Qui veut voyager loin ménage sa monture. Google vient d’apprendre à ses dépens que même les montures les plus increvables finissent par montrer des signes de fatigue. Pour son deuxième trimestre 2026, la maison mère Alphabet a doublé son capex (les dépenses d’investissement, essentiellement des centres de données pour l’IA) à 44,9 milliards de dollars. Résultat : le flux de trésorerie disponible (free cash-flow), cet indicateur qui mesure la trésorerie réellement disponible une fois les factures payées, tombé à -5,86 milliards de dollars. Du jamais-vu depuis l’entrée en Bourse du groupe en 2004.
- Google a doublé ses dépenses d’investissement pour l’IA, atteignant 44,9 milliards de dollars, ce qui a plongé son flux de trésorerie disponible à -5,86 milliards de dollars, une situation inédite depuis son entrée en Bourse.
- Alphabet a annoncé une hausse de ses prévisions de dépenses d’investissement pour 2026, soulignant la pression concurrentielle accrue dans la course à l’IA qui affecte également d’autres géants technologiques comme Meta, Microsoft et Amazon.
Le cloud cartonne, la trésorerie d’Alphabet trinque
Sur le papier, pourtant, rien à redire côté performance opérationnelle. Le chiffre d’affaires grimpe de 24% sur un an, à 119,8 milliards de dollars. Google Cloud, la division qui loue de la puissance de calcul aux entreprises, bondit même de 82% à 24,8 milliards. L’activité tourne bien. Mais la note à payer pour rester dans la course à l’intelligence artificielle a explosé : le capex a plus que doublé par rapport aux 22,4 milliards du deuxième trimestre 2025.
Selon les chiffres publiés le 22 juillet, le flux de trésorerie d’exploitation a pourtant progressé de 41%, à 39,1 milliards de dollars. Sauf que les investissements massifs en serveurs et en centres de données ont plus que dévoré ce surplus. Résultat net : la première trésorerie libre négative de l’histoire du groupe, sur un seul trimestre.

Un pari qui ne s’arrête pas là
Et ce n’est qu’un début. Alphabet a relevé sa prévision de capex annuel à une fourchette de 195 à 205 milliards de dollars pour 2026, et prévient déjà que 2027 devrait grimper encore. On parle ici d’une entreprise qui dégageait historiquement des montagnes de cash sans effort particulier – la vache à lait de la publicité en ligne, en somme. Voir son flux de trésorerie disponible passer dans le rouge, même temporairement, dit quelque chose de la pression concurrentielle que fait peser la course à l’IA sur l’ensemble du secteur technologique.
Notons que ces résultats opérationnels reste malgré tout solide : +30% sur un an, à environ 40,8 milliards de dollars. La flambée du bénéfice net affiché par ailleurs (+298%) tient surtout à un effet comptable ponctuel sans lien avec l’activité cœur de métier, mais ça, c’est une autre histoire. Le vrai signal à retenir ici, c’est bien la trésorerie qui se tend.
Meta, Microsoft, Amazon : d’autres géants du cloud ont eux aussi vu leur rentabilité comptable se compresser sous le poids du capex IA ces derniers trimestres. Alphabet n’est donc pas un cas isolé, plutôt un symptôme parmi d’autres d’une industrie qui brûle du cash à un rythme jamais vu pour financer une course qu’aucun acteur ne peut se permettre de perdre.
Un flux de trésorerie disponible négatif chez le champion historique de la génération de trésorerie n’est pas anodin. Il confirme que la bataille de l’IA se joue désormais autant sur le bilan que sur la performance des modèles. Les investisseurs, eux, ont sanctionné le titre à l’annonce : le marché n’aime pas voir fondre le matelas de cash, même chez un mastodonte qui reste par ailleurs largement bénéficiaire. Reste que la logique est limpide : sans ces centres de données, pas de croissance cloud à 82%. La question du financement de l’IA, elle, ne concerne plus seulement les startups qui lèvent des fonds à tour de bras, mais désormais les géants historiques eux-mêmes.
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