Bzz, bzz. Le monde de la finance a vu défiler des traders surdoués et des gourous du day-trading. Tous persuadés d’avoir trouvé la martingale. Voici son petit dernier, une mouche qui n’a jamais volé de sa vie. Alex Wormuth (alias @nftechie_ sur X) l’a présentée le 10 septembre. Il a branché le connectome d’une drosophile sur un compte de trading Bitcoin. Et lui a offert des neurones à dopamine en guise de moniteur de performance. Son post a dépassé les 2,2 millions de vues en quelques heures, entre curiosité scientifique et défilé de memes. Cette manie de confier des marchés à des agents IA autonomes sur Coinbase ne date pas d’hier. Mais rarement l’agent en question aura eu des ailes.
- Un projet innovant a connecté le cerveau d’une mouche à un compte de trading Bitcoin, suscitant un intérêt viral avec plus de 2,2 millions de vues.
- Le projet, bien que fascinant, n’a pas encore démontré de gains rentables, soulignant les défis de l’apprentissage automatique sur les marchés financiers.
Comment on apprend à un cerveau de mouche à spéculer sur le Bitcoin
Le projet s’appelle stonkfly. « Stonk » est l’argot financier d’internet pour une action qui s’envole, « fly » désigne la mouche. Publié en open source sur GitHub, le projet en dit bien plus long que les dix secondes du post viral. C’est ce post qui l’a fait connaître.
Sa base est MaleCNS v1.0, le graphe neuronal complet d’une mouche mâle adulte. Il reconstitue numériquement 166 700 neurones et 25,6 millions de connexions. Un cerveau plus étoffé, au fond, que celui de bien des comptes anonymes donnant des conseils crypto sur X. Les cours du Bitcoin sont convertis en petites images de graphique, façon test de Rorschach. Elles stimulent 3 335 entrées de luminosité et 811 entrées de couleur, imitant les photorécepteurs de l’insecte.
Un module de lecture fixe traduit l’activité neuronale qui en résulte en trois ordres possibles. Acheter, vendre, ou ne rien faire. Les ordres passent, eux, par Coinbase AgentKit, la boîte à outils que l’exchange propose depuis 2024. Elle permet de brancher des agents IA sur de vrais marchés.
Cette mouche trade du Bitcoin avec plus de discipline que la plupart des traders
Chaque profit en Bitcoin déclenche une décharge chez 15 neurones à dopamine identifiés (PAM11). À l’inverse, chaque perte active deux cellules dopaminergiques aversives (PPL101). Un système de motivation finalement assez proche de celui de n’importe quel trader humain. Un trader rivé à son graphique à 3 heures du matin. Sauf que cette mouche-là n’a pas de groupe Telegram pour se plaindre. Ce signal modifie des connexions synaptiques précises, une règle de mémoire. Wormuth lui-même la qualifie de « candidate » plutôt que de miracle validé.
Et la prudence ne s’arrête pas là. La documentation du projet fixe un plafond de 10 dollars par ordre, frais compris. Elle limite aussi les trades à 24 tentatives maximum par jour, sans short ni effet de levier. Un seuil de perte de 20 dollars coupe les nouveaux ordres, sans liquider les positions déjà ouvertes. Ni bonus de fin d’année, ni RTT, ni café le matin : voilà un trader sans exigences.
La mouche a le CV taillé pour ce poste. Le tout tourne même par défaut en paper trading, sans connexion à un compte réel. La ligne la plus honnête du dépôt GitHub tient en une phrase. « L’apprentissage rentable n’a pas été démontré. » Une mouche prudente, pas un virtuose de la finance.
Après Doom et Mario 64, la mouche découvre le grand frisson du Bitcoin
Un simple maillon dans une saga bien plus large. Publié début septembre dans la revue Cell, le connectome MaleCNS v1.0 couronne un long travail scientifique. Il est signé par les équipes de Google Research et du HHMI Janelia Research Campus. La méthode associe imagerie en tranches, réseaux de neurones convolutifs et vérification humaine. À peine le graphe publié, les développeurs s’en sont emparés pour lui faire jouer à peu près n’importe quoi. Doom d’abord. Deux neurones moteurs y gèrent tir et déplacement, pendant qu’une décharge de dopamine punit chaque dégât reçu.
Puis Super Mario 64. La mouche de la développeuse Jessica Paquette y passe le plus clair de son temps à foncer dans les murs. Sans le moindre power-up pour se consoler. Wormuth reconnaît d’ailleurs, documentation à l’appui, qu’une version antérieure de son bot Doom a échoué. Elle n’a pas passé ses propres tests de validation. Le Bitcoin n’était donc que l’étape suivante d’un jeu déjà bien rodé. Un mode « live » existe bien, via l’option live du dépôt GitHub, plafonné à 100 dollars avec les mêmes garde-fous. Par défaut, la mouche continue toutefois de trader en paper trading.
Le lycéen, lui, a vraiment gagné de l’argent
Mais la comparaison s’arrête vite. À l’été 2025, un lycéen avait lui aussi démarré avec 100 dollars, pour un bot de trading ChatGPT. Selon son propre bilan publié sur Reddit, il a engrangé 23,8 % de gain en quatre semaines.
Le Russell 2000, lui, plafonnait à 3,9 % sur la même période. La mouche de Wormuth, elle, ne trade que quelques dollars fictifs en paper trading, derrière trois lignes de garde-fous. Et son propre créateur l’admet noir sur blanc : aucun gain rentable n’a été démontré au 10 septembre 2026. L’intelligence artificielle a mille visages sur les marchés, du lycéen bricoleur au connectome d’insecte. Certains diront qu’à défaut de battre le marché, cette mouche bat déjà tous les stagiaires de la finance en assiduité. Elle ne dort jamais, ne rate jamais un jour de bourse et ne prend jamais de pause déjeuner.
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