Quand une banque centrale n’a plus de dollars à distribuer. Le gouvernement bolivien examine officiellement la possibilité d’intégrer l’USDT, le stablecoin de Tether adossé au dollar, à son système national de paiement. Une reconnaissance qui le placerait aux côtés du boliviano et du dollar physique dans les usages autorisés.
Le contexte n’a rien d’anodin. Après des années de pénurie de dollars, la banque centrale a officiellement abandonné son ancrage au dollar fin juin, et le boliviano flotte désormais librement. Résultat : la monnaie locale a perdu environ 40 % de sa valeur face à l’ancien taux fixe. Pas franchement le moment de snober un actif qui, lui, ne bouge pas.
- La Bolivie a étudié l’intégration de l’USDT, un stablecoin adossé au dollar, à son système de paiement national après l’abandon de l’ancrage au dollar par sa banque centrale.
- Cette démarche intervient dans un contexte de forte adoption des cryptomonnaies, avec une augmentation spectaculaire des transactions en crypto et l’intérêt croissant des entreprises pour l’USDT en raison de la pénurie de dollars.
Une pénurie de dollar qui a fait le lit de la crypto
Le ministre de l’Économie et des Finances publiques, José Gabriel Espinoza, a confirmé que l’examen technique est en cours, sans validation définitive à ce stade. Selon les informations rapportées par Cryip début juillet, l’objectif du gouvernement est de déterminer si l’USDT peut circuler comme un moyen de paiement reconnu, sous supervision légale et financière claire.
Plutôt, donc, que de le laisser dans l’angle mort réglementaire où il circule déjà massivement.
Et il circule déjà, en effet. La banque centrale bolivienne a enregistré 294 millions de dollars de transactions en crypto sur le premier semestre 2025, contre 46,5 millions sur toute l’année 2024. Un bond de 630 %.
Il faut comprendre que la question devait se poser. En effet, trois banques boliviennes proposaient déjà des services liés à l’USDT dès avril 2026. Même des constructeurs automobiles comme Toyota, Yamaha et BYD acceptent désormais le stablecoin, faute de pouvoir sécuriser suffisamment de dollars pour leurs transactions commerciales.
Le Venezuela, un précédent qui devrait alerter
Cette trajectoire n’a rien de neuf sur le continent sud américain. Le Journal du Coin documentait déjà comment l’USDT était devenu, de facto, la monnaie de référence au Venezuela, les commerçants calant leurs prix sur le taux P2P (échange direct entre particuliers, sans intermédiaire) plutôt que sur le bolívar officiel.
La Banque des règlements internationaux (BRI), elle, met en garde depuis des mois contre cette « dollarisation par les stablecoins » : quand les ménages d’une économie émergente préfèrent un token adossé au dollar à leur propre monnaie, la souveraineté monétaire du pays en prend un coup. Et pas un petit.
La Bolivie semble avoir choisi une voie différente de celle du Venezuela : plutôt que de laisser filer la situation, encadrer ce qui existe déjà dans les faits. Reste que la différence entre « encadrer » et « entériner » est parfois mince, surtout quand la banque centrale bolivienne planifie en parallèle de restituer 933 millions de dollars de dépôts gelés à partir du 15 juillet, un geste qui ressemble fort à une tentative désespérée de regagner la confiance perdue au profit du stablecoin.
L’affaire dépasse le seul cas bolivien. Elle illustre un schéma qui se répète dès qu’une monnaie locale part en vrille : la population trouve son propre filet de sécurité avant même que l’État ne bouge.
Ce dernier se retrouve ensuite à courir après une adoption qu’il n’a ni initiée ni vraiment maîtrisée.
À surveiller dans les prochains mois : si la Bolivie formalise l’intégration de l’USDT, elle deviendra l’un des tout premiers pays à donner un statut quasi officiel à un stablecoin privé américain. Un précédent que d’autres banques centrales d’Amérique latine regarderont de très près.
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