Lundi de gueule de bois. Les marchés ont rendu leur premier verdict sur la dette française après les violences du 17 octobre. Le CAC 40 a perdu 1,11 % à 7 868 points et Société Générale a lâché 3,41 %. L’OAT à 10 ans a clôturé à 4,93 % contre 4,80 % vendredi soir et l’écart avec le Bund allemand atteint 147 points de base, à un souffle du record de 2012. Moody’s publie vendredi soir sa revue de la note française et le vote sur les recettes du budget 2027 a été repoussé d’une semaine.
- Le CAC 40 a subi une chute de 1,11 %, reflétant un verdict alarmant des marchés après les violences du 17 octobre.
- La France emprunte désormais à des taux plus élevés que l’Italie, une situation qui semblait inimaginable il y a trois ans, et Moody’s s’apprête à réévaluer sa note.
OAT à 4,93 % : la France emprunte désormais plus cher que l’Italie
Le chiffre qui fait mal se lit en comparant Paris à Rome. Le BTP italien à 10 ans a fini lundi à 4,55 %. La France paie donc 35 à 40 points de base de plus que l’Italie pour emprunter sur la même durée, une inversion qui aurait paru absurde il y a trois ans. D’après les données de clôture compilées par Reuters, l’OAT à 2 ans ressort à 3,65 % et le 30 ans à 5,50 %. Le CDS à 5 ans sur la France, cette assurance contre un défaut, est remonté à 82 points de base.

En un mois, le 10 ans français a pris 38 points de base. Depuis le 2 janvier, il en a pris 130. Le plus haut de l’année reste les 4,99 % touchés le 2 octobre, un niveau inédit depuis 2002, et la soirée de lundi s’est terminée « vers 4,95 % » selon France Épargne. Christopher Dembik, de Pictet AM, résume le jugement du marché à l’AFP : la dette française « se négocie à un niveau comparable à celui d’un émetteur noté BB+ ». Autrement dit, la catégorie spéculative, alors que les agences la classent encore sept crans plus haut.

Les banques ont encaissé le choc en première ligne. Crédit Agricole a cédé 2,64 % et BNP Paribas 2,48 %, parce que leurs bilans sont chargés en dette française et que chaque hausse des taux rogne la valeur de ces titres. Les stratèges de Deutsche Bank ont prévenu que ces violences « ne vont pas aider la communauté internationale à se sentir pleinement à l’aise pour acheter des OAT ». L’Agence France Trésor prévoit pourtant d’en placer 340 milliards d’euros en 2027, un record, pour une dette qui atteint déjà 3 595 milliards, soit 119 % du PIB fin juin.
Moody’s vendredi : ce que la note de la France risque vraiment
La revue est inscrite au calendrier officiel de l’AFT pour le vendredi 23 octobre, après la clôture des Bourses européennes. Moody’s a abaissé la France à Aa3 en décembre 2024 et a placé cette note sous perspective négative le 24 octobre 2025. Elle avait confirmé ce couple le 10 avril dernier en saluant un accord budgétaire « entre la gauche modérée et le centre droit ». Six mois plus tard, cet accord n’existe plus. Le vote sur les recettes du budget 2027 a été reporté faute d’avoir épuisé 2 800 amendements, et la commission des finances avait déjà rejeté le texte.
Trois issues sont sur la table. Moody’s peut maintenir Aa3 avec perspective négative et attendre le budget. Elle peut abaisser la note à A1, ce qui l’alignerait sur S&P et Fitch, toutes deux à A+. Elle peut aussi repasser en perspective stable, un scénario que plus personne n’évoque. Commerzbank juge que l’impact sur le spread d’une dégradation « devrait rester limité », puisque Moody’s ne ferait que rattraper ses concurrentes. Allianz Research est moins serein et écrit que la France est « en risque de perdre sa note AA », avec un spread de 175 à 200 points de base en scénario adverse.
Dette française : un déficit 2027 sans majorité pour le voter
Le fond du dossier, lui, n’a pas bougé depuis avril : un déficit visé à 5,0 % du PIB en 2027 après 5,4 % cette année, sans majorité pour le voter. Les violences ajoutent une facture inconnue. Le ministre du Commerce Serge Papin parle d’au moins 3 000 commerces dégradés ou pillés et la CCI France de « centaines de millions d’euros ». Le ministère de l’Intérieur compte 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés. Kevin Thozet, de Carmignac, met des mots sur ce que les investisseurs redoutent : « six mois supplémentaires de vide politique représentent une période particulièrement longue pour les marchés ».
Moody’s parlera vendredi après la clôture et le marché répondra lundi. Un « acte II » des manifestations est annoncé entre les deux, samedi 24 octobre. Le contrat à terme sur le CAC 40 indiquait une ouverture en baisse de 0,65 % ce mardi matin. Et le FMI ne voit que 0,4 % de croissance pour la France cette année.
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