Retour du roi, version on-chain. Cinq mois après s’être fait chiper la première place par Circle, le fonds BUIDL de BlackRock redevient le plus gros fonds de bons du Trésor tokenisés au monde. Environ 2,8 milliards de dollars d’encours, soit 18,5 % d’un marché qui pèse désormais 15,1 milliards. Derrière, l’USYC de Circle colle à la roue. Et sous ce duel de géants se cache une bataille bien plus terre à terre, celle du collatéral déposé sur les plateformes de produits dérivés. Le podium n’est qu’un symptôme.
- BlackRock a repris sa place de leader mondial des fonds de bons du Trésor tokenisés avec son fonds BUIDL, atteignant 2,8 milliards de dollars, représentant 18,5 % d’un marché en expansion.
- La rivalité entre BUIDL et l’USYC de Circle reflète une bataille stratégique sur l’utilisation des bons du Trésor tokenisés comme collatéral sur les plateformes de produits dérivés, soulignant l’importance croissante de ces actifs numériques dans le secteur financier.
BUIDL contre USYC, un chassé-croisé à 15 milliards de dollars
Retour en mars. L’USYC, le fonds monétaire tokenisé récupéré par Circle lors du rachat de Hashnote début 2025, dépassait BUIDL pour la première fois, à 2,2 milliards de dollars contre 2 milliards environ, selon les données de RWA.xyz reprises par CoinDesk le 13 mars. Le marché des bons du Trésor tokenisés touchait alors 11 milliards. Un record, déjà.
Cinq mois plus tard, la photo a changé. D’après les chiffres de Token Terminal publiés par Wu Blockchain le 30 août, BUIDL repasse devant avec 2,8 milliards de dollars, soit 18,5 % d’un marché qui a grossi de plus d’un tiers depuis mars pour atteindre 15,1 milliards. L’USYC reste deuxième, à portée de fusil. Personne n’a perdu d’argent dans l’histoire. Les deux fonds ont grossi, et le gâteau encore plus vite qu’eux.
Pourquoi les bons du Trésor tokenisés servent d’abord de collatéral
Le nerf de la guerre n’est pas le rendement. Un bon du Trésor à trois mois rapporte à peu près la même chose qu’il soit emballé par BlackRock ou par Circle (autour de 4 % l’an, ni plus ni moins que le papier sous-jacent). La différence se joue sur l’usage. En mars, l’USYC avait bondi parce que Binance l’acceptait comme collatéral hors plateforme pour ses clients institutionnels, via son dépositaire Ceffu ou un montage tripartite : 1,84 milliard de dollars d’USYC circulaient alors sur BNB Chain, presque tout l’encours du fonds. Des traders de dérivés qui déposent une garantie rémunérée pendant qu’ils spéculent, voilà le vrai produit.
BlackRock a la même arme, à un autre guichet. Deribit et Crypto.com prennent le BUIDL comme garantie, Securitize gère l’émission, et l’entrée reste réservée aux investisseurs qualifiés avec un ticket minimal de 5 millions de dollars. Du coup, le classement des fonds tokenisés ressemble de plus en plus à un baromètre de l’activité des desks institutionnels sur telle ou telle plateforme. Quand les volumes de dérivés bougent, l’encours suit. Et il suit vite.
BlackRock à 18,5 %, une domination en trompe-l’œil
Il y a de quoi relativiser la « reconquête ». À son apogée, BUIDL a pesé jusqu’à 46 % de tout le marché. Aujourd’hui 18,5 %, pour un encours pourtant proche de son record de 2,9 milliards touché en juin 2025. Le fonds n’a pas fondu, il a été rattrapé. Ondo, Franklin Templeton, Superstate ou encore Centrifuge (avec Janus Henderson) ont simplement rempli le reste de la table. Le duo de tête ne contrôle plus qu’un gros tiers des 15,1 milliards, et cette dilution est plutôt une bonne nouvelle pour un marché qui ressemblait, à ses débuts, à une vitrine BlackRock avec quelques figurants.
| Période | Encours de BUIDL | Part de marché | Marché total |
|---|---|---|---|
| Mars 2026 | ~2 milliards $ | ~18 % | 11 milliards $ |
| Fin août 2026 | ~2,8 milliards $ | 18,5 % | 15,1 milliards $ |
Le vrai concurrent de ces deux fonds s’appelle d’ailleurs le stablecoin tout court. Depuis le GENIUS Act signé en juillet 2025, un émetteur de stablecoin de paiement aux États-Unis n’a pas le droit de verser d’intérêts à ses détenteurs. Un fonds monétaire tokenisé, lui, le peut. D’où le double jeu de Circle, qui vend un USDC muet côté rendement et un USYC qui rapporte. En Europe, MiCA impose la même interdiction aux jetons de monnaie électronique. Pour les projets RWA, la ligne de partage passe là, entre le dollar qui dort et le dollar qui travaille. Et sur ce terrain, BlackRock comme Circle ont déjà choisi leur camp : les deux à la fois.
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