On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Les agents IA ne se contentent plus de répondre à des questions. Ils cliquent, remplissent des formulaires, comparent des prix, achètent à la place des humains, souvent sans que personne ne s’en aperçoive de l’autre côté de l’écran. Une théorie longtemps moquée comme une lubie complotiste, celle de « l’internet mort » (l’idée que la majorité du contenu et du trafic en ligne serait généré par des bots plutôt que par de vraies personnes), semble finalement trouver une confirmation chiffrée bien réelle.
Ce n’est donc plus seulement une question de volume. C’est un changement de nature : le web passe d’un espace de consultation humaine à une infrastructure de transactions entre machines. Un clic n’a plus la même signification économique selon qu’il vient d’un humain ou d’un agent qui compare 200 sites en 3 secondes.
- Le trafic généré par des agents IA sur le web a connu une augmentation spectaculaire de 7851% en un an, selon HUMAN Security.
- Cloudflare a révélé que les bots ont dépassé les humains, générant 57,5% des requêtes de pages web depuis juin dernier.
Un bond de trafic qui dépasse l’entendement
Selon un rapport de la société de cybersécurité HUMAN Security, le trafic généré par des agents qui agissent réellement sur le web (cliquer sur des liens, remplir des formulaires, passer des commandes) a bondi de 7851% sur un an.
Un chiffre qui donne le tournis, même pour un secteur habitué aux courbes exponentielles. Comme le rapporte Fortune, Cloudflare, de son côté, situe le point de bascule en juin dernier : les bots généreraient désormais 57,5% des requêtes de pages web, davantage que les humains.
Les chiffres varient selon qui mesure, et c’est bien là tout le problème. Le français Thales, dans son « Bad Bot Report », évalue plutôt le trafic de bots à 53% en 2026, tout en faisant remonter le basculement à 2023. Aucun fournisseur n’ayant de visibilité sur l’intégralité du web, chacun mesure midi à sa porte, avec sa propre méthodologie et son propre échantillon de sites surveillés. De son côté Cloudflare avait prédit ce basculement pour fin 2027. Il est arrivé 18 mois plus tôt.

Un basculement qui rebat les cartes de tout un écosystème
La tendance de fond, elle, ne fait guère débat. Le trafic dit « scraper » (les robots qui aspirent du contenu pour nourrir des bases de données ou entraîner des modèles) a grimpé de 597% sur la même période, même si sa part relative dans le trafic IA global recule légèrement, à mesure que les agents « actifs » prennent le relais des simples collecteurs de données. Symbole de cette bascule : le développeur Matt Schlicht a lancé début d’année Moltbook, un réseau social pensé exclusivement pour des agents IA, qui a réuni plus d’1,5 million de comptes actifs en quelques jours à peine.
Pour la publicité, l’analytics et la fraude, le modèle historique s’effondre. Un agent IA qui compare des prix ou passe une commande pour un utilisateur ressemble comportementalement à un bot malveillant. Les systèmes de détection, calibrés sur l’humain, deviennent progressivement aveugles ou trop agressifs. Résultat : la valeur d’un clic et d’une session doit être entièrement recalibrée.
En effet, un clic publicitaire n’a plus la même valeur s’il provient d’un agent programmé pour comparer des prix plutôt que d’un consommateur curieux. Et les systèmes de détection de fraude, calibrés sur des comportements humains, doivent désormais apprendre à distinguer un bot malveillant d’un assistant IA parfaitement légitime en train de faire ses courses pour le compte de son utilisateur. La tokenisation d’une identité vérifiable pour chaque agent, un chantier déjà porté par des figures comme Vint Cerf, n’a jamais semblé aussi urgent qu’aujourd’hui.
L’article La théorie de « l’internet mort » se confirme : Le trafic des agents IA explose de 8000% est apparu en premier sur Journal du Coin.
