Ce n’est pas personnel. C’est strictement les affaires. L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC, le régulateur fédéral qui délivre les chartes bancaires nationales aux États-Unis) a donné son feu vert conditionnel, le 14 août, à la création de World Liberty Trust Co. World Liberty Financial avait déposé sa demande début 2026. Sept mois plus tard, la société cofondée par Donald Trump et ses trois fils franchit une première étape. Pas un feu vert total.
- World Liberty Trust Co, cofondée par Donald Trump et ses fils, a reçu une approbation conditionnelle de l’OCC pour devenir une institution bancaire.
- Une enquête est en cours concernant un accord de 500 millions de dollars lié à la famille Trump, ajoutant un élément de mystère à ce projet financier.
World Liberty Trust Co : ce que l’OCC a (vraiment) approuvé
Cette approbation reste préliminaire et n’autorise encore rien sur le terrain. Avant de pouvoir ouvrir ses portes, World Liberty Trust devra maintenir au moins 20 millions de dollars de capital, nommer un responsable d’audit interne qualifié, et prévenir le régulateur de tout changement majeur dans son plan d’affaires, précise CoinDesk.
Une fois lancée, la structure émettrait et rachèterait l’USD1, gérerait les réserves qui l’adossent (les actifs sûrs, essentiellement des bons du Trésor américain, qui garantissent sa valeur), et proposerait de la garde d’actifs numériques à des clients institutionnels. L’USD1 pèse déjà plus de 4 milliards de dollars en circulation. De quoi transformer un projet de stablecoin en établissement bancaire à part entière. Sur le papier, pour l’instant.
USD1 et la famille Trump, une histoire qui pèse déjà 500 millions
La question qui plane sur ce dossier ne date pas du 14 août. World Liberty Financial a été lancée quelques mois avant l’élection de 2024 par Trump et ses fils. Leur participation a fondu au fil des mois : 75% fin décembre, environ 40% en juin, selon CNBC.
Les documents de l’entreprise montrent pourtant que la famille avait droit à près de 500 millions de dollars issus d’un accord de 2025 avec Alt5 Sigma, une société dont l’action a depuis perdu plus de 90% de sa valeur. Une commission spéciale de la Chambre des représentants enquête en parallèle sur un autre accord, à peu près du même montant, conclu avec une entité liée à Abou Dhabi. La Maison-Blanche assure qu’il n’y a là aucun conflit d’intérêts.
Un régulateur fédéral qui accorde une charte bancaire à une entreprise détenue en partie par le président en exercice et ses enfants. Difficile de ne pas y voir, au minimum, un drôle de cas de figure.
World Liberty n’est pas seule dans la course aux chartes bancaires crypto
Le mouvement dépasse largement la famille Trump. Onze entreprises crypto au moins ont déposé une demande de charte de banque de confiance nationale (une structure qui permet de gérer garde, règlement et services fiduciaires dans tous les États américains sans démarche État par État) en l’espace de 83 jours cette année, selon Davis Wright Tremaine. Circle a décroché son approbation finale en juillet, devenant le deuxième acteur crypto-natif pleinement agréé après Anchorage Digital, seule sur ce créneau depuis 2021. Paxos, elle, patiente toujours avec une simple approbation conditionnelle obtenue en décembre. BitGo et Fidelity Digital Assets ont pris le raccourci de la conversion d’une charte d’État existante plutôt que de repartir de zéro.
World Liberty n’a donc rien d’un cas isolé sur la forme. C’est le nom sur la porte qui change la donne. World Liberty avait déjà piégé les prêteurs de son propre protocole DeFi pour 158 millions de dollars plus tôt cette année, un épisode qui n’a rien arrangé à sa réputation. Chaque nouvelle étape franchie par la société rallonge un peu plus la liste des questions posées à Washington sur la frontière entre fonction présidentielle et intérêts privés.
L’article World Liberty : La banque des Trump décroche son sésame réglementaire, sous conditions est apparu en premier sur Journal du Coin.
