Même plateforme, deux dossiers, une seule ligne de fracture. Hyperliquid sert à nouveau de couloir de sortie à des fonds volés par la Corée du Nord, révèle une enquête de CoinDesk. Coïncidence de calendrier assez mal choisie : au même moment, Payward, la maison mère de Kraken, négocie justement l’arrivée de la plateforme sur le marché américain. Deux dossiers qu’on aurait pu croire étrangers l’un à l’autre empruntent en réalité les mêmes rails.
- Hyperliquid a servi de canal pour blanchir plus de 30 millions de dollars en Bitcoin liés au groupe Lazarus, en trois semaines seulement.
- Kraken, LBank et KuCoin ont réagi différemment aux risques de sanctions liés à l’utilisation de fonds volés circulant sur leurs plateformes.
Lazarus blanchit 30 millions $ de Bitcoin sur Hyperliquid, mode d’emploi
Des wallets liés au groupe Lazarus ont écoulé plus de 30 millions de dollars en bitcoin sur Hyperliquid en trois semaines, selon des données examinées en exclusivité par la société d’analyse blockchain Arkham à la demande de CoinDesk le 31 août.
Dans les détails, le produit des ventes de bitcoin sert à racheter de l’ether et du solana, ensuite transférés vers des plateformes centralisées, Kraken, LBank et KuCoin en tête. Rien qui nécessite de vérification d’identité à aucune étape puisqu’ un DEX (plateforme d’échange décentralisée) se pilote depuis un simple wallet connecté.
Ces wallets sont bien connus. Le chercheur ZachXBT les avait rattachés dès 2024 à un vol de 61 millions de dollars. Attention à ne pas confondre avec un autre épisode, celui de décembre 2024, où la chercheuse Taylor Monahan avait repéré d’autres adresses nord-coréennes en train de trader sur Hyperliquid, provoquant 250 millions de dollars de sorties en une journée. Hyperliquid avait alors assuré n’avoir subi aucun piratage. Vous voyez le motif se répéter ? Deux affaires, deux wallets, un seul point commun. La plateforme sert de terrain de jeu à Pyongyang depuis deux ans, pas depuis trois semaines.
Hyperliquid et Kraken, une porte d’entrée américaine encore entrouverte
Voilà le nœud. La maison mère de Kraken, Payward, est en discussions avancées avec Hyperliquid Labs pour amener ses contrats perpétuels aux traders américains via Bitnomial, sa filiale rachetée 550 millions de dollars en mai.
Rien n’est signé comme nous l’expliquions ce matin dans notre article dédié au sujet. Selon Ashley Ebersole, ancien conseiller juridique de la SEC, la CFTC et la SEC devraient encore adapter leurs règles sur la garde d’actifs, un chantier qui prendrait au minimum 10 à 12 mois même en procédure accélérée. Donald Trump avait pourtant assuré en août que son administration travaillait à une entrée « pleinement conforme et légale » d’Hyperliquid, avec la CFTC de Mike Selig en chef d’orchestre.
Kraken, LBank, KuCoin face au risque de sanctions, trois réponses bien différentes
Les trois exchanges qui reçoivent les fonds ne réagissent pas de la même façon. Kraken dit s’appuyer sur des sociétés d’analyse blockchain pour bloquer les entrées liées à des wallets sanctionnés avant qu’elles n’atteignent la plateforme.
LBank reconnaît le problème sans prétendre le résoudre seule, rappelant que le risque est « cross-platform, cross-chain et cross-juridictionnel », donc partagé par toute l’industrie. KuCoin, de son côté, dit ne pas pouvoir se prononcer sans examiner directement les données, que CoinDesk n’a pas transmises avant publication.
CME Group et ICE, qui poussent depuis mai les régulateurs à enquêter sur Hyperliquid pour manipulation de cours et exposition aux sanctions, sont aussi les mêmes acteurs qui poursuivent aujourd’hui la CFTC en justice pour freiner l’arrivée des perpétuels crypto sur le marché américain réglementé. L’inquiétude affichée sur la conformité coexiste avec un intérêt commercial bien réel à retarder un concurrent direct.

L’onshoring n’efface pas le risque de sanctions sur Hyperliquid
Hyperliquid a traité plus de 5 000 milliards de dollars de volume cumulé sur ses contrats perpétuels et affichait, au 31 août, 13,3 milliards de dollars d’open interest pour 205 milliards traités sur les 30 derniers jours, selon les données DefiLlama citées par CoinDesk. De quoi peser dans la balance face à des régulateurs qui cherchent justement à rapatrier ce marché sur le sol américain. Mais le volume ne dit rien de la conformité. Bitwise l’a même écrit noir sur blanc dans le dossier SEC de son ETF spot HYPE déposé en mai : les développeurs d’Hyperliquid ne peuvent contraindre personne à un contrôle d’identité, ce qui laisse la porte ouverte à des acteurs sanctionnés.
Bybit, victime d’un piratage de 1,5 milliard de dollars attribué à Lazarus en février, a depuis porté l’affaire devant la justice contre la Corée du Nord. Le régime a détourné environ 2 milliards de dollars d’actifs numériques en 2025 selon les estimations de Chainalysis et CertiK, portant son cumul à 6,75 milliards depuis 2016. L’argent finance en grande partie son programme d’armement. Faire entrer Hyperliquid dans le giron réglementaire américain revient donc à faire hériter la CFTC d’un risque que la plateforme n’a jamais su filtrer elle-même.
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