« Unbank Yourself ». Dans ce neuvième article des Folles Histoires Crypto, on quitte les exchanges pour la finance décentralisée, ou plutôt sa version qui promettait de tout réinventer sans jamais vraiment y parvenir. Il y a quatre ans cette semaine, le 13 juillet 2022, Celsius Network déposait le bilan. Entre-temps, des centaines de milliers de clients ont vu leurs cryptomonnaies gelées du jour au lendemain, sans préavis ni explication claire.
« Unbank Yourself »
Fondée en 2017 par Alex Mashinsky, Celsius se présente comme l’anti-banque par excellence : déposez vos cryptomonnaies, touchez jusqu’à 17 % de rendement annuel, et libérez-vous du système bancaire traditionnel. Le slogan, martelé dans chaque publicité, est sans ambiguïté : « Unbank Yourself », débancarisez-vous. Des millions de dollars affluent. À son pic, la plateforme revendique plus de 1,7 million de comptes et près de 12 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
Le problème, révélé bien plus tard par le rapport de l’examinateur indépendant du tribunal des faillites, c’est que ces rendements ne reposent sur aucun modèle économique soutenable. Entre le 9 et le 12 juin 2022, Celsius utilise directement les dépôts de nouveaux clients pour honorer les retraits des anciens, soit la définition manuelle d’un système de Ponzi.
Le gel qui ne s’est jamais levé
Le 12 juin 2022, invoquant des « conditions de marché extrêmes », Celsius gèle tous les retraits, échanges et transferts sur sa plateforme. Des centaines de milliers de clients, souvent des particuliers ayant placé toutes leurs économies, se retrouvent du jour au lendemain avec environ 4,7 milliards de dollars d’actifs numériques totalement inaccessibles. Le gel, présenté comme temporaire, ne sera jamais levé.
Un mois plus tard, le 13 juillet 2022, Celsius dépose le bilan. Sous le régime du Chapter 11, avec un trou de 1,2 milliard de dollars entre son actif et son passif. Les créances finiront par grimper à 5,5 milliards de dollars dus aux clients et créanciers, selon le décompte final de la procédure. C’était, à l’époque, l’une des plus grosses faillites crypto de l’histoire.

L’arrestation, un an jour pour jour après le dépôt de bilan
Le 13 juillet 2023, exactement un an après la faillite, Alex Mashinsky est arrêté par la justice américaine. Selon les accusations du ministère public, il aurait manipulé pendant des années le cours du jeton propriétaire de Celsius, le CEL, en dépensant des centaines de millions de dollars pour en gonfler artificiellement le prix, en partie avec l’argent des clients et sans jamais le leur révéler.
Le 3 décembre 2024, Mashinsky plaide coupable de deux chefs d’accusation : fraude sur matières premières et manipulation de marché. Le 8 mai 2025, il est condamné à 12 ans de prison, une peine de trois ans de mise à l’épreuve, une amende de 50 000 dollars et une confiscation de plus de 48 millions de dollars. Ses anciens clients, eux, continuent encore aujourd’hui de réclamer leur dû devant les tribunaux.
La leçon d’un slogan retourné contre lui-même
Et c’est bien là toute l’ironie de Celsius : sa promesse fondatrice s’est retournée contre ses propres clients. En voulant les « débancariser », Mashinsky leur a offert exactement ce qu’une banque n’a pas le droit de faire : prêter et spéculer avec leurs dépôts, sans capital de réserve ni transparence. Cette même semaine de juillet 2022 a aussi vu vaciller Three Arrows Capital et Voyager Digital, deux autres piliers du prêt crypto emportés par la même vague de contagion. L’été 2022 restera comme le moment où la crypto a découvert, à ses dépens, ce que le risque de contrepartie voulait vraiment dire.
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