« Un contrat verbal ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit. » (Samuel Goldwyn) La Maison-Blanche a mis en ligne le texte de l’accord conclu entre Donald Trump et les patrons milliardaires de l’intelligence artificielle américaine. Le président l’a lui-même qualifié de « moralement contraignant ». Ni sanction ni date butoir n’accompagnent les engagements pris.
Jusqu’en mars 2026, David Sacks cumulait à la Maison-Blanche les portefeuilles de l’intelligence artificielle et des cryptomonnaies. Les deux industries n’ont pourtant pas eu droit au même régime.
Points clés
- Donald Trump a présenté le pacte conclu avec les dirigeants de l’IA comme « moralement contraignant », sans mécanisme de sanction ni recours judiciaire
- Le format reprend celui des engagements volontaires de 2023, jamais opposables devant un tribunal
- La préemption des lois des États reste l’enjeu central pour les grands laboratoires américains
- Les fermes de minage sont devenues les bailleurs électriques de la course au calcul, avec des contrats à dix chiffres chez IREN, Cipher ou Core Scientific
Un accord « moralement contraignant », sans juge ni sanction
L’exercice a un précédent direct. En juillet 2023, sept entreprises (Amazon, Anthropic, Google, Inflection, Meta, Microsoft et OpenAI) avaient signé devant l’administration Biden une liste d’engagements volontaires : tests de sécurité avant déploiement, partage d’informations sur les risques et marquage des contenus générés. Aucun de ces engagements n’a jamais été opposable devant un tribunal.
Le document publié par la Maison-Blanche rejoue la même partition avec un casting nettement plus fortuné. Donald Trump le dit « moralement contraignant », autrement dit exécutable par la pression du Bureau ovale et par rien d’autre. L’accord volontaire vaut engagement de réputation.
Six patrons ont signé : Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jensen Huang (Nvidia), Dario Amodei (Anthropic), Sundar Pichai (Google) et Greg Brockman, président d’OpenAI. Le texte empile quatre niveaux de contrôle. Chaque laboratoire surveille lui-même les capacités de ses modèles en cybersécurité, en biosécurité et en risque chimique, puis confie la vérification à des équipes internes. Un auditeur externe indépendant évalue ensuite ces dispositifs, sous l’œil d’un comité du conseil d’administration. Rien n’oblige quiconque à s’y tenir. Le même jour, un décret présidentiel a imposé à l’administration de remplacer « intelligence artificielle » par « Super Intelligence » dans ses documents officiels.
Les signataires ont une raison très concrète de poser pour la photo. Washington débat depuis un an de la préemption des lois locales sur l’IA, et la bataille a déjà tourné court une fois. En juillet 2025, le Sénat avait retiré du budget fédéral, par 99 voix contre 1, le moratoire de dix ans qui aurait gelé les législations des États. Le Colorado avait voté son propre texte dès 2024, la Californie a suivi avec SB 53 en septembre 2025. En décembre 2025, un décret présidentiel a lancé l’offensive fédérale contre ces lois. Et les grands laboratoires préfèrent de loin un interlocuteur fédéral unique à une mosaïque de régulateurs.
Quand l’accord sur l’IA percute les mineurs de Bitcoin
Rien dans l’accord ne traite de l’énergie. Or la course à l’IA se gagne en mégawatts, et les mineurs de Bitcoin en tiennent une part enviable. Leurs raccordements haute tension ont été obtenus avant la ruée vers l’IA, à une époque où personne ne se disputait un terrain près d’une centrale. Les géants du cloud, eux, patientent des années dans les files d’attente de raccordement au réseau.
Microsoft a signé en novembre 2025 un contrat de 9,7 milliards de dollars avec l’australien IREN pour de la capacité de calcul. Cipher Mining a bouclé un accord de près de 3 milliards avec Fluidstack, adossé à une garantie de Google. Core Scientific a porté ses contrats d’hébergement avec CoreWeave au-delà de 10 milliards de dollars sur douze ans. TeraWulf et Galaxy Digital ont suivi, ce dernier ayant loué à CoreWeave l’essentiel de son site texan de Helios.
Le pivot a un coût politique. Les factures d’électricité résidentielles grimpent dans les États qui accueillent ces centres de données, et les élus locaux cherchent un responsable. Le minage a déjà tenu ce rôle en 2024, quand l’Energy Information Administration avait lancé une enquête d’urgence sur la consommation des fermes américaines, avant de la suspendre à la suite d’une plainte devant un tribunal texan. La Maison-Blanche a ouvert la voie inverse en juillet 2025 avec un décret accélérant les permis d’implantation sur terrains fédéraux.
Pour les stablecoins, le Congrès a choisi l’autre méthode. Le GENIUS Act, promulgué en juillet 2025, impose des réserves à 100 % et des sanctions pénales pour tout dirigeant qui certifierait de faux chiffres sur ces réserves. Le régime s’applique pleinement au plus tard en janvier 2027.
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