Du fentanyl à la crypto. Une enquête du média japonais Nikkei affirme qu’une organisation criminelle chinoise, déjà liée au trafic de fentanyl, aurait monté une vaste opération de fraude crypto depuis des bases installées au Japon. Au centre du dispositif, la société chimique chinoise Hubei Amarvel Biotech, accusée d’avoir exploité des domaines internet japonais pour escroquer des détenteurs de cryptomonnaies et faire transiter des fonds via des comptes rattachés à des entités sous sanctions américaines.
Points clés
- Hubei Amarvel Biotech, société chinoise liée au fentanyl, est accusée d’avoir piloté une fraude crypto depuis le Japon
- Plus de 120 transactions avec des entités sous sanctions américaines ont été identifiées
- Le faux jeton « Zksync.jp » a causé plus d’un million de dollars de pertes
- La DEA et la Garde côtière japonaise renforcent leur coopération contre la contrebande de fentanyl en 2026
Une machine à blanchir à grande échelle
D’après Nikkei, Hubei Amarvel Biotech, basée à Wuhan, serait le pivot de ce réseau. Deux de ses dirigeants ont d’ailleurs été condamnés en février 2025 par un tribunal fédéral de Manhattan pour avoir comploté en vue d’importer des précurseurs de fentanyl aux États-Unis. Le fentanyl, faut-il le rappeler, est un opioïde synthétique d’une puissance extrême, détourné comme drogue de rue.
La vitrine japonaise d’Amarvel, une société nommée Firsky et installée à Nagoya, aurait servi de plaque tournante. Elle pilotait la logistique et la circulation des fonds, sous la houlette d’un individu identifié comme Xia Fengzhi, surnommé le « patron au Japon ». Firsky a été liquidée en juillet 2024, et la localisation de Xia Fengzhi reste inconnue à ce jour.
L’enquête détaille ainsi comment le réseau utilisait des adresses de wallets pour déplacer des capitaux entre des comptes reliés à des entités sanctionnées. Plus de 120 transactions avec de telles entités ont été repérées, en particulier autour du groupe Wuhan Yuancheng, dirigé par Chuen Fat Yip, un ressortissant chinois que Washington accuse de chapeauter une opération transnationale de trafic de drogue et qui est actuellement recherché.

Une fausse crypto baptisée « Zksync.jp »
Le réseau aurait aussi distribué un jeton frauduleux, « Zksync.jp », pensé pour imiter un service de paiement reconnu et pousser les utilisateurs à envoyer leurs fonds. En comptant les victimes japonaises, les pertes dépasseraient le million de dollars, toujours selon le média Nikkei.
Le suffixe « .jp », qui exige normalement un enregistrement avec une adresse au Japon, donnait à l’arnaque un vernis de crédibilité internationale. Selon Chainalysis, société spécialisée dans l’analyse onchain, ce type de manœuvre revient régulièrement dans les schémas de blanchiment.
Les chiffres avancés par TRM Labs donnent enfin la mesure du problème : près de 97 % des fabricants chinois de précurseurs de drogues accepteraient les cryptomonnaies. De quoi fluidifier les paiements transfrontaliers et brouiller les pistes pour les autorités chargées de remonter les flux illicites.
Le Japon, qui élargit son marché réglementé des actifs numériques, hérite d’un dossier embarrassant. Les régulateurs et les forces de l’ordre vont devoir muscler leur dispositif. En mai 2026, la DEA a signé un mémorandum avec la Garde côtière japonaise pour intensifier la lutte contre la contrebande de fentanyl, et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a engagé ses propres mesures face à cette menace.
Reste que ces affaires servent surtout d’argument à la blockchain : chaque transaction laisse une trace immuable. Là où le cash s’évapore sans laisser d’adresse, les enquêteurs ont, ici, pu remonter plus de 120 mouvements suspects jusqu’aux entités sanctionnées. Une traçabilité que les criminels finissent toujours par payer. Et c’est tant mieux.
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