Le dollar en version tokenisée, livré clé en main au reste du monde. D’après Bloomberg, l’administration Trump étudie une initiative pour promouvoir les stablecoins adossés au billet vert hors des frontières américaines. Il s’agirait de soutenir des projets privés par le biais de coentreprises. Objectif : consolider le statut de monnaie de réserve du dollar et gonfler au passage la demande de bons du Trésor.
Le Trésor, le département d’État et l’agence fédérale de financement du développement (DFC) reviennent dans les discussions rapportées par l’agence. Ni calendrier ni enveloppe budgétaire n’ont filtré.
Points clés
- Washington étudierait des coentreprises avec des acteurs privés pour diffuser les stablecoins en dollars hors des États-Unis
- Trésor, département d’État et agence fédérale de financement du développement figurent parmi les administrations citées
- Le GENIUS Act oblige les émetteurs à couvrir chaque jeton par du cash ou des T-bills de moins de 93 jours
- Tether déclare 141 milliards de dollars d’exposition à la dette américaine, Scott Bessent vise 3 000 milliards de marché en 2030
Stablecoins dollar : Washington veut avancer avec le privé
Or l’idée circule dans l’exécutif américain depuis le premier jour du second mandat de Donald Trump. Le décret « Strengthening American Leadership in Digital Financial Technology », signé le 23 janvier 2025, fixait déjà l’objectif noir sur blanc :
« promouvoir et protéger la souveraineté du dollar américain, notamment par des actions visant à favoriser le développement et la croissance de stablecoins licites et légitimes adossés au dollar dans le monde entier »
Donald Trump, décret « Strengthening American Leadership in Digital Financial Technology », 23 janvier 2025
Le GENIUS Act, promulgué le 18 juillet 2025, a transformé cette intention en cadre juridique. Tout émetteur de stablecoin de paiement doit désormais adosser ses jetons à 1 pour 1 à du cash ou à des bons du Trésor à très court terme Ces T-bills de moins de 93 jours forment le compartiment le plus liquide de la dette fédérale. Mécaniquement, chaque jeton émis déclenche un achat de dette américaine.
Ce que le plan étudié ajouterait, c’est un échelon opérationnel. Plutôt que de laisser le marché travailler seul, Washington entrerait au capital de projets par le jeu des coentreprises. La DFC finance d’ordinaire des infrastructures. Routes, centrales électriques, réseaux télécoms et programmes de santé dans les pays en développement composent l’essentiel de son portefeuille. Ce montage la placerait donc en actionnaire de rails de paiement en stablecoins.
Le même décret a pourtant verrouillé la piste d’un dollar numérique public en interdisant aux agences fédérales toute MNBC (monnaie numérique de banque centrale). L’Anti-CBDC Surveillance State Act, adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025, doit encore passer le Sénat pour graver cette interdiction dans la loi. Le relais passe au privé : Tether et Circle en tête.

Économie : les stablecoins, nouveaux acheteurs de la dette américaine
L’arithmétique derrière cette diplomatie du stablecoin est assez brutale. Le marché pèse aujourd’hui près de 300 milliards de dollars, dominé par l’USDT et l’USDC. Tether déclarait à lui seul 141 milliards de dollars d’exposition aux bons du Trésor américain fin mars. L’émetteur se hisse ainsi parmi les tout premiers détenteurs mondiaux, devant plusieurs États souverains.
Scott Bessent table sur un marché de 3 000 milliards de dollars d’ici 2030. Mais le marché patine depuis le début de l’année, ce qui fragilise ce pari sur de nouveaux acheteurs de dette, selon Bloomberg. Appliquée aux règles du GENIUS Act, cette trajectoire créerait autant de demande nouvelle pour les T-bills. Le tout alors que la dette fédérale dépasse 40 000 milliards de dollars. Les seuls intérêts ont coûté plus de 1 000 milliards au budget américain sur l’exercice 2026. Le secrétaire au Trésor défend depuis un an l’idée qu’un marché dynamique du stablecoin renforce la primauté du dollar plutôt qu’il ne la menace.
Stablecoins dollar : l’Europe et les pays émergents inquiets
Les stablecoins n’ont pas attendu Washington pour s’exporter. En Argentine, en Turquie, au Nigeria ou au Venezuela, l’USDT fait office de compte d’épargne de substitution face à l’inflation locale et aux contrôles de change. Passer par des partenariats publics reviendrait à industrialiser un mouvement jusqu’ici spontané, porté par les commerçants et les particuliers.
L’Europe voit la manœuvre d’un mauvais œil. Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne, alerte depuis 2025. Il redoute de voir les paiements européens basculer vers des jetons libellés en dollars, et pousse l’euro numérique comme parade. La Banque des règlements internationaux a de son côté multiplié les avertissements sur la dollarisation numérique des économies émergentes. Ce phénomène prive les banques centrales locales d’une partie de leur capacité d’action monétaire.
Les règles d’application du GENIUS Act restent à finaliser côté Trésor. À défaut de publication anticipée, la loi entre pleinement en vigueur le 18 janvier 2027, dix-huit mois après sa promulgation. D’ici là, chaque nouveau jeton continuera d’alimenter le carnet de commandes des bons du Trésor, avec ou sans coentreprise fédérale.
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