Trois sur cinquante. Deux ans après l’entrée en application des dispositions de MiCA consacrées aux stablecoins, seuls USDC, EURC et USDG figurent parmi les 50 plus gros jetons mondiaux tout en respectant le cadre européen. Le constat vient de Patrick Hansen, responsable de la stratégie européenne chez Circle. Le bilan n’est pourtant pas entièrement négatif : l’Union compte désormais environ 35 jetons de monnaie électronique réglementés, émis par 21 banques et établissements de paiement. MiCA a donc fait émerger une offre locale, mais peine encore à attirer les poids lourds du marché mondial.
Points clés
- Sur les 50 plus grosses capitalisations mondiales de stablecoins, seuls USDC, EURC et USDG sont conformes à MiCA, selon Patrick Hansen (Circle).
- Le registre de l’ESMA compte 21 émetteurs agréés, 35 stablecoins régulés dans 12 pays et 294 prestataires autorisés, mais aucun jeton se référant à des actifs (ART) depuis juin 2024.
- Tether n’a jamais demandé d’agrément : USDT quitte les plateformes européennes régulées, quand EURC capte 40 à 50 % du marché des stablecoins en euros.
- Circle demande un régime de reconnaissance des jetons régulés à l’étranger ; le CERS et la BCE s’opposent aux schémas de multi-émission, consultation ouverte jusqu’au 30 septembre.
MiCA a créé un marché réglementé, mais encore très européen
Les stablecoins adoosés à une devise unique sont classés par MiCA parmi les jetons de monnaie électronique, ou EMT. Leur émetteur doit notamment être agréé comme banque ou établissement de monnaie électronique, détenir des réserves adaptées et garantir le remboursement des porteurs à la valeur nominale.
Selon le décompte partagé par Patrick Hansen dans la publication ci-dessous, environ 35 EMT sont maintenant proposés par 21 émetteurs réglementés. Banques, fintechs et spécialistes des actifs numériques commencent donc à investir un marché que beaucoup jugeaient encore expérimental avant l’arrivée de MiCA.
« De véritables institutions parient sur cet espace et de nombreuses grandes entreprises européennes devraient arriver au cours des douze prochains mois », estime ce responsable de Circle. Pour lui, l’application du règlement fonctionne correctement du côté des émetteurs implantés dans l’Union.
Le succès reste toutefois essentiellement administratif. La plupart de ces nouveaux jetons disposent d’une circulation et d’une liquidité limitées. Leur véritable potentiel réside moins dans les paiements domestiques, déjà bien couverts par les banques et les cartes, que dans les transferts internationaux, le commerce tokenisé et les règlements exécutés sur blockchain.

Trois stablecoins mondiaux conformes : Le trou dans la raquette
Le second chiffre est beaucoup moins flatteur. Parmi les 50 premiers stablecoins par capitalisation, seuls USDC, EURC et USDG sont conformes à MiCA, affirme Hansen. Les autres restent hors du périmètre européen ou deviennent difficilement accessibles depuis les plateformes agréées.
Le règlement protège donc les utilisateurs des stablecoins autorisés, mais ne supervise qu’une fraction de l’activité mondiale. Cette limite tient notamment à l’absence de véritable régime d’équivalence : un émetteur déjà réglementé aux États-Unis, à Singapour ou dans une autre juridiction ne peut pas simplement faire reconnaître son agrément dans l’Union. Il doit passer par une entité européenne répondant directement aux exigences de MiCA.
M. Hansen défend par conséquent un mécanisme de reconnaissance pour les stablecoins réglementés à l’étranger. L’objectif serait d’attirer davantage d’émetteurs mondiaux sans abandonner les garanties européennes sur les réserves, le remboursement et la protection des clients.
Cette ouverture se heurte aux inquiétudes de la BCE et du Comité européen du risque systémique. Ces institutions redoutent notamment les montages de « multi-émission », dans lesquels un même jeton est émis par des entités européennes et étrangères avec des réserves séparées. En période de panique, les porteurs mondiaux pourraient réclamer prioritairement leurs remboursements dans l’Union.
La Commission européenne examine précisément ces questions dans sa consultation sur la révision de MiCA, ouverte jusqu’au 31 août prochain. Le premier chantier de MiCA a consisté à bâtir un marché réglementé. Le suivant sera de l’ouvrir suffisamment pour éviter que l’essentiel de la liquidité mondiale continue de circuler en dehors de ses frontières.
L’article MiCA : Seulement 3 stablecoins majeurs passent le filtre européen est apparu en premier sur Journal du Coin.
