Consolidation crypto : 3 protocoles raflent 80% des revenus pendant que le reste du secteur agonise

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. BitMEX baissera définitivement le rideau le 23 septembre, après onze ans d’existence. BitMart étale sa fermeture jusqu’au 31 janvier 2027. Cette purge du secteur, selon Lorenzo Valente, directeur de la recherche sur les actifs numériques chez ARK Invest, ne fait que commencer : l’industrie traverse la phase de consolidation la plus profonde de son histoire, plus sévère que tous les marchés baissiers précédents réunis.

Son argument tient en un chiffre qui donne le vertige : Hyperliquid et Pump.fun captent à elles seules 67% des revenus générés par l’ensemble des applications crypto. Avec Ethena, le trio frôle les 80%. Le reste du secteur, lui, se partage les miettes.

Les points clés de cet article :

  • BitMEX a baissé définitivement le rideau le 23 septembre, marquant la fin d’une ère pour cette plateforme historique.
  • Hyperliquid, Pump.fun et Ethena ont capté une part écrasante des revenus du secteur, laissant peu d’espace pour la concurrence.
  • Le secteur crypto traverse une phase de consolidation intense et ordonnée, avec de nombreuses fermetures mais sans chaos apparent.

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Trois noms, quatre revenus sur cinq

Cette concentration, confiée par Lorenzo Valente à crypto.news le 28 juillet, ne s’arrête pas aux applications. Valente la retrouve aussi chez les middlewares, ces briques logicielles qui relient les blockchains aux applications (oracles, services d’indexation), et chez les blockchains de couche 1 elles-mêmes. Partout, le trio de tête rafle la mise.

Les chiffres ne sont pas théoriques. En mai, Hyperliquid affichait plus de 900 millions de dollars de revenus annualisés, quasi intégralement reversés aux détenteurs de son token via des rachats automatiques. Le 23 juillet, Pump.fun a repris la tête du classement quotidien avec 1,21 million de dollars de recettes en vingt-quatre heures. Ethena, troisième du podium, vit de son dollar synthétique USDe et de l’écart de rendement entre positions au comptant et contrats à terme.

Un marché où trois protocoles raflent quatre revenus sur cinq laisse peu d’air aux autres. Les précédents marchés baissiers se traversaient en coupant les coûts et en attendant le retour de l’appétit spéculatif. Cette recette-là ne fonctionne plus quand le filtre s’appelle adéquation produit-marché, cette fameuse rencontre entre une offre et une demande réellement solvable. Sans utilisateurs payants, la trésorerie fond, et rien ne vient la renflouer mécaniquement.

Répartition des revenus des applications crypto : Hyperliquid, Pump.fun et Ethena dominent largement – source : ARK Invest

Faillites en cascade, mais sans drame

Le décompte de juillet est rude. Plus de 60 entreprises, blockchains et protocoles ont fermé ou déposé le bilan depuis janvier, rapporte Bitcoin.com, et le tracker RootData en recense 99 à l’arrêt ou tombés en déshérence sur la même période.

Movement Labs a déposé un Chapter 11, cette procédure américaine qui autorise la poursuite de l’activité pendant la restructuration, après qu’un partenaire teneur de marché a écoulé 66 millions de tokens MOVE et fait plonger le cours. Storj Labs a suivi devant le tribunal de Virginie-Occidentale, quatrième défaillance en sept jours. L’ancien opérateur de pool de minage Poolin s’était déjà ajouté à la liste plus tôt dans le mois.

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Différence notable avec le carnage de 2022 : cette fois, les sorties se font en bon ordre. « C’est avec un cœur très lourd » que BitMEX, inventeur du contrat perpétuel, a annoncé l’arrêt de sa plateforme, en fermant aussitôt les inscriptions et en laissant deux mois aux utilisateurs pour solder leurs positions.

BitMart déroule, lui, un calendrier de retraits jusqu’à fin janvier malgré un token tombé de 66% en une seule journée. Storj propose même de partager la propriété de l’entité réorganisée entre dirigeants, investisseurs et détenteurs de tokens, qui repartent d’ordinaire les mains vides dans ce genre de procédure. Pas de gel des retraits, pas de fonds clients volatilisés. La faillite, version 2026, se fait presque civilisée.

Le capital se raréfie, les survivants changent de métier

Côté financement, la contraction est nette : environ 4 milliards de dollars investis sur 355 opérations au premier trimestre selon Galaxy Research, deux fois moins qu’au trimestre précédent, et le nombre d’investisseurs actifs sur un trimestre, au deuxième trimestre selon CryptoRank, est tombé à 651, plus bas depuis six ans, contre 2 564 au pic de 2022.

Les caisses ne sont pourtant pas vides pour tout le monde : Paradigm a bouclé en juillet un quatrième fonds de 1,2 milliard de dollars, en élargissant son mandat au-delà de la seule crypto.

Les rescapés, eux, changent carrément de métier. Selon Tiger Research, au moins six des dix plus grandes plateformes d’échange par volume proposent ou testent désormais des produits adossés à des titres financiers traditionnels.

Sur Hyperliquid justement, les actifs du monde réel (RWA) ont représenté 54% du volume de perpétuels traité la semaine du 23 juillet, les actions individuelles devançant désormais indices et matières premières dans ce panier. Les plateformes qui ferment vivaient du trading crypto de détail. Celles qui tiennent encaissent sur des actions tokenisées.

Cette bascule dépasse largement le sort des perdants du trimestre. Elle referme, un peu plus chaque mois, la parenthèse d’un secteur qui vivait de la spéculation entre initiés pour s’arrimer, bon gré mal gré, aux mêmes actifs que ceux que Wall Street échange depuis un siècle.

Le constat rejoint d’ailleurs celui déjà posé sur le financement : les capitaux ne désertent pas le secteur, ils se redéploient vers ceux qui savent déjà générer un revenu réel. Cette purge, aussi ordonnée soit-elle dans son exécution, dessine un marché où la survie dépend désormais moins de la conviction crypto que du bilan comptable, ce qui n’était précisément pas la promesse initiale du secteur.

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