Philippines : la banque centrale coupe les vivres à Coins.ph, pionnier crypto du pays

Coup de frein à Manille. La banque centrale des Philippines a partiellement suspendu les virements bancaires entrants vers DCPay Philippines, la société qui exploite le portefeuille électronique de Coins.ph. Les utilisateurs de l’une des plus anciennes plateformes crypto du pays peuvent toujours renvoyer leurs pesos vers leur banque, mais plus alimenter leur compte depuis celle-ci.

L’ordre porte sur les rails de paiement nationaux. Betur Inc. détient la licence crypto du groupe et n’est pas couverte par la mesure. L’alimentation en pesos des comptes de trading passe pourtant par ce même portefeuille.

Points clés

  • La banque centrale philippine bloque les dépôts arrivant d’un compte bancaire sur le portefeuille Coins.ph
  • Sorties de fonds et règlements par code QR national restent possibles pour les clients
  • L’entité agréée pour l’échange d’actifs numériques n’est pas visée, mais perd son canal d’approvisionnement en pesos
  • Manille resserre son contrôle sur les portefeuilles électroniques, pièces maîtresses d’un marché des remises à 38 milliards de dollars
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Coins.ph : ce que la banque centrale des Philippines a suspendu

L’information vient de BitPinas, qui cite une note du Philippine Payments Management Inc. (PPMI). Cet organisme accrédité par la banque centrale gère les chambres de compensation du pays. La suspension frappe deux canaux, InstaPay et PESONet, et ne concerne que les flux entrants. Aucun motif public n’a été communiqué.

InstaPay traite les virements instantanés jusqu’à 50 000 pesos, soit environ 760 euros. PESONet fonctionne par lots avec règlement le jour même et sert aux montants plus élevés. Ensemble, ces deux chambres forment la colonne vertébrale des transferts entre banques et portefeuilles électroniques philippins.

Les sorties restent ouvertes, tout comme les paiements par QR Ph, le standard national de code QR. Un client de Coins.ph peut donc vider son solde vers sa banque, payer un commerçant au QR Ph, mais plus recharger son portefeuille depuis un compte bancaire. Pour une plateforme qui revendique plus de 18 millions d’utilisateurs, c’est le robinet d’entrée en pesos qui se referme.

La séparation juridique entre les deux sociétés limite la portée formelle de la décision. Betur Inc. conserve son agrément de prestataire de services sur actifs virtuels (VASP) et continue d’opérer le service d’échange. Mais le peso doit bien atterrir quelque part avant d’acheter du bitcoin, et ce quelque part s’appelle DCPay.

La banque centrale des Philippines a partiellement suspendu les virements bancaires entrants vers DCPay Philippines, la société qui exploite le portefeuille électronique de Coins.ph. Les utilisateurs de l'une des plus anciennes plateformes crypto du pays peuvent toujours renvoyer leurs pesos vers leur banque, mais plus alimenter leur compte depuis celle-ci.

L'ordre porte sur les rails de paiement nationaux. Betur Inc. détient la licence crypto du groupe et n'est pas couverte par la mesure. L'alimentation en pesos des comptes de trading passe pourtant par ce même portefeuille.
La banque centrale du pays bloque les transferts entrants vers Coins.ph – Source : Compte X

Crypto aux Philippines : Coins.ph, pilier des remises sous surveillance

La restriction tombe sur un acteur qui n’a rien d’un nouveau venu. Lancé en 2014, Coins.ph compte parmi les premiers prestataires crypto enregistrés auprès de la banque centrale philippine. Gojek l’a racheté en 2019 pour environ 72 millions de dollars, avant que le groupe indonésien ne le revende en 2022 à Wei Zhou, ancien directeur financier de Binance, pour quelque 200 millions.

Le groupe fonctionne avec deux agréments distincts. DCPay porte la licence d’émetteur de monnaie électronique (dont on rappellera qu’elle conditionne l’accès direct aux chambres de compensation nationales, et donc aux comptes bancaires de la population), tandis que Betur porte la licence crypto. Coins.ph teste aussi depuis 2024 le PHPC, un stablecoin adossé au peso, dans la sandbox réglementaire de la banque centrale.

Les Philippines reçoivent chaque année plus de 38 milliards de dollars envoyés par leurs travailleurs expatriés, l’un des premiers flux de ce type au monde. Portefeuilles électroniques et rails crypto s’y sont installés comme alternative aux opérateurs historiques et à leurs commissions. La banque centrale surveille en retour les comptes mules depuis l’adoption de l’Anti-Financial Account Scamming Act en 2024, un texte qui lui donne le pouvoir d’enquêter directement sur les comptes suspects et d’en geler les flux.

Couper les entrées en laissant les sorties ouvertes reste l’outil classique du régulateur quand il soupçonne une faille dans les procédures d’ouverture de comptes. Les clients ne sont pas pris au piège et les fonds continuent de circuler vers l’extérieur. La pression porte sur la croissance commerciale de la plateforme. Coins.ph n’a perdu aucune de ses licences.

Les dépôts en espèces chez les partenaires de proximité et les règlements par QR Ph continuent de fonctionner, tout comme les transferts du portefeuille vers les banques. Aucune échéance publique n’accompagne la mesure, et ni la banque centrale ni Coins.ph n’ont détaillé les raisons de la suspension.

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