Crypto : le Mexique démantèle une ferme de minage clandestine soupçonnée de blanchir l’argent des cartels

Trois cents cartes graphiques au fond d’une vallée mexicaine. Le parquet fédéral, la marine et les forces de sécurité de l’État de Puebla ont investi une propriété isolée de la commune de Tlaola. Le site se trouve dans la Sierra Norte. Ils y ont trouvé une ferme de minage entièrement clandestine. Les enquêteurs veulent maintenant savoir qui payait l’électricité, et à qui profitaient les cryptomonnaies produites.

Le communiqué du gouvernement de Puebla évoque une piste de blanchiment liée au narcotrafic. L’enquête porte aussi sur un branchement sauvage présumé sur le réseau électrique local.

Points clés

  • Les autorités mexicaines ont saisi environ 300 GPU, un transformateur et huit antennes satellite dans une ferme de minage clandestine à Tlaola, dans la Sierra Norte de Puebla
  • L’enquête porte sur un détournement présumé de courant issu d’un barrage hydroélectrique voisin et sur un possible blanchiment de fonds du narcotrafic
  • Puebla avait déjà repéré trois sites comparables dans le même périmètre et coordonne désormais ses recherches avec les États voisins
  • Chainalysis recense 154 milliards de dollars de fonds reçus par des adresses illicites en 2025, soit moins de 1 % du volume total suivi

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Une ferme de minage crypto branchée au réseau électrique mexicain

L’inventaire dressé par les autorités détonne pour un hameau de montagne : environ 300 cartes graphiques, un transformateur, quelque 80 bornes de moyenne tension et huit antennes internet par satellite. Aucune fibre optique ne dessert ce secteur montagneux. La connexion passait donc par l’orbite basse.

Le ministère public cherche à établir si le site siphonnait le courant d’un barrage hydroélectrique voisin. Le complexe de Necaxa se trouve à quelques kilomètres de là. En service depuis 1905, il est exploité par la Commission fédérale d’électricité (CFE). Les 80 bornes de moyenne tension saisies sur place orientent l’enquête dans cette direction.

Un détail intrigue quiconque connaît le matériel : 300 cartes graphiques ne produisent pas de bitcoins. Les ASIC (des circuits intégrés conçus pour une seule fonction, bien plus efficaces qu’un GPU) verrouillent le minage de Bitcoin depuis plus d’une décennie. Un parc de cartes graphiques vise donc des cryptomonnaies alternatives, encore accessibles au minage grand public. Ou alors, il sert simplement de puissance de calcul louée pour l’intelligence artificielle.

« Les cartels de la drogue semblent avoir atteint un nouveau niveau de sophistication.»

David Saucedo, analyste en sécurité, à Reuters

Les autorités ont déjà repéré trois installations comparables dans le même périmètre au cours de l’année écoulée. Elles coordonnent désormais leurs recherches avec les États voisins pour en identifier d’autres. Le parquet fédéral a refusé de commenter auprès de l’agence de presse en raison de l’enquête en cours.

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Minage crypto et blanchiment : ce que disent les précédents

L’hypothèse n’a rien d’inédit. Les analystes conformité documentent depuis des années cette typologie : acheter du matériel de minage avec des fonds illicites pour obtenir des cryptomonnaies fraîchement émises, donc vierges de tout historique.

Chainalysis a poussé l’analyse jusqu’aux pools de minage, ces coopératives où des mineurs mutualisent leur puissance de calcul avant de se partager les récompenses. Ses chercheurs ont repéré des adresses de dépôt qui mélangeaient deux origines. D’un côté des fonds liés à des rançongiciels ou à des arnaques, de l’autre des revenus de minage, le tout sur les mêmes plateformes d’échange.

« Le minage de cryptomonnaies est une composante cruciale de notre industrie, mais il présente aussi un attrait particulier pour les acteurs malveillants, car il offre un moyen d’acquérir de l’argent dont la source d’origine on-chain est totalement propre.»

Chainalysis, rapport sur le blanchiment via les pools de minage

Aucun de ces travaux ne dit comment le site de Tlaola gérait ses fonds. L’enquête locale garde deux pistes ouvertes : un revenu tiré du minage sur courant volé, ou un habillage pour de l’argent venu d’autres délits. La « propreté » d’une pièce fraîchement minée reste d’ailleurs toute relative. Chaque transfert ultérieur s’inscrit dans un registre public. Les pools versent depuis des adresses identifiées, et les plateformes régulées savent lire ces schémas. L’électricité détournée, elle, ne laisse aucune trace consultable. Un mineur qui ne paie pas son courant efface la plus grosse ligne de ses coûts d’exploitation.

Crypto et cartels : Washington resserre l’étau sur les flux

Le Trésor américain a sanctionné en mai un réseau qu’il attribue à Armando de Jesús Ojeda Avilés. Celui-ci est accusé d’avoir collecté le produit des ventes de drogue aux États-Unis, de l’avoir converti en cryptomonnaies, puis de l’avoir acheminé vers le cartel de Sinaloa. Washington a par ailleurs classé six organisations criminelles mexicaines, dont Sinaloa, parmi les organisations terroristes étrangères début 2025. De quoi alourdir l’exposition pénale de quiconque manipule ces fonds.

Chainalysis chiffre à au moins 154 milliards de dollars les sommes reçues en 2025 par des adresses signalées comme illicites. Cette progression tient pour l’essentiel aux entités sous sanctions. Le total reste sous la barre de 1 % du volume de transactions que la société surveille. Une réserve méthodologique s’impose : ces calculs excluent en général les paiements classiques aux trafiquants. Il manque, la plupart du temps, les éléments extérieurs qui permettraient d’en établir l’origine criminelle. Un registre public ne suffit pas à distinguer un virement de narcotrafic d’un transfert parfaitement légitime.

Trois cents cartes graphiques génèrent au mieux quelques dizaines de milliers de dollars par an, une paille face aux volumes d’un cartel. C’est la multiplication des sites qui change l’échelle. Puebla a déjà lancé la traque avec les États voisins pour en débusquer d’autres.

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