Radiographie du champ de bataille. Avant même de regarder un graphique de prix, un trader aguerri veut savoir combien d’argent est engagé sur les marchés dérivés, et dans quel sens il penche. L’open interest répond à la première question, le funding rate à la seconde. Aujourd’hui, on s’attaque au premier, cet indicateur que tout le monde cite et que peu de débutants savent vraiment lire.
Open interest : la définition qui compte les paris encore ouverts
L’open interest (littéralement « intérêt ouvert », on parle aussi de positions ouvertes) mesure le total des contrats dérivés encore en vie à un instant donné, ceux qui n’ont été ni clôturés ni liquidés. Il s’exprime en dollars ou en bitcoins selon les outils. Chaque contrat repose sur un acheteur et un vendeur, et tant qu’aucun des deux n’a soldé son pari, il reste comptabilisé.
Attention au piège classique. Le volume mesure l’activité d’une journée, quand l’open interest mesure un stock d’engagements qui s’accumule. Un marché peut brasser des milliards de volume sans que l’open interest bouge, si les traders ne font que passer. À l’inverse, un open interest qui gonfle signale que de l’argent frais s’installe, souvent avec du levier. Plus le stock de paris grossit, plus le carburant disponible pour un mouvement violent s’entasse. Dans un sens comme dans l’autre.

Novembre 2021, l’open interest record qui annonçait la gueule de bois
Retour au sommet du dernier grand cycle. Mi-novembre 2021, quelques jours après l’ATH du bitcoin à 68 982 dollars, l’open interest des futures BTC atteint un record d’environ 24 milliards de dollars, d’après les données de Coinglass reprises à l’époque par la presse spécialisée. Traduction : jamais autant de paris à levier n’avaient été empilés sur le bitcoin, au moment précis où le prix plafonnait.
La suite, vous la connaissez. Le marché se retourne, les positions longues se font laminer les unes après les autres, et cet open interest record se dégonfle pendant des mois au rythme des liquidations, celles-là mêmes qui alimentent les long squeezes. Un open interest au plus haut n’a pas prédit la date du retournement. Il indiquait en revanche, noir sur blanc, que le marché roulait à plein levier et qu’une étincelle suffirait.
Lire l’open interest comme un trader particulier
L’astuce tient dans le croisement avec le prix. Prix qui monte avec un open interest en hausse, la tendance attire de l’argent neuf et se nourrit. Prix qui monte pendant que l’open interest fond, méfiance, car il s’agit souvent de vendeurs qui rachètent leurs positions plutôt que d’une vraie demande. Même gymnastique à la baisse. Rien de magique là-dedans, juste une information de contexte, gratuite qui plus est sur des agrégateurs comme Coinglass.
Un dernier mot pour élargir. Cette logique de comptage des engagements ne date pas de la crypto, les marchés à terme sur matières premières la pratiquent depuis plus d’un siècle, et les rapports hebdomadaires de la CFTC américaine en font un pilier de l’analyse des futures classiques. Le trader crypto qui apprend à lire l’open interest aux côtés du carnet d’ordres parle donc la même langue que Chicago. Avec juste un peu plus de levier autour de lui.
L’article Qu’est-ce que l’open interest ? La minute trading est apparu en premier sur Journal du Coin.
