La Chine à l’assaut de l’IA américaine. Anthropic, le pionnier américain de l’IA et éditeur du célèbre modèle « Claude », a jeté un pavé dans la mare en accusant le géant chinois Alibaba d’avoir « siphonné » ses modèles les plus puissants via une attaque par distillation. Selon une lettre confidentielle adressée au Sénat américain le 10 juin et révélée le 24 juin, la firme californienne dénonce « la plus grande attaque » de ce type jamais subie.
Mais il semblerait que cette guerre froide technologique dépasse désormais le seul cadre d’Anthropic. Face aux fuites et aux risques de contournement, l’administration Trump semble vouloir encadrer de plus en plus directement la diffusion des modèles américains les plus avancés. Après le retrait forcé des modèles de classe Mythos d’Anthropic, c’est OpenAI, qui s’apprêtait à lancer son très attendu modèle GPT-5.6 fin juin, qui a été contraint de limiter son accès à une poignée de partenaires validés par le gouvernement.
Points clés
- Anthropic accuse le laboratoire IA d’Alibaba, Qwen, d’avoir copié les capacités de Claude via une opération de « distillation ».
- Plus de 28,8 millions d’échanges automatisés auraient été générés via près de 25 000 comptes frauduleux entre le 22 avril et le 5 juin 2026.
- Anthropic estime que l’opération visait notamment des compétences à haute valeur stratégique comme le code, le raisonnement avancé et les tâches longues ou complexes.
Qwen, machine à siphonner Claude ?
Selon le courrier transmis aux sénateurs américains par Anthropic, Alibaba aurait eu recours à une technique baptisée « attaque par distillation ». Le principe : utiliser les réponses générées par un modèle très puissant, ici Claude, pour entraîner et améliorer un modèle concurrent moins performant. Le but d’Alibaba, d’après Anthropic, était de rattraper rapidement certaines capacités avancées des modèles les plus sensibles du laboratoire américain.
Les chiffres donnent le vertige. Entre le 22 avril et le 5 juin 2026, des opérateurs affiliés à Alibaba auraient créé environ 25 000 comptes frauduleux. L’objectif ? Contourner les restrictions et générer plus de 28,8 millions d’échanges avec les serveurs de Claude pour en extraire l’expertise et améliorer leur modèle maison, Qwen. Ce procédé ne serait d’ailleurs pas une première : plus tôt dans l’année, Anthropic avait déjà signalé des campagnes similaires attribuées à d’autres acteurs chinois, dont DeepSeek, Moonshot AI et MiniMax.
Ce type d’attaque inquiète d’autant plus qu’il permet potentiellement de cloner les capacités essentielles d’un modèle sans en reproduire les garde-fous de sécurité. Autrement dit, on ne copie pas seulement ce que le modèle sait faire ; on tente aussi d’en récupérer la puissance utile en laissant de côté une partie des restrictions qui encadrent normalement ses réponses.
C’est sans doute ce scénario qui alarme aujourd’hui les laboratoires américains : voir émerger des systèmes concurrents inspirés de leurs meilleurs modèles, mais potentiellement plus permissifs, moins filtrés et donc plus difficiles à contrôler, voir qui pourraient se retourner contre les intérêts américains. Ainsi, face à ce qu’Anthropic qualifie à juste titre d’extraction « illicite » et « effrontée », les autorités américaines n’ont pas tardé à réagir avec une sévérité inédite.

La contre-attaque radicale de Washington : l’IA sous tutelle
Voilà donc peut-être pourquoi, invoquant des impératifs de sécurité nationale, l’administration américaine a frappé fort début juin. Une directive de contrôle à l’exportation a forcé Anthropic à suspendre l’accès à ses nouveaux modèles Fable 5 et Mythos 5, car l’ordre interdisait leur usage par tout ressortissant étranger, y compris certains employés étrangers de l’entreprise. Faute de pouvoir appliquer immédiatement un filtrage fin, Anthropic a procédé à une coupure mondiale de fait.
Plus récemment, le très attendu modèle GPT-5.6 d’OpenAI, présenté lui aussi comme suffisamment avancé pour justifier une vigilance particulière, a vu son lancement public reporté de force par les autorités. En effet, son accès sera pour le moment limité à un petit nombre de partenaires triés sur le volet. Des informations publiées cette semaine indiquent même que l’accès serait validé client par client pendant cette phase de pré-lancement.
Une nouvelle ère de guerre froide technologique
De son côté, Anthropic cherche à transformer ce litige a priori commercial en affaire d’État. L’entreprise pousse l’idée que la protection des modèles d’IA les plus avancés doit désormais être traitée comme un enjeu de sécurité nationale, au même titre que les semi-conducteurs ou d’autres technologies critiques.
Avec ce verrouillage conjoint d’Anthropic et le lancement sous contrôle de GPT-5.6, la dynamique est claire : les modèles américains ne se diffusent plus tout à fait comme de simples produits tech, mais comme des actifs stratégiques soumis à une surveillance politique croissante. Voilà qui devrait, espérons-le, stimuler aussi de ce côté-ci de l’Atlantique une réflexion plus sérieuse sur la souveraineté technologique, la dépendance aux modèles étrangers …
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