On ne prête qu’aux riches. Une valorisation proche de 965 milliards de dollars ne suffit pas toujours à obtenir un prêt bancaire. Anthropic, l’éditeur de Claude, en fait l’expérience : pour financer ses centres de données, la société s’appuie entièrement sur Google, qui a bâti autour d’elle un montage financier estimé à 200 milliards de dollars. Le dispositif mêle crédit privé, location de puces et garanties bancaires en cascade, un empilement que peu d’entreprises, même valorisées à neuf chiffres, peuvent se permettre de solliciter seules.
- Anthropic, malgré sa valorisation de 965 milliards de dollars, a dû s’appuyer sur Google pour financer ses centres de données via un montage financier complexe.
- Un campus de data centers à Hubbard, Texas, financé par un consortium bancaire et garanti par Google, représente une partie d’un engagement massif de 200 milliards de dollars sur cinq ans.
Un campus texan payé par la garantie de Google
Le projet concret derrière ce montage se trouve à Hubbard, au Texas. Un consortium de banques mené par Morgan Stanley prépare un prêt-relais de 14 milliards de dollars, complété par une ligne de crédit renouvelable, pour construire un campus de data centers assorti d’une centrale au gaz naturel de 1,6 gigawatt. Nexus Data Centers pilote la construction. Google, de son côté, garantit plusieurs milliards de dollars d’engagements liés aux baux et aux contrats d’achat d’électricité d’Anthropic : si la start-up ne peut pas honorer ses paiements, c’est Google qui absorbe la facture.
En échange de cette garantie, Google récupère environ 20% du projet immobilier et énergétique. Ni prêt classique, ni simple investissement : un troisième montage, taillé sur mesure pour une entreprise dont les besoins en calcul dépassent largement ce que son bilan comptable peut couvrir seule.
Les géants de l’IA et le financement circulaire
Des observateurs de marché parlent déjà de « financement circulaire » à propos de ce type d’arrangement, où le fournisseur de cloud finit par garantir, investir et vendre en même temps à son propre client.
Google prête sa signature à Anthropic pour que celle-ci puisse construire les infrastructures qui, in fine, consommeront les puces et le cloud vendus par… Google. Le mécanisme n’a rien d’illégal, mais il brouille la frontière entre partenariat commercial et soutien financier déguisé, un débat qui agite déjà les analystes autour des accords similaires signés par Nvidia, OpenAI et Microsoft ces derniers mois.
Certains y voient une bulle qui s’auto-alimente, où les mêmes dollars circulent entre quatre ou cinq acteurs sans jamais vraiment sortir du cercle. D’autres défendent une logique d’investissement industriel plus classique, comparable à celle des grands groupes pétroliers qui financent historiquement leurs propres raffineries plutôt que de dépendre d’un tiers.
200 milliards sur cinq ans, et ce n’est qu’un début
Ce campus texan ne représente qu’une fraction d’un engagement bien plus large. D’après le Financial Times, Anthropic a promis de dépenser environ 200 milliards de dollars sur cinq ans en cloud et en puces auprès de Google, un montant qui représenterait plus de 40% du carnet de commandes qu’Alphabet a récemment dévoilé à ses investisseurs. Google investit par ailleurs jusqu’à 40 milliards de dollars directement au capital d’Anthropic, un pari qui dépasse largement le simple partenariat cloud habituel entre un fournisseur et son client.
Construire l’infrastructure physique de l’intelligence artificielle coûte si cher que même les start-ups les mieux valorisées de la planète doivent adosser leur croissance à des géants capables d’emprunter, de garantir et d’investir en même temps. Anthropic avait d’ailleurs refusé toute tokenisation de ses propres actions plus tôt cette année, préférant garder un contrôle total sur sa structure capitalistique plutôt que de laisser le marché crypto spéculer sur sa valeur. Un seul créancier surpuissant, plutôt que mille investisseurs anonymes à gérer : la logique du montage texan rejoint celle de ce refus passé.
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