Vitalik au chevet de Bitcoin. Le cofondateur d’Ethereum a pris ses distances avec un scénario qui circule depuis plusieurs semaines à la frontière des milieux crypto et IA : une intelligence artificielle suffisamment avancée finirait par percer la sécurité de Bitcoin, entraînant une chute de plus de 50 % du BTC en deux ans. Vitalik Buterin juge la prévision infondée. Son argumentaire tient sur une distinction précise, et cette distinction dit autant de choses sur Bitcoin que sur l’IA.
Points clés
- Vitalik Buterin juge « faible » la probabilité qu’une IA brise SHA-256 ou la preuve de travail de Bitcoin
- Les attaques sur la couche réseau se corrigent par simple mise à jour des clients et des pools de minage, sans consensus social
- La vraie difficulté de Bitcoin reste la coordination des mises à jour lourdes, comme la migration post-quantique (BIP-360, extinction d’ECDSA via BIP-361)
- BTC a déjà chuté de plus de 50 % en 2018 et 2022 sans aucune faille cryptographique, pour des raisons de levier et de liquidité
Casser SHA-256 avec une IA : une probabilité « minuscule »
En réponse à un message publié sur X, le cofondateur d’Ethereum sépare deux familles de menaces. D’abord la couche réseau : attaques par éclipse, détournement de routage BGP, partitionnement de la propagation des blocs, manipulation du relais des transactions. Ce sont des problèmes logiciels, et ils se traitent comme tels. Une mise à jour des clients et des logiciels de pools de minage suffirait, sans débat public ni vote préalable.
Ensuite le noyau cryptographique. La probabilité qu’une fonction de hachage ou la preuve de travail soient réellement brisées reste « faible » [« tiny »], selon lui. Un rappel utile : SHA-256 produit une empreinte de 256 bits, soit un espace de recherche de 2²⁵⁶ possibilités, et la cryptanalyse publique n’a jusqu’ici entamé que des variantes affaiblies de l’algorithme, avec un nombre de tours réduit. Une IA n’a aucun levier pour rétrécir cet espace. Ce qu’elle accélère, c’est la chasse aux bugs de logique dans du code, un exercice d’une autre nature.
« Je suis plutôt optimiste quant au développement à long terme de la cybersécurité, et je m’attends à ce que Bitcoin gère bien les problèmes qui ne nécessitent pas de consensus social. »
Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum – Source : Compte X

Le point faible de Bitcoin n’est pas mathématique
La formule mérite qu’on s’y arrête : « les problèmes qui ne nécessitent pas de consensus social ». Le compliment porte une limite en creux, et l’historique de Bitcoin la documente. La guerre de la taille des blocs a occupé le réseau deux années entières, l’activation de SegWit a nécessité la pression d’un soft fork déclenché par les nœuds (le fameux UASF), et Taproot n’est arrivé qu’en 2021 via une procédure d’activation accélérée. Soit deux soft forks en une décennie.
Or la menace quantique, elle, tombe pile dans la catégorie qui exige un accord collectif. Le BIP-360 propose d’introduire des adresses résistantes au quantique. Une proposition portée par Jameson Lopp et plusieurs co-auteurs va beaucoup plus loin : programmer l’extinction des signatures ECDSA historiques, ce qui rendrait plusieurs millions de BTC définitivement immobilisés, dont les pièces de l’ère Satoshi stockées sur d’anciennes adresses P2PK à clé publique exposée.
Aucun consensus ne se dessine sur ce point. Vitalik Buterin, lui, a poussé Ethereum vers des signatures post-quantiques fondées sur le hachage et esquissé un plan de fork de secours en cas d’urgence. Les deux réseaux ne jouent pas la même partition.
L’IA trouve des failles, mais elle en corrige aussi
La thèse offensive n’est d’ailleurs pas absurde sur le principe. Des agents automatisés ont déjà exhumé des vulnérabilités réelles dans du code en production : l’outil Big Sleep de Google a identifié une faille exploitable dans SQLite, et l’AI Cyber Challenge de la DARPA a récompensé des systèmes capables de détecter puis corriger seuls des bugs dans des logiciels libres. Le code de consensus n’a rien d’un sanctuaire.
Sauf que l’outil sert les deux camps. Fuzzing massif, vérification formelle assistée : c’est précisément là que se niche l’optimisme de Vitalik Buterin, cohérent avec sa « doctrine du d/acc », où la défense progresse plus vite que l’attaque. À cela s’ajoute un avantage structurel de Bitcoin : sa surface de consensus reste étroite, sans machine virtuelle généraliste à la couche de base, et relue ligne par ligne depuis quinze ans.
Le duel a un visage : l’investisseur Liron Shapira, animateur du podcast Doom Debates, a lancé l’affirmation la veille avec « 50 % de confiance ». Buterin a pris le pari au sens propre, engageant environ 90 % de sa fortune nette investie en ETH et actifs numériques contre lui. Pour gagner, Shapira devra voir le BTC repasser sous les 40 000 dollars d’ici 2028, soit une chute de moitié depuis les 80 000 dollars actuels.
Reste le volet financier de la prédiction. Adosser une baisse de 50 % du BTC à une érosion cryptographique tient mal debout : le cours a franchi ce seuil en 2018 puis en 2022 sans qu’un seul bit de SHA-256 ne bronche, sous l’effet du levier, de l’assèchement de la liquidité et des taux. Sur ce que Bitcoin peut corriger sans demander la permission à personne, il patche comme n’importe quel logiciel critique. Sur ce qui exige un vote, Ethereum a livré une quinzaine de hard forks depuis 2015 quand Bitcoin en compte deux depuis 2017.
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