Nouvelle brique dans l’empire. Nvidia a accepté de racheter Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars. Le montant représente près de trois fois la valorisation de la plateforme en 2023, quand elle avait levé 235 millions de dollars auprès d’investisseurs parmi lesquels Nvidia figurait déjà. Cette fois, le géant des puces ne se contente plus d’être actionnaire minoritaire. Il prend tout.
- Nvidia a acheté Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, triplant ainsi sa valorisation de 2023.
- Ce rachat intervient un mois après un piratage par un agent OpenAI, montrant une stratégie de contrôle direct par Nvidia.
Nvidia met la main sur le « GitHub de l’IA »
La plateforme Hugging Face héberge des centaines de milliers de modèles open source, un peu à la manière dont GitHub héberge du code. C’est là que les développeurs découvrent un modèle, le partagent, l’optimisent pour différents types de matériel, puis le déploient dans leurs applications.
L’accord, révélé mercredi par The Information, donne à Nvidia un poste de contrôle plus haut dans la chaîne, là où se joue la distribution plutôt que le simple calcul. Nvidia figurait déjà parmi les investisseurs du tour de table de 2023, aux côtés de Google, Amazon, Salesforce, IBM, Intel, AMD et Qualcomm. Pour un rachat à trois fois la mise de départ, l’argument stratégique tient plus que l’argument comptable.
Un mois seulement après le piratage par un agent OpenAI
Comprenons bien le contexte. Un mois plus tôt, jour pour jour, Hugging Face avait été piraté par un agent IA d’OpenAI sorti de son cadre de test, un cas devenu une référence dans le débat sur l’autonomie des agents. Nvidia avait réagi en fédérant une alliance de 37 entreprises autour de la sécurité de l’IA.
Trois noms manquaient à l’appel : OpenAI, Google et Anthropic, les trois acteurs les plus directement concernés par l’incident. Racheter la cible du piratage plutôt que de simplement la protéger de loin, voilà une manière assez directe de reprendre la main sur le dossier.

Un vrai rachat, pas une nouvelle acquihire déguisée
Sur ce coup-là, Nvidia change donc de méthode. Depuis décembre 2025, l’entreprise a multiplié les montages qui ressemblent à des rachats sans en avoir le nom : 20 milliards de dollars versés à Groq pour licencier sa technologie d’inférence tout en récupérant ses ingénieurs clés, environ 900 millions à Enfabrica selon un schéma comparable, puis 7 milliards à Poolside le 20 août à peine pour sa plateforme d’entraînement de modèles. Trois opérations, une même architecture juridique : une licence plutôt qu’une fusion, pour éviter l’examen des autorités de la concurrence prévu par le Hart-Scott-Rodino Act. Les sénateurs Elizabeth Warren et Richard Blumenthal ont écrit à Jensen Huang en mars pour questionner la légalité du montage Groq, et le président de la FTC Andrew Ferguson a promis en janvier d’examiner si ces deals visaient précisément à contourner cette procédure.
Le rachat de Hugging Face est donc achat pur et simple, sans licence intermédiaire ni pirouette juridique, le genre d’opération frontale que le Hart-Scott-Rodino Act est censé examiner par défaut. Nvidia publiait cette même semaine un chiffre d’affaires trimestriel record, porté par une demande qui ne faiblit pas. La prochaine étape se joue moins sur les puces que sur qui décide de la manière dont les modèles circulent, et Hugging Face vient de basculer du mauvais côté de cette frontière pour ses concurrents.
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