1,5 million d’utilisateurs en quelques mois. En décembre 2025, le Département de la Défense américain (DoD) comptait seulement 80 000 employés utilisant des outils d’intelligence artificielle. Aujourd’hui, ce chiffre atteint 1,5 million, selon Emil Michael, Chief Technology Officer du Pentagone. Une progression de 1 775 % qui fait du DoD l’administration fédérale la plus avancée dans l’adoption de l’IA. Cette croissance spectaculaire reste toutefois à relativiser. Avec près de 3,5 millions de militaires et de personnels civils, le Pentagone ne compte encore qu’environ 43 % d’utilisateurs actifs de ces outils. L’IA s’impose progressivement dans les processus administratifs et opérationnels, mais sa diffusion est encore loin d’être totale.
Points clés
- Le Pentagone compte désormais 1,5 million d’employés utilisant l’IA, soit une hausse de 1 775 % depuis décembre 2025
- L’IA réduit le temps de rédaction des rapports au Congrès de 200 heures à seulement cinq
- L’adoption reste inégale : cinq grandes agences concentrent plus de la moitié de l’usage fédéral
- Le GAO réclame des directives claires pour encadrer les risques liés aux fausses informations et à l’accès aux données sensibles
Une adoption à plusieurs vitesses dans l’administration américaine
Selon Emil Michael cité par le média Fortune, l’un des principaux usages de l’IA au sein du Département de la Défense concerne la rédaction des rapports destinés au Congrès. Ces documents obligatoires mobilisent traditionnellement d’importantes ressources humaines. Grâce à l’IA, un rapport nécessitant auparavant près de 200 heures de travail pourrait désormais être produit en seulement cinq heures.
Le Pentagone bénéficie d’ailleurs d’un contexte favorable. Depuis 2025, l’administration américaine a multiplié les partenariats avec les principaux acteurs technologiques du pays afin d’accélérer le déploiement de l’IA dans les agences fédérales. OpenAI, Google, Microsoft, Amazon Web Services, Oracle, NVIDIA ou encore SpaceX figurent parmi les entreprises associées à ces initiatives.
En dehors du DoD, la situation apparaît toutefois beaucoup plus contrastée. Une étude de la Brookings Institution montre que cinq grandes agences fédérales concentrent à elles seules plus de la moitié des usages déclarés de l’IA au sein du gouvernement américain. À l’inverse, les plus petites structures ne représentent qu’une part marginale des déploiements.
Les obstacles restent nombreux : manque de personnel qualifié, budgets limités, procédures administratives complexes, faible accès à la formation et réticences persistantes vis-à-vis de ces technologies. Malgré l’engouement autour de l’IA, son adoption demeure donc très inégale au sein de l’appareil fédéral.

L’IA, un gain de temps qui a son revers
Les responsables du Pentagone mettent évidemment en avant les gains de productivité permis par l’IA, notamment pour les tâches administratives répétitives. La technologie permet de traiter plus rapidement de grandes quantités de documents, de synthétiser des informations et d’automatiser certaines opérations de rédaction.
Mais cette accélération s’accompagne également de nouveaux risques. Dans un rapport récent, le Government Accountability Office (GAO), l’organisme chargé du contrôle des comptes publics américains, souligne que les systèmes d’IA peuvent générer des informations erronées ou trompeuses. Ces erreurs peuvent ensuite être amplifiées lorsqu’elles sont intégrées dans des processus administratifs à grande échelle.
Le GAO alerte aussi sur les questions de confidentialité. L’utilisation croissante de l’IA facilite le croisement de bases de données provenant de différentes administrations, ce qui peut améliorer l’efficacité des services publics mais aussi accroître les risques d’accès non autorisés à des informations sensibles.
Face à ces enjeux, l’organisme demande au Bureau de la gestion et du budget (OMB) de définir des règles plus précises concernant la protection des données, l’évaluation des risques et les conditions de déploiement des systèmes d’IA dans les agences fédérales.
Le Pentagone s’impose aujourd’hui comme la vitrine de l’adoption de l’intelligence artificielle au sein du gouvernement américain. Les gains de temps revendiqués sur certaines tâches administratives témoignent du potentiel de ces outils pour alléger la charge bureaucratique de l’administration. Toutefois, l’expérience américaine montre également que la généralisation de l’IA reste freinée par des problèmes de formation, de gouvernance et de confiance. Le véritable défi pour Washington n’est plus seulement d’accélérer le déploiement de l’IA, mais de mettre en place les garde-fous nécessaires pour en maîtriser les risques et en tirer tous les avantages. Quitte à en priver le reste du monde ?
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