Faire la paix avec Shor. Désormais, neuf organisations crypto veulent fixer les règles face à la menace quantique. Jeudi 16 octobre, elles ont lancé la Quantum Alliance, un organisme ouvert chargé de définir ce que « résistant au quantique » veut dire. En effet, le chantier tombe à point nommé, alors que 6,04 millions de bitcoins se retrouvent ainsi à découvert, selon le compte de l’Alliance.
Les points clés de cet article :
- Ainsi, neuf organisations fondent la Quantum Alliance, un organisme ouvert copié sur l’IETF pour définir et tester les promesses de résistance quantique.
- Environ 6,04 millions de BTC, soit 30% de l’offre, se trouvent dans des adresses dont la clé publique est déjà lisible sur la blockchain.
- Plusieurs prévisions désignent la fin de la décennie comme première fenêtre de danger, dont l’une pointe mars 2028.
- BlackRock, Strategy et Coinbase ont engagé 15 millions de dollars sur le sujet, mais ni le BIP-360 ni le gel progressif des adresses vulnérables ne sont activés.
Une alliance copiée sur l’IETF
Les membres fondateurs couvrent un spectre large, de Quantus et Postquant Labs à la Midnight Foundation, Keystone, Abelian puis Hacken. D’abord des protocoles de layer-1, ensuite des réseaux de confidentialité, des rollups et de l’audit de sécurité.
Le modèle revendiqué est celui de l’IETF, l’instance informelle qui produit les standards techniques d’internet depuis les années 1980, sans hiérarchie imposée. Le communiqué de lancement relayé par The Quantum Insider détaille les règles du jeu. Les propositions avanceront sur la base de preuves publiques et d’implémentations fonctionnelles. Ni la taille des entreprises porteuses, ni le volume de tokens détenus ne pèseront dans la balance, et l’ensemble sortira en libre accès.
Le problème de départ tient en peu de mots. Aucune définition partagée du « quantum-ready » n’existe. Aucune méthode de test non plus. En revanche, un réseau peut se déclarer résistant au quantique sans contrôle. Rien n’indique ce que l’affirmation recouvre, ni quelles preuves l’appuient. Quatre groupes de travail se partagent le chantier. Au programme, la migration des blockchains, les systèmes zero-knowledge post-quantiques, la sécurité des wallets et la compatibilité inter-chaînes.
« À l’avenir, la cryptographie post-quantique s’appellera simplement cryptographie, et tout le reste sera au musée. »
résume Christopher Smith, PDG de Quantus, dans le communiqué de lancement.
6 millions de bitcoins face à l’algorithme de Shor
Or, le risque porte sur des sommes précises. Pour rappel, presque toutes les blockchains majeures sécurisent les comptes avec des signatures sur courbes elliptiques. Et dès qu’une clé publique apparaît sur le registre, une machine quantique assez puissante pourrait remonter jusqu’à la clé privée. Le responsable s’appelle Shor, du nom du mathématicien qui a décrit son algorithme en 1994. Dans son article de septembre, Europol sonnait déjà l’alarme et pressait l’Europe d’agir.
Environ 6,04 millions de BTC, soit 30% de l’offre, restent « au repos » dans cette situation, d’après l’Alliance. Un peu plus d’un million de bitcoins attribués à Satoshi Nakamoto dorment dans des adresses P2PK. Ce format originel affiche la clé publique en clair. De surcroît, la même cryptographie protège également les clés d’émission des stablecoins, les bridges, les oracles et les contrats de gouvernance, et une seule clé privilégiée compromise se propagerait de plateforme en plateforme.
En pratique, que permettrait une telle machine ? Vider les adresses dont la clé publique circule déjà, avant même que leur propriétaire ne bouge. Les calendriers se resserrent d’ailleurs. L’Alliance cite un faisceau de prévisions qui visent la fin de la décennie. L’une, co-construite par deux de ses contributeurs, désigne mars 2028 comme première fenêtre crédible. Selon une étude de Google Quantum AI, moins de 500 000 qubits suffiraient à casser la cryptographie de Bitcoin. Néanmoins, aucune machine n’en est là.
D’autres n’ont pas attendu pour s’organiser. Coinbase a appelé les développeurs Bitcoin à lancer la migration dès maintenant, estimant que les préparatifs prendront des années, tandis qu’un consortium soutenu par BlackRock, Strategy et Coinbase a engagé 15 millions de dollars sur le sujet. Enfin, Solana a déployé des coffres Winternitz optionnels, fondés sur des signatures à usage unique. Dans les faits, les briques existent. Le NIST a publié dès août 2024 ses trois premiers standards post-quantiques, le BIP-360 propose un type d’adresse résistant au quantique, et une proposition portée par Jameson Lopp prévoit de geler par phases les adresses vulnérables. Aucune de ces deux dernières n’a été activée.
Bitcoin, lui, a déjà changé deux fois de format d’adresses, avec SegWit activé en août 2017 puis Taproot en novembre 2021. Dans chaque cas, près de deux ans ont séparé la publication des BIP de leur activation sur le réseau, sans compter les années de débat en amont. La fenêtre de mars 2028 laisse moins de vingt mois pour avancer sur les trois chantiers déjà recensés. Reste à savoir si la fabrique de standards, réputée lente, rattrapera un calendrier qui, lui, ne fixe personne.
L’article Bitcoin : 6 millions de BTC exposés au quantique, la Quantum Alliance veut fixer les règles est apparu en premier sur Journal du Coin.
