Ce n’est que lorsque la marée se retire qu’on découvre qui nageait nu.Trente-quatre milliards, et des poussières. La TVL (total value locked, la valeur totale verrouillée dans les protocoles) des layer 2 d ‘Ethereum est retombée autour de 34,5 milliards de dollars à la mi-juillet, contre près de 52 milliards douze mois plus tôt. Un plancher inédit depuis deux ans pour ces réseaux de seconde couche censés absorber le trafic du réseau principal.
Le chiffre fait mal à l’œil, mais il mesure deux choses à la fois : la quantité d’actifs déposés, et le prix de ces actifs. Or l’ether s’échange autour de 1 850 dollars, loin des 2 770 dollars d’il y a un an. Toute la question tient dans ce décalage.
Points clés
- La TVL cumulée des layer 2 d’Ethereum est retombée à 34,5 milliards de dollars, contre 52 milliards un an plus tôt.
- L’ether a perdu près d’un tiers de sa valeur en douze mois, ce qui déflate mécaniquement une TVL libellée en dollars.
- Les stablecoins sur Arbitrum ont fondu de 7,7 à 4,4 milliards de dollars depuis mai, quand HyperEVM gagnait 300%.
- JPMorgan règle en continu sur Base avec JPMD, et la DTCC vise le quatrième trimestre pour sa Collateral AppChain.
Une TVL qui fond, un ether qui fond plus vite
Les données de L2BEAT affichent 34,02 milliards de dollars de valeur sécurisée, dont 27,28 milliards sur les rollups, ces chaînes qui exécutent les transactions hors du réseau principal avant d’y publier données et preuves. En avril, le même agrégateur suivait 73 rollups actifs pour plus de 48 milliards de dollars. Quatorze milliards évaporés en trois mois.
Le calcul est cruel de simplicité. À prix d’ether constant, la baisse de la TVL en dollars se réduit à une portion nettement plus modeste que le tiers annoncé. L‘ether évolue toujours plus de 60% sous son record de 4 946 dollars atteint en août 2025, et le bitcoin est passé sous les 60 000 dollars début juillet, au plus bas depuis vingt et un mois.
Dans le même mouvement, la TVL de la DeFi tous réseaux confondus a reculé d’environ 39% depuis janvier, vers 70 milliards de dollars. Sur les dix premiers réseaux, deux seulement ont progressé : Tron (+5%) et Hyperliquid (+6,7%). Les layer 2 d’Ethereum ne se vident pas plus vite que le reste du marché. Ils se dévaluent avec lui.

La liquidité ne s’évapore pas, elle déménage
Le détail des stablecoins raconte une histoire de plomberie plutôt que de fuite. Depuis mai, l’encours de stablecoins sur Arbitrum est passé de 7,7 à 4,4 milliards de dollars, après la perte de son statut de rampe d’accès privilégiée vers Hyperliquid.
Sur la même période, l’encours de HyperEVM a bondi de 300%, à 5,6 milliards. Au deuxième trimestre, la capitalisation totale des stablecoins s’est contractée pour la première fois depuis 2023 : le réseau principal d’Ethereum a cédé plus de 10 milliards de dollars, Tron en a gagné 3,4 milliards et BNB Chain 700 millions.
Reste la concentration, désormais brutale. Base et Arbitrum pèsent à eux deux plus de 75% de la valeur sécurisée sur les layer 2, et le trio de tête plus de 70% de la TVL. Face à eux, plus d’une centaine de rollups applicatifs déployés via OP Stack ou Arbitrum Orbit se partagent les miettes, quand moins de dix chaînes généralistes dépassent le milliard de dollars.
21Shares pronostique la disparition de la majorité d’entre elles avant la fin de l’année. L’usage, lui, ne faiblit pas : Ethereum a traité 200,4 millions de transactions sur sa couche de base au premier trimestre, un record absolu, et les huit principaux layer 2 dépassent 320 transactions par seconde en semaine ordinaire, pour des frais compris entre 0,001 et 0,05 dollar depuis l’arrivée des blobs, ces espaces de données temporaires réservés aux rollups.
Wall Street câble ses tuyaux, la Fondation tangue
Pendant que la TVL se dégonfle, la finance traditionnelle installe ses rails. JPMorgan règle depuis cet été les transactions de ses clients institutionnels sur Base avec JPMD, un jeton de dépôt (une créance sur des dollars réellement déposés à la banque, et non un stablecoin adossé à des réserves externes), après un pilote dévoilé en juin.
B2C2, Coinbase et Mastercard ont participé aux tests, et la banque a déposé le ticker JPME pour une future version en euro. La DTCC (Depository Trust & Clearing Corporation), chambre de compensation américaine qui traite 114 000 milliards de dollars d’actifs liquides, vise de son côté le quatrième trimestre pour la mise en production de sa Collateral AppChain, une chaîne dédiée au collatéral (ces garanties financières échangées entre institutions), qui reposera sur les standards de Chainlink.
« En nous appuyant sur la tokenisation et la technologie des registres distribués pour moderniser la mobilité du collatéral, notre objectif est de permettre une gestion du collatéral en continu et quasiment en temps réel, sur les marchés mondiaux et les blockchains. »
Nadine Chakar, responsable mondiale des actifs numériques chez DTCC
Ethereum Fondation : L’ombre au tableau
L’ombre au tableau vient d’Ethereum même. La Fondation a vu partir ses deux directeurs exécutifs en cinq mois : Tomasz Stańczak fin février, puis Hsiao-Wei Wang en juin au retour d’un congé sabbatique, Bastian Aue assurant l’intérim aux côtés d’Aya Miyaguchi, présidente.
Huit cadres ont quitté l’organisation sur la période, et l’ancien coordinateur Trent Van Epps chiffre à 30 millions de dollars par an le trou de financement qui menace équipes clients et chercheurs d’ici trois à neuf mois. Vitalik Buterin défendait en mai une fondation plus petite et plus resserrée sur ses priorités.
Côté flux, les ETF Ethereum au comptant cumulent 11,68 milliards de dollars d’entrées nettes depuis leur lancement, quand leurs homologues bitcoin accusent 4,76 milliards de sorties nettes depuis janvier. La semaine du 11 juillet a interrompu huit semaines consécutives de retraits sur les produits ETH, avec 84 millions de dollars d’entrées nettes, aidés par le fonds à staking intégré de BlackRock ouvert en mars.
Le prochain jalon technique est daté : la mise à jour Glamsterdam, attendue au second semestre, vise un plancher de 200 millions de gas par bloc et une réduction massive des frais sur la couche de base, avec un effet direct sur le coût de publication des données des rollups. De quoi rappeler que la valeur verrouillée n’est jamais qu’un instantané : elle suit le prix de l’ether bien plus qu’elle ne mesure la santé réelle de l’écosystème.
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