars sur ses comptes personnels, et dépensé plus de 700 000 dollars supplémentaires en immobilier, concession automobile et loisirs. L’activité minière réelle n’a rapporté que 1,1 million de dollars, quand 1,8 million était reversé aux clients sous forme de « rendements ». La différence : l’argent des nouveaux entrants.
Les versements ont cessé en mars 2025. Aucun des 380 investisseurs n’a récupéré sa mise initiale, et plus de 20 millions de dollars de capital restent aujourd’hui introuvables.
Une vieille recette qui ne se démode pas : le Ponzi
Le faux minage n’a rien d’une innovation. Il y a huit ans, Homero Josh Garza, le fondateur de GAW Miners, écopait de 21 mois de prison et d’un jugement à 9 millions de dollars pour un montage quasi identique, des parts de puissance de calcul vendues sur des partenariats et une réserve financière qui n’existaient tout simplement pas. La recette n’a pas changé depuis, et le signal d’alarme non plus : un rendement « garanti » sur une activité par nature variable reste le meilleur détecteur de fraude du marché.
« Le système mis en place par les défendeurs présente certaines des caractéristiques d’un système de Ponzi, dans la mesure où certains investisseurs ont reçu des paiements présentés comme des rendements, alors que ces « rendements » dépassaient collectivement les profits réels générés par l’activité de minage. Une partie de ces prétendus rendements était donc financée par les investissements d’autres investisseurs. »
Plainte de la SEC contre Zan Shaikh et Bright Vision Distribution LLC, tribunal fédéral du Massachusetts
L’affaire tombe alors que la SEC de Paul Atkins avance sur deux fronts à la fois. D’un côté, un plan stratégique 2026-2030 qui érige la tokenisation et les infrastructures de marché crypto en priorité de long terme. De l’autre, des poursuites contre les faussaires qui abusent de la confiance des investisseurs les moins avertis. Aux projets légitimes, un cadre qui se précise. Aux escrocs, le tribunal du Massachusetts, qui doit encore fixer les sanctions financières de Shaikh après l’accord partiel conclu sans reconnaissance de faits.
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