Aveu de faiblesse. Le comité éditorial du Wall Street Journal, pourtant acquis à la droite américaine, n’a pas cherché de formule plus douce après la fuite venue de l’administration Trump : en pleine guerre contre l’Iran, des responsables ont confié à la presse que les stocks de missiles intercepteurs américains s’épuisaient.
Ce genre d’information a un prix sur les marchés. Le Brent a dépassé 90 dollars le baril à la mi-juillet, l’or campe au-dessus de 4 080 dollars l’once après 23 % de hausse sur un an, et le Bitcoin s’échange autour de 63 000 – 65 000 dollars, soit près de moitié moins que son record de 126 198 dollars d’octobre 2025.
Points clés
- Des responsables américains ont confié à la presse que les stocks de missiles intercepteurs s’épuisaient, ce qui a déclenché la fureur du comité éditorial du Wall Street Journal et des enquêtes du ministère de la Justice.
- Le Brent a gagné près de 20 % en juillet avec une pointe au-delà de 90 dollars, faisant passer les paris sur une hausse de taux de la Fed de 12 % à 38 % en une semaine.
- Le Bitcoin évolue autour de 65 000 dollars, près de 48 % sous son record de 126 198 dollars, en suivant les rendements obligataires courts plutôt que l’or ou le brut.
- Les ETF Bitcoin au comptant ont retiré 4,5 milliards de dollars en juin, puis 2,73 milliards en dix séances, ces flux expliquant environ 45 % des variations hebdomadaires du cours.
Washington a laissé filer son inventaire
Les faits d’abord. Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, a informé la Maison-Blanche de la fonte des stocks de défense antiaérienne, ces missiles intercepteurs de type Patriot ou THAAD chargés d’abattre drones et missiles balistiques iraniens.
Le New York Times de son côté, affirme que Donald Trump a renoncé à une nouvelle escalade pour cette raison précise, après la mort de trois militaires américains. Des analystes indépendants évaluent la réserve de Patriot à moins de 1 000 unités, alors que ces munitions constituent aussi le matelas prévu face à la Chine ou à la Corée du Nord.
Le Pentagone, lui, a démenti en bloc. Son porte-parole Sean Parnell assure que l’armée « a tout ce qu’il lui faut pour agir au moment et à l’endroit choisis par le président ». Mike Waltz, devenu ambassadeur à l’ONU après avoir été écarté du poste de conseiller à la sécurité nationale, a répété sur NBC avoir « vérifié de toutes les manières possibles » l’état des stocks, avant de réclamer la prison pour les auteurs des fuites. Le ministère de la Justice a ouvert des enquêtes, à la demande du président lui-même.
« Des responsables de l’administration Trump ont confié à la presse que les États-Unis étaient à court de munitions. C’est un étalage stupéfiant d’incompétence, ou de déloyauté, ou les deux. »
Le comité éditorial du Wall Street Journal
Pour le quotidien financier, ces fuites, si elles disent vrai, valent un « incendie à cinq alarmes ». Et si le trou dans les inventaires a été agité par des responsables espérant convaincre le président de reculer, leur place n’est plus dans la Situation Room. Verdict du comité éditorial : « Quoi qu’il en soit, à Téhéran, ils rient. »
Du baril à la Fed, la courroie de transmission
Le pétrole s’est chargé du message. Après le protocole d’accord signé en juin entre Washington et Téhéran, qui avait ramené le brut à ses niveaux d’avant-guerre, la reprise des hostilités a fait grimper le Brent de près de 20 % sur le mois, avec une pointe au-delà de 90 dollars quand des navires ont été visés à l’entrée du détroit d’Ormuz. Le baril a reflué lundi, la trêve tenant pour l’instant.
Comprenons bien. Chaque dollar d’énergie supplémentaire nourrit l’inflation américaine, et donc le scénario que les détenteurs de crypto redoutent le plus. En une semaine, les paris sur une hausse de taux avant la fin de l’année sont passés de 12 % à 38 %.
Le FOMC (Federal Open Market Committee), le comité de politique monétaire de la Fed, se réunit les 28 et 29 juillet et devrait maintenir ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, sous la présidence de Kevin Warsh, confirmé en mai et réputé faucon, c’est-à-dire partisan d’une politique monétaire restrictive. Le Bitcoin, lui, colle désormais davantage aux rendements courts des obligations du Trésor américain qu’à l’or ou au brut : la guerre se négocie comme un événement de taux.
Le Bitcoin plie sous les rachats d’ETF, pas sous les missiles
La pression vient surtout des tuyaux institutionnels, et le cours du BTC le ressent. Les ETF Bitcoin au comptant ont enregistré 4,5 milliards de dollars de sorties nettes en juin, leur pire mois depuis leur lancement, puis 2,73 milliards sur dix séances consécutives jusqu’au 1er juillet. Ces flux expliqueraient environ 45 % des variations hebdomadaires du cours, selon les travaux cités cette année. Le passage sous les 60 000 dollars n’a donc pas eu besoin de vendeurs paniqués : des rachats programmés ont suffi à faire le travail.
Sept séances d’entrées nettes ont ensuite ramené le Bitcoin vers 65 000 dollars, avant deux journées de sorties, 225 puis 240 millions de dollars. L’indice Fear & Greed, tombé à 11 points en début de mois, reste vissé en zone de peur, alors que la capitalisation totale des cryptos remonte à 2 300 milliards de dollars, avec un Bitcoin qui pèse 56,6 % du marché, un Ethereum autour de 1 945 dollars et un Solana à 76 dollars.
Une étude publiée en avril dans Economics Letters conclut que ni l’or ni le Bitcoin n’ont offert de protection robuste lors de l’escalade iranienne de février, le pétrole restant la seule couverture efficace à court terme. Sur douze mois en revanche, le métal jaune a pris 23 % pendant que la dette américaine gonflait au rythme d’une guerre financée à crédit, un carburant que le Bitcoin partage avec l’or dès que la contrainte de taux se desserre. Mercredi, la Fed tranche. D’ici là, le Sénat garde sur sa table le CLARITY Act, seul catalyseur qui ne dépende ni de Téhéran ni des stocks de Patriot.
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