Le grand écart britannique. Londres répète vouloir devenir un hub mondial des actifs numériques pendant que neuf des dix plus grandes banques de détail du pays bloquent ou plafonnent les paiements vers les plateformes crypto. La Financial Conduct Authority (FCA) vient de confirmer qu’elle n’obligera personne à rouvrir les vannes. Cette position tiendra même après l’entrée en vigueur de son régime crypto complet, le 25 octobre 2027.
Un épargnant britannique peut acheter un ETN adossé au Bitcoin depuis octobre 2025. Il ne peut en revanche pas le loger dans une enveloppe défiscalisée : en avril, le Trésor a réservé cet avantage fiscal aux IFISA (reclassement fiscal du Trésor), une niche que quasiment aucun courtier ne propose pour ce produit. Le même épargnant butera aussi sur un plafond de 1 000 livres s’il veut virer cet argent vers un exchange enregistré auprès du régulateur. Notre enquête sur les blocages bancaires documentait déjà ce verrou.
Points clés
- Chase, Starling et sept autres grandes enseignes bancaires bloquent ou plafonnent les virements vers les exchanges crypto
- Aucune contrainte légale ne forcera les banques à assouplir ces règles, pas même le nouveau régime FCA
- La facture du remboursement des victimes de fraude, plafonnée à 85 000 livres par dossier, explique la prudence bancaire
- Les ETN Bitcoin restent exclus des ISA classiques depuis avril (seule l’IFISA, une niche que personne ne propose, les accepte), et les virements vers un exchange agréé restent plafonnés à 1 000 livres
Crypto : neuf des dix grandes banques britanniques gardent le robinet fermé
Le tableau n’a guère bougé depuis trois ans. Chase UK, filiale britannique de JPMorgan, a interdit purement et simplement les paiements liés aux cryptomonnaies en octobre 2023. Starling Bank a fermé la même porte peu après. Les autres ont préféré le plafonnement, moins spectaculaire et tout aussi dissuasif.
- NatWest limite les virements vers les plateformes à 1 000 livres par jour et 5 000 livres sur trente jours ;
- Santander UK plafonne chaque opération à 1 000 livres, dans la limite de 3 000 livres sur trente jours ;
- HSBC plafonne les virements vers les exchanges à 2 500 livres par opération et 10 000 livres sur trente jours, carte de crédit exclue ;
- Barclays applique le même plafond de 2 500 livres par virement et 10 000 livres par mois, et bloque tout achat par carte de crédit ;
- Nationwide interdit l’achat de cryptos par carte de crédit et borne les paiements par carte de débit ;
- Lloyds et Virgin Money bloquent également l’achat d’actifs numériques au crédit.
Pourquoi les banques se protègent
La raison tient d’abord à la facture des fraudes. Depuis le 7 octobre 2024, les établissements britanniques doivent rembourser les victimes d’une fraude au virement autorisé (authorised push payment, ou APP). Le plafond grimpe jusqu’à 85 000 livres par dossier. La charge est partagée à parts égales entre la banque émettrice et celle qui reçoit les fonds. Les escroqueries à l’investissement transitent régulièrement par une plateforme d’échange. Brider le virement sortant reste donc le moyen le moins coûteux de borner cette exposition.
La clientèle concernée n’a rien d’un public de niche. La FCA chiffrait fin 2024 à 12 % des adultes britanniques la proportion de détenteurs de cryptos (étude FCA). Soit près de 7 millions de personnes. Ces clients se reportent alors sur Revolut ou sur des établissements de monnaie électronique plus accommodants. Les flux quittent ainsi les grandes banques, mais le risque de fraude, lui, ne recule pas.
La FCA refuse de contraindre les banques, même après octobre 2027
Le régime attendu pour le 25 octobre 2027 fera entrer les plateformes d’échange, la conservation d’actifs et l’intermédiation dans le périmètre réglementaire. Le staking et l’émission de stablecoins y entreront aussi. Les acteurs devront décrocher un agrément, tenir des exigences de fonds propres et appliquer la Consumer Duty. Cette dernière oblige les firmes financières à agir dans l’intérêt de leurs clients (feuille de route de la FCA).
Le régulateur espère que ces garde-fous rendront les interdictions générales superflues et que les banques les lèveront d’elles-mêmes. Il écarte en revanche toute obligation juridique de traiter les paiements crypto. L’appétit au risque demeure une décision commerciale, y compris face à une plateforme agréée et supervisée par ses propres équipes.
Le 8 octobre 2025, cette même FCA rouvrait aux particuliers l’accès aux ETN crypto cotés sur les marchés reconnus britanniques. En avril, le Trésor a écarté ces produits des ISA classiques au profit des IFISA, une enveloppe que ni Hargreaves Lansdown ni les autres grandes plateformes ne combinent avec un ETN Bitcoin. HL a d’ailleurs ouvert le sien le 3 septembre à ses seuls clients avertis, sur un compte titres fiscalisé et hors ISA. Un investisseur se voit donc refuser à la fois l’abri fiscal et un virement de 2 000 livres vers Kraken ou Coinbase.
Les banques britanniques n’ont donc aucune échéance pour bouger avant octobre 2027, et aucune contrainte après. Le hub crypto promis par Londres s’arrêtera au curseur que chaque établissement fixe lui-même. Chez plusieurs des plus gros noms de la place, ce curseur reste fixé à 1 000 livres par virement. Un groupe parlementaire transpartisan (APPG) enquête déjà sur ce blocage persistant à Westminster.
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