Vendre des pelles pendant la ruée vers l’or. La sagesse classique du capital-risque a pris un sacré coup de vieux ces cinq dernières années. En 2022, les blockchains elles-mêmes, Ethereum, Solana et consorts, absorbaient plus de 90 % des revenus générés sur la chaîne. Début 2026, ce chiffre est tombé à environ 25 %, selon le tableau de bord de Blockworks qui suit la répartition des revenus par secteur depuis 2021. Les applications financières et grand public, elles, captent désormais près des trois quarts du total. Le rapport de force économique de l’industrie s’est littéralement inversé.
- La part des blockchains dans les revenus générés a dramatiquement chuté de 90 % à 25 %, au profit des applications financières et grand public.
- Malgré une capitalisation boursière modeste, les protocoles de finance décentralisée capturent une grande majorité des frais générés, illustrant une inversion des valeurs économiques.
Ethereum, premier symbole du décrochage
Le cas Ethereum résume le phénomène à lui seul. Le réseau générait plus de 40 % de tous les frais onchain de l’industrie en 2021. Il en produit aujourd’hui moins de 3 %, selon un rapport du fonds 1kx relayé par Blockworks.
La cause n’est pas un désintérêt pour Ethereum : ce sont ses propres solutions de mise à l’échelle (les « layer 2 », des réseaux secondaires qui traitent les transactions à moindre coût avant de les régler sur la chaîne principale) qui ont fait chuter les frais moyens de transaction de 86 %. Moins cher pour l’utilisateur, moins lucratif pour le protocole sous-jacent : la scalabilité a un prix, et ce prix, c’est la marge de la blockchain elle-même.

73 % des revenus, moins de 10 % de la capitalisation boursière
Le décalage le plus frappant ne concerne pas les blockchains, mais la Bourse crypto dans son ensemble. Les protocoles de finance décentralisée captent 73 % de l’ensemble des frais générés sur la chaîne, alors que leur poids cumulé dans la capitalisation totale du marché reste inférieur à 10 %, d’après 1kx.
Autrement dit, les applications qui gagnent réellement de l’argent ne sont pas celles que le marché valorise le plus cher. Les vingt premiers protocoles, à peine 2 % de l’échantillon étudié par le fonds, raflent à eux seuls 69 % de tous les frais onchain. Sur plus de 1 000 protocoles analysés, 71 ont dépassé les 100 millions de dollars de revenus annualisés, et 32 y sont parvenus en moins d’un an d’existence, un rythme que 1kx compare à celui des meilleures pépites de l’IA comme Cursor. Meta avait mis trois à quatre ans pour atteindre ce seuil.
Aller vite ne suffit pas : la leçon LooksRare
Toutes les success stories de l’app layer ne se valent pas. LooksRare avait généré 500 millions de dollars de frais dès son premier trimestre d’existence, en pleine folie NFT, mais avait émis exactement la même somme en récompenses pour attirer les utilisateurs. Une fois les incitations coupées, les volumes se sont évaporés presque aussi vite qu’ils étaient apparus.
La leçon vaut pour 2026 : un pic de revenus gonflé par des subventions token n’a rien à voir avec un modèle économique durable, même si les deux ressemblent au même graphique pendant quelques semaines.
Cette migration de la valeur des blockchains vers les applications n’est pas une hypothèse abstraite pour les lecteurs qui suivent l’actualité DeFi : elle explique directement pourquoi dix protocoles ont capté 87 % des revenus distribués aux détenteurs de tokens cette année, ou pourquoi Hyperliquid s’impose comme l’une des plateformes les plus rentables du secteur pendant que tant d’autres jetons stagnent. Le graphique de Blockworks ne fait que mettre un chiffre précis sur une tendance que le marché vit déjà au quotidien, protocole après protocole.
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