Plus vite, plus haut, plus fort. Le président du Comité olympique polonais (PKOL), Radosław Piesiewicz, ajoute une variante à la devise : plus vite en garde à vue. Interpellé jeudi 27 août à Varsovie par les cyberenquêteurs polonais, il est soupçonné d’avoir monnayé des contrats de sponsoring sportif au profit de Zondacrypto, la plateforme crypto locale déjà en pleine implosion financière depuis le printemps. Depuis avril, les fédérations sportives réclamaient sa démission. La police, elle, n’a pas attendu leur feu vert.
- Le président du Comité olympique polonais, Radosław Piesiewicz, a été interpellé pour des soupçons de corruption liés à des contrats de sponsoring avec Zondacrypto.
- Zondacrypto a subi une chute catastrophique de 99,7 % de ses réserves de bitcoin, laissant plus de 3 600 victimes et des pertes estimées à 96 millions de dollars.
PKOL et Zondacrypto : un partenariat qui sentait le roussi
Selon le parquet régional de Śląsk et le Bureau central de lutte contre la cybercriminalité, Piesiewicz aurait accepté une montre estimée à 180 000 zlotys, soit environ 40 000 euros.
Offerte par Przemysław Kral, le patron de Zondacrypto, une accusation que l’intéressé dément. S’ajoutent à cela, des voyages à Monaco, des billets de match et des notes d’hôtel réglées par la plateforme. En échange, le PKOL aurait accordé à Zondacrypto un sponsoring taillé sur mesure pour les Jeux d’hiver de Milan-Cortina, disputés en février dernier. Piesiewicz aurait aussi actionné ses relais auprès de hauts responsables gouvernementaux.
« Aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur Zondacrypto, Radosław P. a été interpellé », a confirmé le ministre de la Justice Waldemar Żurek, sans détailler davantage les charges retenues.
« Aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur ZondaCrypto, Radosław P. a été placé en garde à vue. Le parquet communiquera de plus amples informations à l’issue de la procédure le concernant, menée par le département silésien du parquet national.»
Waldemar Żurek, Ministre de la justice polonais – Source : X
Zondacrypto, l’effondrement version 99,7 %
L’affaire dépasse largement le cadre sportif. En effet, les autorités polonaises évaluent les pertes des clients à plus de 350 millions de zlotys, soit près de 96 millions de dollars. Le site de la plateforme a disparu le 23 avril 2026. L’Estonie, où était domiciliée l’entité BB Trade Estonia, lui a retiré sa licence le 29 juin.
Côté blockchain, les réserves visibles de bitcoin sont passées de 55,7 BTC en août 2024 à 0,18 BTC en mars 2026, une chute de 99,7 %. Plus de 3 600 victimes sont recensées. Le fondateur historique, Sylwester Suszek, a disparu en mars 2022 après un déplacement en Pologne. Sa famille a reçu une demande de rançon. Le dénouement reste flou à ce jour.
Son successeur, Przemysław Kral, serait à l’étranger, entre Israël et Dubaï selon des informations non confirmées. Zondacrypto avait promis des primes aux médaillés polonais de Milan-Cortina, jusqu’à 60 000 euros pour l’or. Aucun versement n’est arrivé. Plusieurs athlètes, dont le skieur Kacper Tomasiak, envisagent désormais une action en justice.
Suszek, le fondateur toujours introuvable de Zondacrypto
Seconde histoire dans l’hisoitre. Avant Kral, il y avait Suszek. Sylwester Suszek, fondateur de BitBay, rebaptisée Zonda puis Zondacrypto, s’est volatilisé le 10 mars 2022. Sa dernière trace remonte à une station-service de Czeladź, où il retrouvait un associé, Marian W. Son téléphone a cessé d’émettre peu après 15h08. Sa Porsche Taycan blanche a été retrouvée abandonnée, sans lui.
Avec lui a disparu l’accès à un portefeuille personnel estimé à 330 millions d’euros, soit environ 4 500 BTC. Sa famille a reçu une demande de rançon. Quatre ans plus tard, toujours aucun corps, aucun signalement confirmé. Le dossier reste officiellement ouvert. Marian W., l’homme qu’il retrouvait ce jour-là et qui a depuis été mis en cause pour enlèvement en 2024, aurait des liens avec le crime organisé, même si son rôle exact dans la disparition reste flou. Les enquêteurs polonais ont fini par fusionner cette disparition avec le dossier financier de Zondacrypto. Le fondateur a disparu, le successeur reste injoignable à ce jour. Zondacrypto compte décidément plus de fantômes que de comptes soldés.
Corruption et cryptomonnaies, une enquête qui déborde le sport polonais
Piesiewicz devait une bonne partie de son maintien au soutien du parti d’opposition PiS (Droit et Justice), au pouvoir de 2015 à 2023. Il n’est pas seul dans le viseur des enquêteurs. L’ancien ministre de la Justice Zbigniew Ziobro, aujourd’hui réfugié aux États-Unis, figure aussi dans le dossier. Tout comme l’ex-vice-ministre Marcin Romanowski, installé en Transnistrie. Les enquêteurs élargissent le périmètre aux liens financiers entre Zondacrypto, la chaîne Republika et le CPAC organisé en Pologne en mai 2025, ce rassemblement conservateur international qui avait accueilli plusieurs figures du PiS.
Les exchanges crypto multiplient les partenariats sportifs depuis plusieurs années, cherchant une légitimité que la seule technologie ne suffit pas à leur offrir. Crypto.com a sponsorisé la FIFA, Binance a multiplié les partenariats avec des clubs de football. Ce type de sponsoring finit désormais devant un procureur. Pour la Pologne, censée appliquer le règlement européen MiCA depuis 2024, l’épisode tombe mal : Bruxelles pointait déjà du doigt son retard dans l’agrément des plateformes crypto. Le statut du PKOL ne prévoit d’ailleurs aucun mécanisme pour destituer un président en exercice. Piesiewicz pourrait, en théorie, continuer de présider depuis sa cellule jusqu’à la fin de son mandat, en avril 2027.
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