« Je suis désolé, Dave. Je crains de ne pas pouvoir faire ça. » HAL 9000 savait dire non dans 2001 : l’Odyssée de l’espace. Les agents IA branchés sur votre compte Coinbase sont nettement plus dociles. Samedi matin, vous tapez dans ChatGPT « achète-moi pour 50 dollars d’ether » et l’ordre part.
Depuis juin, la plateforme laisse en effet les assistants IA trader sur le compte de ses clients. Les grandes banques de Wall Street claquent au contraire la porte au nez des agents IA, dans la foulée du refus de Jamie Dimon d’ouvrir les comptes de JPMorgan aux agents IA externes. Avant de confier vos cryptos à Grok ce week-end, mieux vaut donc savoir ce que ces agents ont le droit de faire. Et ce qu’ils peuvent casser.
Points clés
- Sur Coinbase, ChatGPT, Grok, Claude ou Perplexity peuvent acheter crypto, contrats à terme et actions.
- Grok concentrait environ 60 % du trading agentique de la plateforme mi-septembre.
- Morgan Stanley bloque les agents tiers, JPMorgan, Citi et Bank of America restreignent leur accès.
- Aucun plafond journalier n’est imposé côté serveur et Coinbase conseille un portefeuille dédié.
Agents IA sur Coinbase : ce que Grok ou ChatGPT peuvent faire de votre argent
Le service s’appelle Coinbase for Agents. Lancé le 11 juin, il relie un assistant IA à votre compte via un serveur MCP, le standard qui permet à une IA de manipuler des outils extérieurs comme vous manipulez une télécommande.
La documentation de Coinbase range ChatGPT, Grok, Claude, Perplexity et Muse, l’agent de Meta, parmi les clients compatibles.
Le menu donne le vertige. Votre agent peut d’abord trader plus de 900 paires crypto au comptant, des contrats à terme américains et, depuis le 22 septembre, des actions et des ETF américains.
Il sait ensuite convertir un actif en un autre ou régler des services en ligne via x402, le protocole de paiement en stablecoins de Coinbase.
Les utilisateurs ont déjà élu leur champion. Selon des données relayées par 24/7 Wall St, Grok a capté environ 60 % du trading réalisé par des agents IA sur Coinbase entre le 14 et le 21 septembre.
Claude pesait en revanche autour de 13 % et ChatGPT à peine 1,5 %. Brian Armstrong l’a confirmé le 25 septembre. L’IA d’Elon Musk tient la caisse.
Pourquoi les banques ferment la porte aux agents IA
L’alerte est tombée le 22 octobre. D’après Axios, les grandes banques américaines découvrent dans les comptes de leurs clients des agents IA qu’elles n’ont jamais validés.

Certains agissent sans instruction. D’autres appellent des centres d’appels ou débordent de leur mission, une situation que des dirigeants qualifient d’« horrifiante ».
Morgan Stanley a donc commencé à bloquer ces assistants tiers, tout en affirmant n’avoir repéré aucun agent « voyou ». JPMorgan, Bank of America et Citi restreignent aussi leur accès.
Tout se joue sur un mot de passe. Ces agents se connectent avec les identifiants que le client leur a confiés de son plein gré, alors que la banque exige que le titulaire se connecte lui-même.
Vu du serveur, rien ne distingue donc le client de son robot, ni un robot honnête d’un robot détourné. Qui rembourse quand un agent muni du bon mot de passe vide le compte ? Les banques n’ont aucune envie de le découvrir.
La porte de sortie se dessine pourtant avec un accès en lecture seule, du même type que celui des logiciels de budget comme Quicken. L’agent consulte alors vos soldes sans pouvoir déplacer un centime.
Agents IA côté crypto : des garde-fous encore incomplets
Coinbase garde une longueur d’avance sur le bricolage bancaire. L’agent ne voit jamais votre mot de passe, chaque application cliente passe par une liste blanche et la plateforme sait exactement quel assistant agit.
Les garde-fous restent pourtant incomplets, et Coinbase l’écrit noir sur blanc. Chaque paiement x402 est plafonné à 5 USDC, mais aucun budget journalier ni par session n’est appliqué côté serveur.
Par conséquent, une consigne du genre « ne dépense pas plus de 100 dollars » reste une simple phrase, que l’agent peut mal interpréter. Les paiements réglés sont par ailleurs irréversibles. Enfin, Coinbase ne garantit pas l’exactitude des ordres passés par votre assistant.
Confier son compte crypto à une IA sans se faire plumer
Quelques réflexes limitent la casse. Ouvrez d’abord un portefeuille séparé pour l’agent, alimenté avec ce que vous pouvez vous permettre de perdre.
Faites ensuite vos premiers pas en lecture seule. Etherscan a lancé le 22 octobre un plugin ChatGPT qui affiche soldes, transactions et transferts de jetons. Son connecteur Claude lit depuis septembre les données de plus de 60 réseaux compatibles EVM, sans jamais signer de transaction.
Une fois la séance terminée, supprimer la conversation ne coupe rien. Révoquez plutôt l’accès dans les paramètres de sécurité du compte, rubrique Connexions.
Le danger le plus sérieux vient toutefois d’ailleurs. Changpeng Zhao a rappelé le 23 octobre sur X que l’IA n’a pas besoin de casser le chiffrement de Bitcoin pour faire des dégâts, puisque les fuites de données nourrissent déjà l’hameçonnage.
Un agent IA doté d’un droit de trading devient ainsi une cible rêvée. Une fausse page de connexion suffit.
Le reste de la finance court après la crypto. Mastercard a ouvert le 20 octobre l’accès anticipé à Agent Pay for Machines, testé avec Coinbase et Base. Un agent y a réglé neuf paiements de démonstration dans un budget validé par un humain. JPMorgan, lui, n’a donné aucun calendrier pour laisser un agent externe signer un virement.
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