Loin des yeux, jamais loin du crime. Trois hommes qui donnaient les ordres depuis leur cellule, et une complice chargée de les exécuter dehors. Voilà le montage que la Section de recherches de Paris vient de démanteler, entre le 8 et le 11 septembre, au terme d’une opération menée en Auvergne-Rhône-Alpes avec le concours des gendarmeries de Chambéry, Sathonay-Camp et Dardilly. Quatre interpellations, quatre gardes à vue, et une mise en examen pour association de malfaiteurs et extorsion en bande organisée avec une arme. Le dossier remonte à une attaque ratée dans l’Essonne en mars, sur fond de vague de cryptorapts qui n’épargne aucune région française depuis janvier.
- La Section de recherches de Paris a démantelé un réseau criminel orchestré depuis une prison, avec des interpellations et mises en examen pour association de malfaiteurs et extorsion en bande organisée.
- L’enquête, suite à une attaque ratée en mars dans l’Essonne, a révélé que des ordres étaient donnés depuis des cellules pour des opérations de cryptorapts en France, impliquant des personnes détenues utilisant les réseaux sociaux.
Explosifs et cagoules à l’aube : l’attaque ratée qui a lancé l’enquête sur les cryptomonnaies
Retour au 10 mars, six heures du matin, quelque part en Essonne. Une personne surprend deux individus au visage dissimulé en train de tenter de pénétrer dans son domicile à l’aide d’explosifs. Les deux hommes prennent la fuite sans rien emporter. Une enquête de flagrance s’ouvre aussitôt sous l’autorité du procureur d’Évry, confiée à la Section de recherches de Paris en co-saisine avec la Brigade de recherches locale. Premier constat des enquêteurs : la victime aurait été visée pour sa possession supposée de cryptomonnaies, un profil qui revient sans cesse dans ce type de dossier depuis des mois. La suite tient de la course contre la montre. Le véhicule des suspects est identifié et localisé en Auvergne-Rhône-Alpes.
Intercepté à midi, six heures à peine après les faits, sur la commune de Bourgoin-Jallieu par les gendarmes de l’Isère. Trois occupants à bord, un homme et deux adolescents, tous interpellés sur place. Le gang derrière ces deux attaques violentes était démantelé en quelques heures. L’enquête, en revanche, ne faisait que commencer.
Depuis leur cellule, ils pilotaient les cryptorapts via les réseaux sociaux
C’est en creusant les gardes à vue que le dossier prend une autre dimension. Les enquêteurs établissent un rapprochement avec des faits de séquestration et d’extorsion en bande organisée avec arme, commis en Seine-et-Marne dans la continuité directe de l’épisode essonnien. Ce second dossier vise lui aussi un détenteur potentiel de cryptomonnaies. Ses auteurs sont mis en examen, écroués ou placés sous contrôle judiciaire, et une information judiciaire s’ouvre pour les deux affaires à la fois. L’enquête est pilotée par le juge d’instruction du tribunal judiciaire d’Évry.
Elle remonte jusqu’à trois commanditaires présumés qui, selon le communiqué de la Gendarmerie nationale publié le 16 septembre, agissaient depuis leur lieu de détention via les réseaux sociaux. Une complice les aurait épaulés en leur fournissant les moyens d’agir à l’extérieur. Les perquisitions menées début septembre permettent de saisir du numéraire et plusieurs éléments incriminants. Les principaux mis en cause ont été ou doivent être déférés devant le magistrat instructeur à l’issue de leur garde à vue.
Une vague de cryptorapts qui ne faiblit pas en France
Le phénomène dépasse largement ce seul dossier. Le Parquet national anticriminalité organisée a recensé plus de 70 enlèvements et séquestrations liés aux cryptomonnaies sur les huit premiers mois de 2026, rapportait franceinfo mi-septembre. Le grand public a découvert le genre en janvier 2025, avec l’enlèvement du co-fondateur de Ledger, David Balland, mutilé et retenu contre une rançon en bitcoins.
Les dossiers se sont enchaînés depuis, et le pilotage à distance n’a rien d’un cas isolé. Un commanditaire présumé d’une autre vague d’enlèvements cryptos avait ainsi été arrêté au Maroc après avoir orchestré ses opérations depuis l’étranger. Piloter depuis une prison française pousse la même logique un cran plus loin.
Un téléphone qui n’a pas de raison d’être là, un compte social ouvert derrière les barreaux. Et des adolescents en première ligne, dehors, pour faire le sale boulot. Les téléphones portables clandestins continuent de circuler en détention, malgré les brouilleurs et les fouilles renforcées promises depuis des années.
Le dossier, lui, reste ouvert sur ses deux volets, Essonne et Seine-et-Marne, sous l’autorité du même juge d’instruction d’Évry. D’autres affaires de séquestration liées aux cryptomonnaies suivent leur cours judiciaire ailleurs en France, sans qu’aucune ne dissuade la suivante. Un commanditaire présumé de plus devra répondre de ses actes, cellule ou pas.
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