Une affaire gênante. Binance avait annoncé son retrait complet de Russie en 2023. Deux ans plus tard, la plateforme aurait pourtant répondu à une demande des enquêteurs russes concernant l’un de ses anciens clients. Selon des documents consultés par Reuters, les informations transmises ont ensuite été intégrées au dossier d’accusation de Yuri Belenkiy, un informaticien russe poursuivi pour financement du terrorisme. Âgé de 49 ans et détenteur d’un permis de résidence bulgare, celui-ci est emprisonné en Russie depuis septembre 2025 dans l’attente de son procès. Les autorités russes l’accusent d’avoir envoyé plus de 700 dollars en cryptomonnaies à des collectes liées à l’armée ukrainienne.
- Binance avait promis en 2023 de quitter la Russie, mais a pourtant fourni des informations aux enquêteurs russes deux ans plus tard.
- Ces informations ont été utilisées pour accuser Yuri Belenkiy, un informaticien russe, de financement du terrorisme en lien avec l’Ukraine.
Binance aurait fourni son identité et ses transactions
D’après les documents obtenus par l’ONG The First Department et examinés par Reuters, le Comité d’enquête russe aurait demandé à Binance l’historique des transactions de Yuri Belenkiy. La plateforme aurait répondu à deux reprises depuis une adresse présentée sur son site comme un canal de contact destiné aux forces de l’ordre russes et biélorusses (case@binanceholdings.ru).
Les fichiers transmis auraient confirmé que Yuri Belenkiy était à l’origine de transferts effectués vers une adresse communiquée par Arkady Babchenko, journaliste russe critique du Kremlin installé à l’étranger. Binance aurait également fourni sa date de naissance, son adresse, son numéro de téléphone et son numéro de passeport, ainsi que des copies de son passeport russe et de son permis de résidence bulgare.
Selon le Comité d’enquête russe, les paiements auraient été réalisés entre janvier 2023 et mars 2024 au bénéfice de l’armée ukrainienne et d’un groupe associé au régiment Azov, considéré comme une organisation terroriste par Moscou. Arkady Babchenko affirme que ses collectes servaient notamment à acheter du matériel médical pour les soldats ukrainiens.
Les transactions communiquées par Binance auraient ensuite été citées parmi les éléments justifiant les accusations. Reuters précise néanmoins n’avoir consulté que des documents relatifs à ce dossier. L’agence n’a pas pu déterminer si la plateforme avait identifié d’autres donateurs.

Une possible question de conformité au RGPD
Cette coopération est intervenue après l’annonce, en septembre 2023, de la vente complète des activités russes de Binance. La plateforme affirmait alors ne conserver ni partage de revenus ni option de rachat. Son retrait commercial n’interdisait toutefois pas nécessairement toute réponse ultérieure aux autorités du pays.
Mike Bystrov, avocat spécialisé dans la régulation des cryptomonnaies, estime que l’exchange n’aurait pas été obligée de fournir ces données. Selon lui, leur transmission aurait même pu être contraire au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) si Yuri Belenkiy était enregistré auprès de la plateforme comme résident de l’Union européenne.
Mais ce point n’est clairement pas établi. Un permis de résidence bulgare ne prouve pas que son compte Binance relevait d’une entité européenne. Les équipes de Reuters n’ont pas pu vérifier son statut d’enregistrement et l’autorité bulgare chargée de la protection des données n’a pas répondu. Le Comité européen de la protection des données a, pour sa part, refusé de commenter ce cas particulier.
Interrogée par Reuters, Binance a refusé de commenter ce dossier précis, mais affirme répondre aux demandes légales des forces de l’ordre dans le respect des règles applicables. Faute de connaître le statut du compte de Yuri Belenkiy, une éventuelle violation du RGPD ne peut être établie. L’affaire rappelle néanmoins que les données d’un exchange centralisé peuvent relier une identité à des transactions en cryptomonnaies, pour le meilleur comme pour le pire.
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