Montrez-moi l’argent ! Fin de l’état de grâce. Plus de trois entrepreneurs américains sur quatre ont intégré l’intelligence artificielle dans leurs opérations, 10% l’ont déployée de bout en bout, et plus d’un tiers ont pourtant réduit leurs dépenses technologiques sur les douze derniers mois. Ces chiffres proviennent du dernier baromètre d’EY, mené auprès de 500 dirigeants d’entreprises établies aux États-Unis réalisant au moins 5 millions de dollars de revenus annuels. Leur position, résumée par le chroniqueur de Forbes Joe McKendrick, tient en une formule qui n’aurait pas déplu à Jerry Maguire : « montrez-nous l’argent ».
Traduction comptable, chaque dollar investi dans l’IA doit réapparaître quelque part, en revenus, en marge ou en clients conservés. Un climat de méfiance qui n’épargne pas les paiements entre agents IA, justement en train de se réinventer.
Points clés
- Selon le baromètre EY mené auprès de 500 entrepreneurs américains, plus de 75% ont intégré l’IA et 10% l’ont déployée intégralement, mais plus d’un tiers ont réduit leurs dépenses technologiques faute de retour mesurable.
- En Europe, l’adoption de l’IA atteint 76% chez les entrepreneurs interrogés par EY, avec 60% de gains d’efficacité déclarés mais seulement 38% d’effet visible sur le chiffre d’affaires.
- Le protocole x402 de Coinbase totalisait environ 165 millions de transactions et 50 millions de dollars de volume cumulé fin avril, avec un ticket moyen de 0,31 dollar, un niveau inaccessible aux rails bancaires.
- Google (AP2), Mastercard (AP4M) et Visa ont tous intégré le règlement en stablecoins pour les paiements entre machines, alors que 60% du volume stablecoin provient déjà de transactions professionnelles.
Trois quarts d’adoption, un tiers de coupes budgétaires
La croissance reste la priorité numéro un pour 46% des répondants, devant la solidité financière (33%) et la rentabilité (21%). L’arbitrage se fait toutefois à la serpe. 72% jugent leur activité moyennement ou fortement exposée aux perturbations géopolitiques, et les budgets se concentrent sur les cas d’usage capables de produire un résultat chiffrable.
Interrogés sur les domaines où ils attendent le plus de valeur de l’IA, les entrepreneurs déjà investis citent en priorité la croissance des revenus par les ventes et le marketing (57%), l’expérience client, puis l’efficacité opérationnelle. Le blocage n’est pas idéologique. Il est méthodologique.
« De nombreuses organisations ont encore du mal à déterminer de façon constante l’impact de l’IA. »
Les auteurs du baromètre EY Entrepreneur Ecosystem
Les freins cités sont la préparation des données, la complexité d’intégration, la pénurie de talents et la sécurité. Sur ce dernier point, 99% des répondants affirment avoir formalisé une approche de gestion des risques liés aux données et à l’IA, et 88% anticipent une hausse de leurs effectifs sur les douze prochains mois.
Le même écart entre usage et rendement apparaît en Europe : dans la deuxième édition du baromètre européen d’EY, portant sur 1 009 entrepreneurs, l’adoption de l’IA atteint 76% contre 61% un an plus tôt, avec 60% de gains d’efficacité déclarés et 51% d’optimisation des coûts, mais seulement 38% d’effet mesurable sur le chiffre d’affaires.

Le compteur avant le concept : les rails crypto facturent l’IA à l’unité
Cet écart a une cause prosaïque. La plupart des outils d’IA se vendent en abonnements mensuels et en licences par utilisateur, une maille beaucoup trop grossière pour rattacher une dépense précise à un revenu précis. Les paiements en stablecoins attaquent le problème par l’autre bout, en facturant chaque appel.
Le protocole x402, porté par Coinbase, réactive le code HTTP 402 « Payment Required », resté en sommeil depuis les débuts du web : un agent logiciel règle sa requête en quelques secondes, en stablecoin (un jeton crypto adossé à une devise comme le dollar), sans carte ni facture.
Fin avril, il totalisait environ 165 millions de transactions et 50 millions de dollars de volume cumulé pour 69 000 agents actifs, avec un ticket moyen de 0,31 dollar. CoinGecko facture par exemple son point d’accès 0,01 dollar la requête. Aucun rail bancaire ne tient à ce niveau, la part fixe des frais d’interchange dépassant largement le montant payé.
Les grands réseaux de paiement ont pris place autour de la table. Google a intégré x402 à son protocole AP2 (Agentic Payments Protocol), développé avec plus de 60 partenaires, comme premier facilitateur en stablecoins.
Mastercard a lancé en juin son AP4M (Agent Pay for Machines) avec une trentaine de partenaires dont Coinbase et Cloudflare, pour des micropaiements descendant à la fraction de centime. Un rapport commun de Visa et d’Artemis publié mi-juillet place les stablecoins comme rail privilégié du micro-commerce entre machines, la carte conservant les achats de montant classique.
Les trésoreries d’entreprise ont déjà tranché
Le virage était engagé avant l’arrivée des agents autonomes. Environ 60% du volume des stablecoins provient de transactions professionnelles, et le programme de règlement en stablecoins de Visa tourne à un rythme annualisé de 7 milliards de dollars.
Selon des données rapportées par Paybis, le B2B pesait 35,7% du volume stablecoin en 2023, contre 97,8% sur les quatre premiers mois de 2026. Le calcul est limpide pour un dirigeant qui paie des prestataires à l’étranger : quelques dizaines de dollars de frais au lieu de plusieurs milliers, et un règlement en minutes plutôt qu’en jours.
Les idées fausses persistent malgré tout. Près de la moitié des entreprises interrogées par Paybis pensent qu’un transfert de stablecoin demande des heures, un tiers l’imagine à 3% de frais quand le coût réel reste sous 1% de bout en bout. Seules 22,5% déclarent utiliser ou prévoir d’utiliser des stablecoins pour leurs paiements internationaux. Marge de progression comprise.
Le décollage agentique reste heurté. La moitié environ du volume x402 ressemble à des tests plutôt qu’à du commerce réel, les transactions quotidiennes sont tombées de 731 000 en décembre 2025 à 57 000 en février, et aucun cadre juridique ne désigne clairement le responsable en cas d’erreur de paiement commise par un agent.
Pour un entrepreneur qui réclame des preuves, la granularité change néanmoins la nature de la discussion : une requête facturée 0,01 dollar, horodatée et vérifiable sur une blockchain, se compare directement au revenu qu’elle a généré. Un forfait mensuel, jamais. C’est bien tout l’enjeu de cette économie agentique naissante : transformer une dépense IA opaque en ligne comptable traçable, quitte à devoir d’abord régler la question de la responsabilité juridique.
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