Connais ton ennemi et connais-toi toi-même. Se connaître avant que l’ennemi ne s’en charge, c’est en substance le pari de Kraken. Payward, la maison mère de la plateforme, vient de rejoindre Project Glasswing, le programme de cybersécurité lancé par Anthropic en avril 2026. La société veut passer ses propres systèmes au crible avec Claude Mythos 5, le modèle d’intelligence artificielle le plus avancé du laboratoire américain, taillé pour dénicher des vulnérabilités que les outils classiques laissent filer depuis des années. L’annonce tombe alors que la crypto sort à peine d’un été noir côté sécurité.
- Payward, la maison mère de Kraken, a rejoint Project Glasswing d’Anthropic pour renforcer sa cybersécurité à l’aide de l’IA Claude Mythos 5.
- Claude Mythos 5 a été conçu pour détecter des vulnérabilités que les outils traditionnels ne parviennent pas à identifier, ce qui est crucial dans le contexte de récentes failles de sécurité dans le secteur de la crypto-monnaie.
Claude Mythos 5, l’IA sous cloche que Payward vient de débloquer
Payward l’a annoncé le 17 août : le groupe va intégrer Claude Mythos 5 à ses opérations de cybersécurité défensive dans les prochaines semaines.
Le modèle scannera les environnements techniques de l’entreprise à la recherche de failles, avec des résultats qui remontent directement dans les processus de sécurité déjà en place.
« La sécurité a toujours été un jeu inégal. Un attaquant n’a besoin de trouver qu’une seule faille. Un défenseur doit toutes les trouver, en premier, chaque jour »
Arjun Sethi, co-CEO de Payward – Source : Communiqué officiel
Mythos 5 n’est pas disponible au grand public, et pour cause : les mêmes capacités qui permettent de repérer une vulnérabilité servent tout aussi bien à fabriquer l’exploit qui la transforme en porte dérobée.
L’accès à Mythos 5 reste donc filtré. Anthropic ne l’ouvre qu’aux organisations qui opèrent ou défendent des infrastructures critiques, une porte que le gouvernement américain a élargie ces dernières semaines, selon Payward. Confier la chasse aux failles à ceux qui vont les corriger plutôt que de laisser le hasard décider qui les trouve en premier, voilà toute la logique. Pour un exchange qui brasse quotidiennement des milliards de dollars d’actifs numériques, la moindre vulnérabilité oubliée se chiffre rarement en broutilles.

Glasswing, ou 150 organisations qui traquent les failles ensemble
Lancé en avril par Anthropic, Project Glasswing réunissait au départ Amazon Web Services, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorganChase, Microsoft, Nvidia, Palo Alto Networks et la Linux Foundation.
Le programme a depuis grossi jusqu’à environ 150 organisations réparties dans plus de 15 pays. Kraken s’y ajoute avec une promesse précise : si le scan révèle une faille dans un projet tiers ou open source, Payward s’engage à prévenir les mainteneurs concernés plutôt qu’à garder l’information pour elle. Une manière de muscler des dépendances logicielles que tout le secteur crypto finit, tôt ou tard, par partager.
Le contexte donne du poids à la démarche. Trois semaines plus tôt à peine, Coldcard révélait un bug de firmware vieux de cinq ans ayant coûté 116 millions de dollars à ses utilisateurs, retrouvé par une IA en quelques minutes pour 2 dollars de calcul une fois le contexte connu. La leçon a fait le tour du secteur plus vite qu’un audit de routine. Entre juillet et août, SafePal et Bits of Gold ont, eux aussi, dû composer avec des fuites de données touchant des dizaines de milliers de clients, sans lien direct entre elles, mais avec un point commun : des failles qui dormaient depuis longtemps avant d’être exploitées. Vu sous cet angle, le pari de Payward ressemble moins à un coup de communication qu’à une réponse ciblée à une série d’incidents que personne, dans le secteur, ne peut sérieusement ignorer.
Le choix du calendrier n’est pas neutre. Kraken rejoint une coalition qui compte déjà JPMorgan et Microsoft, quelques jours à peine après que Harmony a dû effacer 141 000 blocs pour annuler un piratage ayant forgé 3 000 milliards de ONE. Une banque centenaire, un géant du logiciel et un exchange crypto rangés sous la même bannière défensive : la frontière entre finance traditionnelle et finance décentralisée continue de se resserrer, cette fois sur le terrain de la cybersécurité plutôt que sur celui des produits financiers.
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